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Morgan Crowley a présenté son projet de recherche au sommet Google Earth Engine User à Dublin, en Irlande, en 2018. Photo : Google Earth Outreach

Morgan Crowley a présenté son projet de recherche au sommet Google Earth Engine User à Dublin, en Irlande, en 2018. Photo : Google Earth Outreach

Traquer les feux de forêt à partir du ciel

Le début de l’été 2020 a été particulièrement brûlant dans les forêts du Québec avec deux fois plus de brasiers que la moyenne. Les terres agricoles, souvent bordées par des boisés, ont elles aussi été la proie des flammes, comme ç’a été le cas à Rivière-Ouelle.

Mais les feux de forêt sont-ils vraiment plus fréquents? Rasent-ils plus de territoire qu’avant? Brûlent-ils plus longtemps? Morgan Crowley, doctorante en sciences des ressources naturelles à l’Université McGill, espère répondre à ces questions avec sa technique novatrice de cartographie des feux en temps presque réel… à partir de l’espace.

Exploiter Google Earth

Actuellement, la majorité des cartes d’incendies forestiers sont basées sur les images d’un seul satellite qui ne survole une région donnée qu’une seule fois par semaine. Pour son projet de doctorat, la jeune femme cherche à améliorer la vitesse de cartographie et d’analyse de la progression des feux de forêt au Canada en combinant les données de plusieurs satellites. « Plus précisément, j’exploite Google Earth Engine, un programme de la plateforme Google Earth, et l’intelligence artificielle pour obtenir un portrait plus rapide et plus précis des feux de forêt », explique-t-elle.

La chercheuse a repris des algorithmes que son superviseur, Jeffrey Cardille, avait développés pour calibrer les paramètres des images satellites du Québec et des terres agricoles au Brésil. Elle les a adaptés aux données sur les incendies forestiers canadiens et québécois et les a ensuite intégrés à Google Earth Engine pour traiter plus de 1 500 images captées par cinq satellites.

Morgan Crowley

Morgan Crowley

Des algorithmes performants

« En combinant plusieurs images, il est possible d’avoir une meilleure perspective des feux de forêt », dit-elle. Elle a testé l’efficacité de sa méthode pour cartographier les 89 feux de 2017 et les 220 feux de 2018 qui ont sévi en Colombie-Britannique. « J’ai été capable de reproduire l’endroit des brasiers et de calculer le nombre d’hectares de forêts brûlées. »

Ses algorithmes ont aussi très bien fait quand elle a comparé leur rendement avec la base nationale de données sur les feux de forêt du Canada. Sa technique a permis de cartographier plus rapidement davantage de régions épargnées par les feux que la méthode traditionnelle. « Actuellement, il faut généralement un an pour cartographier toutes les zones brûlées et non brûlées. Avec ma technique, on tombe à moins d’une semaine », soutient-elle.

Comme ses algorithmes peuvent traiter un grand nombre de données, la chercheuse espère pouvoir les intégrer au modèle canadien d’évaluation des dangers d’incendies de forêt.

Les gestionnaires de territoires pourront ainsi évaluer plus rapidement quels incendies représentent une réelle menace pour le milieu naturel, la population, les champs et le bétail. Ils pourront mieux aménager les forêts selon le risque régional d’incendie et prévoir des coupe-feux en marge des exploitations agricoles.

Un mois de juin chaud

La Société de protection des forêts contre le feu (SOPFEU) a combattu 162 incendies menaçant 60 719 hectares forestiers au Québec au mois de juin. Quelque 67 % de ces feux seraient de cause humaine. Il s’agit du mois de juin le plus actif des 10 dernières années.

Nathalie Kinnard, Agence Science Presse