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Travail de terrain dans un champ de fraises. Photo : Emmanuelle Mignacca

Travail de terrain dans un champ de fraises. Photo : Emmanuelle Mignacca

De plus grosses fraises grâce aux abeilles sauvages

Quand les fleurs de certains cultivars de fraisiers sont visitées par des abeilles sauvages, elles donnent des fruits 40 % plus gros que lorsqu’elles sont pollinisées par des abeilles domestiques, révèle l’étude de Gail MacInnis, doctorante en biologie à l’Université McGill. Pourtant, beaucoup de producteurs misent actuellement sur ces dernières, appelées aussi abeilles à miel, pour polliniser leurs champs. Un couteau à double tranchant, pense la chercheuse.

Des abeilles bien différentes

« Nos travaux ont démontré que les abeilles à miel visitent les fleurs principalement pour leur nectar, explique Mme MacInnis. Par conséquent, elles ne transportent pas beaucoup de pollen. De plus, quand elles en transportent, elles le font très proprement. Elles enrobent le pollen de nectar et mettent le tout dans un petit sac attaché à leurs pattes. Ce pollen ne peut donc pas être déposé sur les fleurs. »

En revanche, les abeilles sauvages récoltent beaucoup de pollen, de façon très désordonnée. Celui-ci colle sur tout leur corps et peut plus facilement se détacher et se déposer lorsqu’elles butinent de fleur en fleur.

Une abeille récolte du pollen sur une fleur de fraisier.

Une abeille récolte du pollen sur une fleur de fraisier.

« Elles sont, de loin, les meilleures pollinisatrices pour plusieurs variétés de fraises! » s’exclame la doctorante. Si les producteurs tendent à parier sur « l’effet de gang » des ruches d’abeilles domestiques pour polliniser les plants, le recours à celles-ci a un prix, rappelle Mme MacInnis.

La chercheuse craint par ailleurs la compétition entre les espèces domestiques et sauvages. Certaines études ont en effet démontré qu’une abondance d’abeilles à miel pouvait réduire le nombre de visites des abeilles sauvages sur les fleurs.

Aménagements

En attendant d’en savoir plus sur cet enjeu, elle recommande aux producteurs d’aménager leurs fraisières pour attirer les abeilles sauvages. Elle suggère, par exemple, de réduire la taille des fraisières en laissant sur leur pourtour des parcelles de terrain non cultivées, la majorité des abeilles sauvages faisant leur nid dans le sol dénudé. Comme les champs de fraises québécois sont la plupart du temps recouverts de paille, les abeilles n’y ont pas accès et nichent plus loin, en marge des cultures. En outre, certaines espèces sauvages sont très petites et ne volent que dans un rayon de 200 mètres autour de leur nid, ce qui fait qu’elles sont souvent incapables d’atteindre le milieu des fraisières pour y polliniser les fleurs. Laisser pousser des fleurs sauvages près des fraisières est une autre façon efficace de les attirer et de leur permettre d’accéder aux plants.

« Les abeilles sauvages sont une ressource efficace et gratuite. Pourquoi ne pas en profiter? D’autant plus qu’elles sont moins agressives que les abeilles domestiques et n’attaquent pas, car elles n’ont pas de ruche à défendre. Je n’ai jamais été piquée, en 10 ans de travaux sur cet insecte », témoigne la biologiste.

Mission pollinisation

Selon Gail MacInnis, presque toutes les fraises sont plus grosses quand les abeilles s’en mêlent, même pour les plants qui s’autopollinisent avec leurs fleurs qui ont à la fois des étamines (organes mâles) et un pistil (organe femelle). Les abeilles sauvages améliorent la pollinisation, ce qui donne des fruits plus gros.