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Ana Morales, étudiante de maîtrise, avec une grive à dos olive à l’observatoire des oiseaux de Université McGill. Photo : Université McGill

Ana Morales, étudiante de maîtrise, avec une grive à dos olive à l’observatoire des oiseaux de Université McGill. Photo : Université McGill

Terres agricoles : escales migratoires insoupçonnées

Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en écologie de l’Arctique à l’Université McGill, Kyle Elliott est un spécialiste des oiseaux nordiques. Habitué à des voyages dans l’Arctique canadien où il étudie les oiseaux du Grand Nord, il a trouvé une espèce à observer tout près de son bureau situé au Campus Macdonald de McGill, à Montréal.

« On fait aussi des travaux ici, dans le sud du Québec », explique l’ornithologue. Deux membres de son équipe de recherche ont en effet découvert que la grive à dos olive fait escale en bordure des terres agricoles de Sainte-Anne-de-Bellevue chaque année lors de son parcours migratoire, qui la mène de la forêt boréale du Québec jusqu’en Amérique centrale où elle passe l’hiver.

Des voyageurs discrets

La présence de ces passereaux, qui séjournent jusqu’à deux mois par année aux abords des terres de la vallée du Saint-Laurent, passe largement inaperçue parce que ces petits oiseaux s’installent principalement dans les haies et les zones arborées en bordure des champs de soya et de maïs.

Les chercheurs de McGill n’ont réussi à les observer directement qu’après en avoir capturé quelques-uns à l’aide de filets. En équipant ces oiseaux d’émetteurs radio, ils ont été en mesure de les suivre pour mieux comprendre ce qui les amenait à faire escale dans le sud du Québec.

« Ces oiseaux passent une bonne partie de leur vie ici », observe Kyle Elliot, qui explique que les grives profitent de la chaleur et de l’abondance de la fin de l’été pour faire bombance pendant la mue qui précède leur longue migration d’automne.

Une faune agricole invisible, mais importante

« Les champs agricoles sont très importants pour ces oiseaux, mais aussi pour d’autres espèces », note le chercheur. Des coyotes aux chauves-souris, en passant par les poissons, les amphibiens et les rongeurs, « beaucoup d’animaux » cohabitent avec l’agriculture, insiste Kyle Elliot, et ce, « même si on ne les voit pas ».

La grive à dos olive figure depuis 2013 sur la liste des espèces prioritaires des Stratégies régionales de conservation des oiseaux du gouvernement du Canada. L’expansion agricole et urbaine ainsi que l’exploitation forestière contribuent à la perte et à la dégradation de son habitat, en particulier dans l’est du Canada et sur la côte ouest où les populations sont en déclin.

Le scientifique estime qu’il nous incombe « une grande responsabilité » de prendre conscience des impacts des pratiques agricoles sur la faune afin de les atténuer autant que possible. « L’utilisation de pesticides, ça ne va pas avoir un effet juste dans les champs », illustre-t-il, en soulignant, par exemple, que les oiseaux insectivores comme les grives qui se nourrissent aux abords des champs vont être exposés aux insecticides.

Une espèce sous surveillance

Jusqu’en 2010, l’espèce était considérée comme en sécurité au Canada, où la population de grives à dos olive adultes totalisait plus de 50 millions d’individus. Encore très répandue dans sa vaste aire de distribution, qui s’étend de l’Alaska à la Nouvelle-Écosse, l’espèce a été classée au statut de préoccupation mineure en 2012 par l’Union internationale pour la conservation de la nature.

Simon Van Vliet, Agence Science-Presse