fbpx
Les relations entre les insectes dans un champ peuvent influencer le rendement d’une culture. Photo : Gracieuseté de Julien Malard

Les relations entre les insectes dans un champ peuvent influencer le rendement d’une culture. Photo : Gracieuseté de Julien Malard

Les insectes inclus dans les prédictions de rendements

« L’agriculture à petite échelle m’a toujours intéressé et j’aime voyager », raconte Julien Malard, étudiant au doctorat en génie des bioressources à l’Université McGill. C’est ce qui l’a amené au Guatemala et en Inde pour travailler sur les relations entre les différents insectes dans les champs agricoles. Ses conclusions pourraient être utiles pour les agriculteurs québécois.

Julien Malard

Julien Malard

Julien Malard s’intéresse aux réseaux trophiques agricoles. « Il s’agit de développer une carte de toutes les relations alimentaires dans un champ, explique-t-il. Par exemple, deux espèces de pucerons qui mangent les fèves sont mangées par une araignée, qui est elle-même attaquée par une guêpe, et ainsi de suite. » Bien que ces réseaux rappellent une chaîne alimentaire, ils sont beaucoup plus complexes.

L’étudiant élabore des modèles informatiques pour prédire les fluctuations des populations d’insectes et les répercussions sur la production agricole. « Les modèles qui existent déjà pour décrire la situation dans les champs n’incluent que des données sur la plante, le sol et le climat, souligne-t-il. En excluant les insectes, on néglige toutefois une grande partie de l’équation. »

Pour l’instant, la construction de ces modèles nécessite une analyse complète et personnalisée pour chaque champ. « D’une culture à l’autre, les insectes et leurs relations peuvent changer, précise Julien Malard. Nous avons donc développé une approche flexible. »

Pour élaborer chaque modèle, Julien Malard doit se rendre sur le terrain. « Nous demandons aux producteurs quelles sont les espèces qui attaquent leur culture et s’il existe des insectes bénéfiques qui s’en prennent aux ravageurs, mentionne-t-il. Nous faisons aussi des recherches dans la littérature scientifique ou nous installons des pièges dans les champs pour déterminer s’il y a des espèces inconnues des agriculteurs, mais qui jouent un rôle important dans l’écosystème. » Il est ensuite possible d’entrer dans le modèle des données précises provenant du champ et de s’en servir pour évaluer différents scénarios.

Un outil de transition vers le bio

Julien Malard espère qu’il pourra un jour offrir des services-conseils aux petits producteurs qui souhaitent faire la transition vers l’agriculture biologique. « Aucun modèle ne peut être aussi efficace qu’un agriculteur qui a de l’expérience avec les méthodes de culture biologique, concède l’étudiant. Toutefois, pour ceux qui hésitent à prendre ce virage, notre modèle pourrait être utile. »

Notamment, le modèle permettrait de suivre l’évolution des populations de ravageurs, de déterminer si les mesures de contrôle biologiques sont efficaces et d’évaluer si le producteur va dans la bonne direction. « Notre modèle pourrait aussi servir aux experts des gouvernements qui souhaiteraient promouvoir l’agriculture biologique et qui veulent mieux comprendre la dynamique des populations d’insectes pour élaborer des politiques à plus grande échelle. »

Des effets pervers

Grâce à ses travaux, Julien Malard a pu démontrer que l’application de pesticides chimiques a parfois des effets pervers. Puisqu’on a détruit ses ennemis naturels, l’insecte que l’on souhaitait contrôler peut revenir de façon plus importante. Il faut alors répéter l’application du pesticide et il est difficile de briser ce cycle.

Kathleen Couillard, Agence Science-Presse