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Des plants de sorgho et de sarrasin utilisés comme engrais verts dans les parcelles pédagogiques de l’ITAQ au campus de Saint-Hyacinthe. Photos : Gracieuseté de l’ITAQ

Des plants de sorgho et de sarrasin utilisés comme engrais verts dans les parcelles pédagogiques de l’ITAQ au campus de Saint-Hyacinthe. Photos : Gracieuseté de l’ITAQ

Les engrais verts : de multiples bénéfices pour la santé des sols

L’utilisation des engrais ne date pas d’hier en agriculture. Mais que sait-on au sujet des engrais verts? Leur usage est une pratique ancienne encore trop souvent méconnue. En anglais, le terme green manure veut presque tout dire; il signifie « fumier vert ». Bien que cela puisse sembler étrange, les engrais verts sont des plantes que l’on fait pousser pour les détruire plus tard. Elles servent de couvre-sol temporaire et sont ensuite enfouies en terre pour enrichir les cultures en minéraux. C’est une méthode qui améliore la fertilité des sols à moyen et à long terme et même, dans certains cas, à court terme.

Les principaux avantages

L’introduction des engrais verts est une pratique de base en culture biologique. Les bénéfices sur la santé des sols sont nombreux, qu’ils soient cultivés en dérobée (avant une culture vivace ou exigeante en nutriments ou après une culture principale) ou en culture intercalaire (en même temps que la culture principale).

Nourrir le sol : en enfouissant les engrais verts au bon moment, on augmente la matière organique des champs pour les futures cultures. Tout au long de leur croissance, ces plantes vont puiser dans le sol des éléments fertilisants qu’elles vont stocker et restituer aux cultures suivantes lorsqu’elles vont se décomposer. La quantité d’éléments fertilisants assimilables dans le sol (azote, potassium, phosphate, etc.) va donc augmenter;

Protéger le sol : du vent (érosion), du soleil (dessèchement) et de la pluie (compaction). Les cultures annuelles exposent les sols aux facteurs de dégradation et donc à des pertes de rendement et de revenu;

Structurer et aérer le sol : les sillons formés par le développement du système racinaire facilitent les échanges d’air et d’eau avec la surface. En faisant une rotation des cultures et en combinant des céréales avec des engrais verts ou en entre-rangs avec la culture principale, on peut diminuer la dépendance à la monoculture;

Offrir un milieu de vie aux insectes bénéfiques : une fois fauché, l’engrais vert va se décomposer et attirer de nombreux organismes qui vont s’en nourrir, favorisant ainsi l’activité biologique. En plus de dégrader l’engrais vert, ces derniers vont éliminer d’autres éléments fertilisants présents dans le sol et les rendre plus assimilables pour les cultures suivantes. Les vers de terre viendront se nourrir des matières en décomposition et permettront une meilleure aération de la terre en creusant des galeries;

Éliminer certaines plantes indésirables : en se développant rapidement et en occupant l’espace, les engrais verts concurrencent les autres plantes et les empêchent de proliférer;

Abaisser la dépendance aux herbicides et leurs effets néfastes : en réduisant l’utilisation des pesticides à l’aide d’engrais verts, on diminue l’exposition aux produits toxiques;

Diminuer les coûts des intrants : avec certaines cultures comme le maïs, l’utilisation d’un engrais vert combiné avec un sarclage peut éviter l’achat de 32-0-0 et donc diminuer les coûts d’intrants.


Les plantes utilisées comme engrais verts

Pour briser le cycle, il faut choisir une famille de plantes différente de la culture qui la précède et qui la suivra. Il ne faut pas laisser les engrais verts fleurir. La phacélia, la moutarde et le sarrasin sont souvent utilisés. Faciles à faire pousser, ils attirent les insectes pollinisateurs. Les graminées, les crucifères et les légumineuses sont bénéfiques chacune à leur façon. Elles apportent au sol une bonne quantité de matière organique. Les graminées s’enracinent en profondeur et prélèvent des éléments nutritifs comme les nitrates. Si les crucifères sont excellentes pour extraire le potassium, la moutarde et le sarrasin sont les meilleures pour l’extraction du phosphore. De leur côté, les légumineuses ont la capacité de fixer l’azote puisé dans le sol ou capté dans l’air.

Modifier ses façons de faire peut s’avérer difficile, car des résultats quasi instantanés sont souhaités. Les engrais verts peuvent toutefois jouer un rôle primordial pour un développement durable à court et à long terme. Bien sûr, changer une structure de sol (matière organique, microfaune, etc.) peut prendre des années, mais on peut commencer par une petite superficie et faire des essais sur trois à quatre ans. Ensuite, on peut poursuivre en augmentant progressivement la superficie des champs en engrais verts. Cela permettra de mieux évaluer les besoins et de faire des choix éclairés.

Christian Bergeron, technologue agricole à l’Institut de technologie agroalimentaire du Québec (ITAQ), campus de Saint-Hyacinthe