Ma famille agricole 16 septembre 2025

Au quart de tour chez les Breault

COMPTON – Parler avec les frères Breault, c’est un peu comme discuter avec un horloger suisse. On les sent constamment à la recherche d’une solution pour améliorer le fonctionnement du mécanisme. Pour les trois frères et leur cousin, le mécanisme en question, c’est le fonctionnement efficace de leur ferme de Compton, en Estrie. 

Le site de la Ferme Breault et Frères apparaît immense. Il le faut pour abriter les 1 060 bêtes du troupeau, dont 600 vaches en lactation. Tout juste à côté de l’étable, où les animaux vivent en stabulation libre, on trouve la pouponnière, où un employé consacre à peu près tout son temps à la relève, sous la supervision de William, l’un des trois frères Breault, dont c’est la responsabilité principale. Le soin des veaux, c’est primordial. « Nous sommes à un ou deux pour cent de perte », indique Charles Breault, le plus vieux des trois frères, responsable, pour sa part, du troupeau laitier.

William, Patrick et Charles Breault, de la Ferme Breault et Frères, devant le carrousel de traite de 60 stations. Photo : Claude Fortin

Les silos traditionnels et les silos fosses avoisinent les bâtiments utilitaires, comme le garage, propre comme un sou neuf, et la meunerie, où on moule finement le maïs destiné aux animaux. Un coup d’œil suffit pour constater que tout a été pensé pour faciliter le travail des 17 membres de l’équipe, dont neuf employés d’origine guatémaltèque.

Trois employés se chargent des trois traites quotidiennes du troupeau. Chaque traite demande deux heures et demie de travail. Photo : Claude Fortin

Pas question d’y aller avec la règle du pouce pour améliorer la productivité de la ferme, soutient Charles. « Si on veut faire une amélioration, on essaie d’aller chercher les meilleurs conseillers », précise l’homme de 41 ans. « Pour qu’une roue tourne bien, il faut qu’elle soit bien ronde », ajoute Patrick, le deuxième des frères Breault. Il est l’homme de la mécanique, des bâtiments et d’un peu tout le reste.  Il est associé dans la ferme, avec ses frères et leur cousin Mickaël, depuis 2010. « Il y a les veaux, les vaches taries, les vaches en lait, les champs, la gestion du fumier… Name it! Il faut que tout ça, ça marche, pour que ça roule bien », dit-il.

Il y a une chose qui est importante pour moi : ce n’est pas aux autres à nous amener quelque part. C’est à nous à travailler pour avoir le succès qu’on veut.

Charles Breault

Des choix cruciaux

Avec 1,8 kilo de gras livré, on peut dire que la roue tourne plutôt bien chez les Breault. Un des nombreux petits secrets de ce succès? Le croisement des vaches à partir de 2018. « On a travaillé longtemps à essayer de rapetisser les vaches avec la race Holstein, mais ça ne fonctionnait
pas », précise Charles. C’est à ce moment que l’idée du croisement s’impose. « Pour trouver la bonne méthode de croisement, ça a pris des essais, des erreurs, puis des conseils », explique celui qui a trouvé la recette idéale dans une ferme des États-Unis, qui croise ses vaches laitières depuis plus d’un quart de siècle. « Une fois que j’ai rencontré ce gars-là, j’ai suivi sa méthode à la lettre, puis les résultats sont venus ». La recette? On commence avec la Holstein, on ajoute de la Jersey et on complète avec de la Norvégienne rouge. « En partant, avec un croisement F1 Holstein-Jersey, tu vas chercher du gras, tu rapetisses ta vache, et tu vas chercher de l’efficacité alimentaire, explique le producteur. Après ça, pour ne pas la ramener Holstein, pour conserver une vigueur hybride, on ajoute la Norvégienne, qui est, selon moi, la meilleure race laitière autre que la Holstein et la Jersey. »

Le point de bascule survient en 2024, alors que la production passe de 1,4 à 1,8 kilo de gras livré. « J’ai dû vendre 200 vaches dans le temps de le dire », se souvient le producteur, assez fier de son coup et de ses 1 072 kilos détenus pour 600 vaches en lactation, ce qui en fait une des fermes laitières les plus productives au Québec. « On veut être de plus en plus efficaces, sans avoir à reconstruire de nouvelles granges ou de nouveaux bunkers, sans racheter plein de nouvelles terres », explique Patrick. « Ta vache, si elle produit un kilo de gras par jour plutôt que 1,9, comme les nôtres (la différence entre 1,8 et 1,9 va aux veaux), c’est quasiment deux vaches pour faire la production d’une », ajoute le cadet de la famille.  

« C’est un couteau que tu accotes par terre, tu avances dans ton stock, puis ça tourne, ça pousse les choses sur le convoyeur, et le convoyeur lance les ingrédients dans le mélangeur », explique Patrick Breault. Photo : Claude Fortin

« C’est un couteau que tu accotes par terre, tu avances dans ton stock, puis ça tourne, ça pousse les choses sur le convoyeur, et le convoyeur lance les ingrédients dans le mélangeur », explique Patrick Breault. Photo : Claude Fortin

Une technologie qui fait la différence

L’achat d’un premier Siloking, en 2016, fait partie des choix technologiques judicieux de la famille Breault. Le mélangeur de marque allemande charge les différents aliments de la recette du nutritionniste, enregistrée dans l’ordinateur de bord. « Aussitôt que j’ai la bonne quantité, je passe au prochain ingrédient », explique Patrick, qui signale que l’appareil permet de produire des rations avec une grande précision. « On est souvent en bas de 1 % d’erreur dans nos recettes. Ça m’arrive même d’être au kilo près, dit-il. Bon, c’est peut-être un coup de chance, mais c’est ça pareil », soutient Patrick avec un large sourire.

La stabulation libre, et le carrousel de traite qui l’accompagne, a permis d’améliorer de façon significative la productivité de l’entreprise. Le gain de temps a pu être investi dans le bien-être des animaux. Photo : Claude Fortin

La stabulation libre, et le carrousel de traite qui l’accompagne, a permis d’améliorer de façon significative la productivité de l’entreprise. Le gain de temps a pu être investi dans le bien-être des animaux. Photo : Claude Fortin

Le bon coup de l’entreprise

Passer de vaches attachées à la stabulation libre, avec le salon de traite qui vient avec, en 1991, a été le premier bon coup de l’entreprise. « Quand nos parents ont pris cette décision, aucun conseiller de l’époque ne les appuyait », se rappelle Charles Breault. Cette décision a été cruciale pour l’entreprise. « Ça a complètement changé notre modèle de gestion », soutient Patrick, qui signale que ce type de régie a permis d’améliorer de manière considérable le confort des animaux. « On veut déranger nos vaches le moins possible. Avant, on était tout le temps là. On finissait le train et on rentrait tout de suite dans le groupe pour faire des classements, les inséminations, etc. Maintenant, tout se fait à la sortie du carrousel. » Même la taille des onglons et les inspections du vétérinaire se font à cet endroit, dans de petits enclos aménagés spécialement pour ce travail.

Avec le carrousel de traite, les vaches sont dérangées le moins possible, car toutes les manipulations se font à la sortie. Photo : Claude Fortin
Fiche technique
Nom de la ferme :

Ferme Breault et Frères

Spécialité :

Production laitière

Année de fondation :

1976

Noms des propriétaires :

Charles, William, Patrick et Mickaël Breault

Nombre de générations :

3

Superficie en culture :

647 hectares en culture de maïs, de foin d’alpiste et de foin de luzerne

Cheptel :

1 060 vaches, croisées Holstein-Jersey-Norvégienne rouge

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