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Diarrhée post-sevrage porcine : comment éviter la colistine

La colistine est un antibiotique de dernier recours en médecine humaine qui permet de combattre les infections graves à diverses bactéries multirésistantes aux antimicrobiens classiques. 

Malheureusement, en 2015, on a découvert que des bactéries ont développé des gènes de résistance contre la colistine qui peuvent désormais être échangés avec d’autres espèces bactériennes. Les animaux d’élevage, notamment les porcs, ont été ciblés comme l’un des réservoirs (lieu ou hôte comportant ces bactéries). Le hic, c’est que la colistine semble être efficace pour traiter une maladie coûteuse pour l’industrie porcine, soit la diarrhée postsevrage (DPS), causée principalement par la bactérie Escherichia coli entérotoxinogène (ETEC). 

Plusieurs chercheurs du Centre de recherche en infectiologie porcine et avicole (CRIPA) s’intéressent à cette maladie depuis plus d’une décennie. De nombreux aspects ont été étudiés, notamment la sélection génétique de porcs résistants, la biosécurité, les stratégies vaccinales et la nutrition, mais également les solutions de rechange thérapeutiques ainsi que leur force d’impact et leurs limites sur le plan du coût, de la quantité de travail requis, etc.

Deux approches prometteuses

En ce qui a trait à la prévention, il ressort de cette analyse que la régie d’élevage et la vaccination sont les deux approches les plus prometteuses pour le contrôle de la DPS. De plus, les solutions de rechange telles que les additifs alimentaires (acides organiques, prébiotiques, probiotiques, etc.) demeurent des options intéressantes, mais ne sont pas encore validées en élevage industriel pour prévenir ou traiter la DPS.

Pour limiter l’utilisation de la colistine, les chercheurs recommandent une gestion étroite avant et durant le traitement. 

Ainsi, il faut :

  • isoler les animaux malades pour ne traiter que ceux-ci;
  • s’assurer que l’agent causal (étiologique) est bactérien par le biais de tests diagnostiques. 

D’une part, comme plusieurs cas de DPS sont causés par des virus, le traitement antibiotique sera inutile. D’autre part, la présence d’E. coli n’est pas suffisante pour discriminer des bactéries responsables de la DPS. Plusieurs études soulignent que seuls les ETEC produisant des toxines (LT et/ou STa ou STb) et une molécule servant à l’adhésion (notamment F4, possiblement F18) sont des agents causaux reconnus. 

Ainsi, les chercheurs recommandent d’utiliser la disparition de ETEC : F4 dans les fèces des porcelets comme marqueur pour le diagnostic moléculaire du DPS et pour l’évaluation de l’efficacité d’un traitement antimicrobien afin de contrôler cette maladie.

porcs

Utilisation au Canada

Il est important de rappeler que la colistine n’est pas homologuée en production animale au Canada. Toutefois, à cause de l’augmentation de la résistance des bactéries aux antibiotiques classiques, la colistine est parfois utilisée sous la responsabilité d’un médecin vétérinaire pour traiter des infections bactériennes digestives chez le porc.

Mohamed Rhouma, stagiaire postdoctoral
John M. Fairbrother, professeur titulaire
Francis Beaudry, professeur agrégé
Ann Letellier, professeure titulaire
Cécile Crost, agente de recherche
Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal