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L’herbe représente une excellente source d’oméga-3, souvent négligée.

L’herbe représente une excellente source d’oméga-3, souvent négligée.

Un bon ratio oméga-6/oméga-3 : tout le monde y gagne

On entend souvent parler des oméga-3, mais beaucoup moins du ratio oméga-6/oméga-3 (n-6/n-3). Pourtant, c’est lui qui est important. Pourquoi? Parce qu’un excès d’oméga-6 dans l’alimentation nuira à l’utilisation des oméga-3 par l’organisme, même si ceux-ci sont présents en quantité suffisante. Le ratio idéal se situe entre une et quatre fois plus d’oméga-6 que d’oméga-3. Or, tant dans l’alimentation des animaux que dans celle des humains, les ratios au Canada tournent plus autour de 10 à 30 oméga-6 pour 1 oméga-3.

Quels sont les effets de ce déséquilibre? Ils sont nombreux : baisse de la réponse immunitaire, maladies inflammatoires, diminution de la fertilité, cancers, maladies cardiovasculaires ou auto-­immunes, etc. Tant pour nos animaux que pour nous, il y a donc un avantage à équilibrer le ratio n-6/n-3 dans l’alimentation.

Ce qui est bien, c’est que si le ratio n-6/n-3 est équilibré dans l’alimentation d’un animal, le ratio n-6/n-3 de ses produits (viande, lait, œufs) le sera lui aussi, ce qui les rendra meilleurs pour la santé. On gagne donc sur le plan technique, avec entre autres une amélioration de la santé et de la fertilité, et l’on offre aussi aux consommateurs des produits ayant une meilleure valeur nutritionnelle.

Des rations équilibrées

Pourquoi le ratio n-6/n-3 est-il aussi déséquilibré dans les rations animales au Canada? La faute revient à la très grande utilisation du soya et du maïs dans l’alimentation, et des concentrés en général. À titre d’exemple, le ratio n-6/n-3 du maïs se situe autour de 35/1, alors que celui du soya est d’environ 6,5/1. Si ces aliments représentent une grande proportion de la ration de votre troupeau, le ratio n-6/n-3 risque fort d’être déséquilibré.

À l’opposé, les rations à base de fourrages présentent habituellement des ratios n-6/n-3 équilibrés, car le foin, les pâturages et l’ensilage d’herbe (mais pas l’ensilage de maïs) contiennent beaucoup d’oméga-3. À titre d’exemple, la viande d’un bœuf nourri à l’herbe présente un ratio n-6/n-3 d’environ 2,6/1, alors que celle d’un bœuf nourri de façon conventionnelle (avec une grande proportion de concentrés) aura un ratio 
n-6/n-3 entre 8/1 et 20/1.

Les avantages du lin

Une autre façon d’équilibrer le ratio n-6/n-3 consiste à remplacer une partie des concentrés par du lin, une linacée qui était auparavant abondamment cultivée au Québec. Cette plante présente divers avantages, en plus de son contenu élevé en gras oméga-3 : elle est bénéfique dans les rotations, car elle brise le cycle des maladies, en plus d’être peu exigeante et d’offrir un grand potentiel pour l’agrotourisme. Lors de l’ajout dans les rations, trois éléments sont toutefois à surveiller. Premièrement, la graine doit être traitée (ex. : moulue) avant d’être servie pour augmenter la disponibilité des oméga-3 qu’elle contient. Deuxièmement, il faut éviter que les oméga-3 s’oxydent, ce qui arrive s’ils sont exposés trop longtemps à l’oxygène ou à la lumière. Finalement, l’ajout de lin dans les rations pour ­ruminants devrait se faire prudemment, car de grandes quantités vont nuire à la digestion des fibres et peuvent diminuer l’ingestion de matière sèche. Il est donc essentiel de consulter votre ­nutri­tionniste pour bien planifier le changement. 

Marie-Pierre Dallaire, professeure au programme de gestion des technologies d’entreprise agricole, Cégep de Lévis