Trois productrices en mission en Tunisie

Ce contenu a été publié par un partenaire de La Terre de chez nous dans le cadre du cahier Femmes de Terre, femmes de tête.

Des productrices agricoles tunisiennes ont interrompu leur travail au champ pour préparer du thé pour les agricultrices québécoises venues à leur rencontre. Le geste a profondément marqué Jocelyne Ravenelle. « Elles ont allumé un petit feu de charbon et ont insisté pour nous servir du thé sur place. Cela illustre la grande générosité des femmes que nous avons rencontrées », raconte l’ancienne propriétaire de la ferme Canard du Village, située à Saint-Pie, en Montérégie, aujourd’hui reprise par son fils.

En février 2025, l’agricultrice a passé deux semaines en Tunisie dans le cadre d’une mission organisée par UPA Développement international (UPA DI). L’objectif : rencontrer des femmes engagées dans l’agriculture et la transformation alimentaire afin « d’échanger sur leurs réalités d’entrepreneures ». 

Caroline Breton a aussi participé à la récolte des olives. Photo : Gracieuseté de Caroline Breton
Caroline Breton a aussi participé à la récolte des olives. Photo : Gracieuseté de Caroline Breton

Il s’agissait de la troisième mission internationale de Jocelyne Ravenelle, après deux séjours au Sénégal en 2020 et 2023. Elle était accompagnée de Michèle Laberge, présidente des Agricultrices de la Montérégie-Est. Ensemble, elles ont participé à des ateliers dans trois régions : Siliana, Jendouba et Kairouan.

Les rencontres réunissaient des transformatrices regroupées dans des coopératives appelées Sociétés mutuelles de services agricoles (SMSA). Les participantes ont discuté de leurs défis, notamment des enjeux climatiques. 

La Tunisie est frappée durement par la sécheresse. « On a visité un verger d’abricotiers complètement asséché. Les arbres vont devoir être coupés pour servir de bois de chauffage », explique Jocelyne Ravenelle. Même les figuiers de Barbarie, des cactus robustes qui nécessitent peu d’eau, commençaient à sécher.

Ces réalités contrastent avec celles qu’elle connaît au Québec. « Chez nous, l’an dernier, c’était plutôt l’excès d’eau. Les tracteurs ne pouvaient plus entrer dans les champs. Il a fallu faire du drainage », souligne-t-elle. Les discussions ont néanmoins permis de partager des stratégies d’adaptation et de comparer les expériences.

De cette mission, Jocelyne Ravenelle retient surtout les rencontres qu’elle a pu faire. Même avec la barrière de la langue – les échanges se faisaient avec l’aide d’une traductrice –, des liens forts se sont créés. « Entre agricultrices, on s’est vite comprises », résume-t-elle.

Marie-Pier Nadeau, copropriétaire de la ferme Caprijol, de Saint-Gervais, s’est rendue en Tunisie avec la mission d’animer des ateliers sur la gouvernance inclusive auprès de groupes de femmes engagées dans des organisations agricoles locales. Photo : Gracieuseté de Marie-Pier Nadeau
Marie-Pier Nadeau, copropriétaire de la ferme Caprijol, de Saint-Gervais, s’est rendue en Tunisie avec la mission d’animer des ateliers sur la gouvernance inclusive auprès de groupes de femmes engagées dans des organisations agricoles locales. Photo : Gracieuseté de Marie-Pier Nadeau

Soutenir la gouvernance agricole 

Pour Marie-Pier Nadeau, la mission en Tunisie avait un objectif bien précis : parler de gouvernance. En décembre dernier, la copropriétaire de la ferme caprine Caprijol, de Saint-Gervais, en Chaudière-Appalaches, a passé deux semaines sur le terrain afin d’animer des ateliers sur la gouvernance inclusive auprès de groupes de femmes engagées dans des organisations agricoles locales.

Il s’agissait de sa première mission avec UPA DI. Elle y participait avec Julie Grégoire, de la Ferme LPJA. Ensemble, elles ont rencontré des collectifs de productrices qui fonctionnent un peu comme des coopératives. Ces groupes comptent généralement une quinzaine ou une vingtaine de membres, souvent des transformatrices ou des propriétaires de terres.

L’objectif était de donner aux participantes des outils pour mieux structurer leur organisation et participer aux décisions. Les discussions ont aussi abordé la place des femmes dans les instances agricoles et les moyens d’encourager une participation plus large.

Jocelyne Ravenelle a également fait deux séjours au Sénégal, dont un en 2023, où elle allait à la rencontre de femmes pour leur parler d’entrepreneuriat agricole au féminin. Photo : Gracieuseté de Jocelyne Ravenelle
Jocelyne Ravenelle a également fait deux séjours au Sénégal, dont un en 2023, où elle allait à la rencontre de femmes pour leur parler d’entrepreneuriat agricole au féminin. Photo : Gracieuseté de Jocelyne Ravenelle

Très engagée dans le milieu agricole québécois, Marie-Pier Nadeau est notamment présidente des Agricultrices de Chaudière-Appalaches-Est. Cette expérience lui a permis d’alimenter les échanges avec les productrices tunisiennes.

Au fil des discussions, plusieurs défis communs sont apparus. « La charge mentale et la conciliation travail-famille sont très présentes pour les femmes tunisiennes, comme pour nous », constate-t-elle. Malgré ces obstacles, elle a été frappée par leur détermination. « Elles veulent améliorer les conditions de vie pour leurs enfants et pour la prochaine génération. »

Échanger sur les pratiques de commercialisation

Caroline Breton, de la Ferme Karobert, à Saint-Anselme, en Chaudière-Appalaches, attendait de participer à une mission internationale depuis longtemps. En novembre 2024, elle s’est envolée vers la Tunisie en compagnie de Bianka Pagé, de l’Érablière Pagé, Savard et Filles, à Saint-Alexis-des-Monts, en Mauricie. Les deux productrices avaient chacune un thème à présenter. Bianka Pagé a parlé de production acéricole, Caroline Breton, de production laitière. Devant un auditoire attentif et curieux, elle a notamment expliqué le système québécois de mise en marché collective du lait. « Cette façon de faire a beaucoup surpris les participantes tunisiennes », raconte-t-elle.

Les échanges ont aussi porté sur les défis économiques. Selon Caroline Breton, le principal obstacle pour ces productrices demeure la mise en marché de leurs produits. Elle a parlé de l’importance de se regrouper pour gagner du poids dans les négociations.

Seule, une productrice n’a pas beaucoup de pouvoir. Mais en groupe, on peut obtenir un prix plus juste.

Caroline Breton

La mission a aussi été l’occasion de découvrir les pratiques agricoles locales. Caroline Breton a participé à la récolte des olives. « On utilise un outil comme un peigne pour faire tomber les fruits sur un filet au sol. C’est très manuel. Le fait de le faire moi-même m’a permis de vraiment comprendre ce travail. » 

Sur place, les deux Québécoises formaient une petite équipe avec trois membres de l’organisation, dont une interprète. L’encadrement était assuré par UPA DI, qui organise la logistique et couvre les frais du voyage. « Tout est très bien structuré. On se sent accompagnées du début à la fin », souligne-t-elle.

Au final, elle retient surtout l’engagement des femmes rencontrées. « Elles sont ambitieuses, travaillantes et perfectionnistes. Elles ont toutes les qualités pour réussir. » Une expérience marquante qu’elle espère répéter.

UPA DI : un réseau d’entraide agricole

Mis en œuvre par UPA DI et financé par Affaires mondiales Canada, le programme Réseau Agro-Innov mise sur une coopération entre agriculteurs et agricultrices du Nord et du Sud fondée sur un échange d’expériences. L’objectif : renforcer les entreprises agricoles familiales et les organisations professionnelles agricoles dans 11 pays en développement.

Le programme vise notamment à améliorer la productivité et la rentabilité des fermes tout en soutenant une gouvernance plus inclusive. Une attention particulière est accordée aux femmes, afin qu’elles développent leurs compétences, accèdent à des postes de décision et participent pleinement à l’économie de leur communauté.

Au-delà du transfert de savoir-faire, ces échanges révèlent souvent des défis communs. « Les enjeux sont sensiblement les mêmes », souligne Marion Provencher-Langlois, chargée de programme à UPA DI : la charge de travail, la conciliation famille-ferme et la sous-représentation des femmes dans les instances décisionnelles.

En 2024-2025, UPA DI a organisé environ 150 missions internationales.


Ce contenu a été publié par un partenaire de La Terre de chez nous dans le cadre du cahier Femmes de Terre, femmes de tête, publié le 1er avril 2026.