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Les émissions et l’absorption de carbone font en sorte que les plantes et les ruminants forment un cycle de recyclage du carbone. Photo : Archives/TCN

Les émissions et l’absorption de carbone font en sorte que les plantes et les ruminants forment un cycle de recyclage du carbone. Photo : Archives/TCN

Méthane et CO2 : comparer des pommes à des oranges

Chaque année, La Terre de chez nous remet une bourse de vulgarisation à un étudiant de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval. Voici le texte qui a valu à Myriam Landry de la remporter cette fois-ci.

Qu’est-ce qui contribue davantage au réchauffement climatique : une vache ou une voiture? Malheureusement, la réponse n’est pas si simple. De plus en plus de chercheurs s’entendent toutefois pour dire que le méthane produit par les ruminants ne peut pas être comparé au CO2 rejeté par nos voitures. Prenons un peu de recul pour mieux comprendre la problématique entourant ces fameux « pets » de vaches!

Une planète qui se réchauffe, à qui la faute?

La communauté scientifique s’entend pour dire que les activités humaines sont responsables du réchauffement climatique. Effectivement, la production de gaz à effet de serre (GES) comme le dioxyde de carbone (CO2) et le méthane (CH4) contribue à emprisonner les radiations solaires dans l’atmosphère, ce qui cause ce réchauffement problématique. L’agriculture fait souvent partie de la discussion lorsqu’on parle de changements climatiques, et avec raison. Dans le monde, le secteur agricole et forestier est responsable d’environ 18 % des émissions de GES. L’utilisation d’énergie pour l’électricité, le chauffage et le transport représente cependant la majorité des émissions mondiales (73 %) (Our World in data, 2020). Une grande part de ces émissions peut être attribuée à la combustion d’énergies fossiles comme le pétrole. Au Québec, l’agriculture représente plutôt 10% des émissions de GES contre 31 % pour l’industrie (combustion de divers combustibles et procédés industriels) et 43 % pour le transport (MELCC, 2019). 

Des « rots » de vaches

La production de GES reliée à l’agriculture est générée par la gestion des fumiers et des sols agricoles, l’épandage de chaux et d’engrais, ainsi que par la digestion des ruminants aussi appelée fermentation entérique ou ruminale. Contrairement à la croyance populaire, les gaz produits par les ruminants sont excrétés en majorité par leur bouche. Ce sont principalement les microorganismes présents dans le rumen de la vache qui sont responsables de la production du méthane. Le rumen est l’organe qui permet à la vache de digérer des aliments riches en fibres, comme le foin, que les humains seraient incapables de consommer. Cette particularité anatomique permet aux ruminants de transformer des fourrages en protéine, via leur lait ou leur viande. L’élevage de ruminants nous permet donc d’utiliser autrement des terres qui ne sont pas adaptées pour la culture de végétaux destinés à l’alimentation humaine.

Des pommes et des oranges

Le méthane produit par les vaches est un exemple de gaz à effet de serre, mais il en existe plusieurs autres. Ces gaz peuvent être comparés à l’aide d’un indice qu’on appelle le potentiel de réchauffement planétaire. Cet indicateur représente la capacité d’un gaz à retenir la chaleur dans l’atmosphère comparativement au CO2 sur une période de 100 ans. Selon cet indice, le méthane est un gaz à effet de serre environ 28 fois plus puissant que le CO2. Cependant, ce n’est pas la seule différence entre ces gaz. Leur durée de vie est aussi différente. Le CO2 reste dans l’atmosphère plus d’une centaine d’années, alors que le méthane n’y reste qu’une douzaine (Blasing, 2016). Ainsi, le CO2 s’accumule beaucoup plus rapidement dans l’atmosphère que le méthane. Certains chercheurs déplorent donc la façon trop simpliste dont le méthane produit par les ruminants est comparé au CO2 (Frame et al., 2018).

Et si les vaches faisaient partie de la solution?

Le méthane et le CO2 ne sont pas seulement produits; ils sont aussi consommés. Contrairement à d’autres secteurs, l’agriculture ne fait pas que produire des gaz à effet de serre; elle a aussi le potentiel de séquestrer le carbone qui est présent dans ces gaz. De bonnes pratiques ont le potentiel de stocker du carbone dans les sols et les végétaux. Les émissions et l’absorption de carbone font en sorte que les plantes et les ruminants forment un cycle de recyclage du carbone. Si le cheptel de ruminants restait stable dans le temps, il ne ferait pas augmenter la quantité de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Plus que cela même, grâce à la courte durée de vie du méthane, l’amélioration de l’efficacité des ruminants est une solution prometteuse pour réduire l’impact environnemental de l’agriculture (Mitloehner, 2019). 

Il est important de ne pas nier le rôle que l’agriculture doit jouer dans la protection de l’environnement. Toutefois, le secteur agricole est en constante amélioration. Par exemple, entre 2011 et 2016, l’amélioration des pratiques a permis de diminuer l’empreinte carbone de la production laitière de 8,7 % (Les Producteurs de lait du Québec, 2019). Les innovations se multiplient et la durabilité prend de plus en plus de place dans les préoccupations des producteurs agricoles. Osons en parler! 

Inspiré en partie d’une conférence du Dr Frank Mitloehner de l’Université de Californie à Davis

Myriam Landry, étudiante en agronomie