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Pesticides et phosphore : un risque méconnu

« J’ai des amis dans le milieu de l’agriculture et ils ignorent complètement que le Roundup, un herbicide à base de glyphosate, contient du phosphore, raconte Marie-Pier Hébert, étudiante au doctorat à l’Université McGill. Pourtant, ils sont très conscients du problème que représente ce nutriment. »

Depuis les années 1980, des efforts ont été déployés pour réduire la quantité de phosphore dans les terres agricoles. « Le phosphore menace les cours d’eau, explique Mme Hébert. En concentration trop élevée, il favorise la prolifération des algues, ce qui peut diminuer l’oxygène dans l’eau et même provoquer la mort des poissons. » Des règlements encadrent d’ailleurs la quantité de phosphore qui peut être épandu sous forme d’engrais.

Toutefois, les agronomes ne tiennent pas compte des herbicides comme le glyphosate lorsqu’ils émettent leurs recommandations aux producteurs quant à la quantité de phosphore qu’ils peuvent utiliser chaque année, déplore la chercheuse. « Les engrais sont la principale source de phosphore, mais si beaucoup de glyphosate est appliqué, ça peut avoir des répercussions dans les régions où le sol en est déjà saturé », insiste-t-elle.

Des solutions à perfectionner

Selon Marie-Pier Hébert, il faut informer les agriculteurs de ces risques méconnus que pose le glyphosate et réfléchir à des solutions pour limiter les répercussions environnementales liées à des concentrations élevées de phosphore dans les sols.

« Au Québec, on encourage l’utilisation de bandes riveraines, mentionne-­t-elle. Ces bandes, d’au moins trois mètres de large à proximité des rivières, ne sont pas désherbées. Les racines des plantes peuvent alors retenir les engrais et certains pesticides et les empêcher de se rendre dans les cours d’eau. »

Malheureusement, la recherche démontre que les bandes riveraines ne sont pas suffisantes à elles seules pour arrêter le transport des produits chimiques vers les cours d’eau. « Il faut trouver de meilleures façons de prévenir la dispersion des contaminants comme le phosphore », croit la doctorante.

Soutenir les agriculteurs

Parmi les solutions possibles, Marie-Pier Hébert propose d’inclure les pesticides dans la réglementation encadrant l’utilisation du phosphore. « Ça réduirait probablement la quantité de glyphosate, et donc de phosphore, que les agriculteurs appliquent sur leurs terres, explique-t-elle, en particulier pour les producteurs de maïs et de soya. Ça diminuerait toutefois le rendement potentiel de leurs récoltes puisque cet herbicide favorise la croissance des plantes. »

Marie-Pier Hébert insiste donc sur l’importance d’accorder un soutien gouvernemental aux agriculteurs dans leur virage vert. « Réduire l’application de phosphore en évitant l’utilisation de pesticides est un défi de taille. Sans aide, il est difficile d’être compétitif sur le marché. »

La chercheuse souhaite d’ailleurs créer un pont avec les producteurs. « Comme scientifiques, nous voulons comprendre les répercussions du phosphore sur l’environnement, mais nous devons garder en tête la réalité des agriculteurs, souligne-t-elle. Comment peut-on trouver des solutions pour protéger la planète, tout en assurant la rentabilité des récoltes? » Cette réflexion est essentielle pour favoriser un changement durable. 

Roundup et cultures transgéniques

En 1996, la compagnie Monsanto a mis sur le marché ses premières semences transgéniques de soya. Deux ans plus tard, c’était au tour du maïs transgénique. Ces semences ont été génétiquement modifiées pour résister au glyphosate. L’augmentation de l’utilisation du glyphosate serait due en grande partie à l’apparition de ces semences transgéniques.

Kathleen Couillard, Agence Science-Presse