Page conseils 14 février 2025

Un festin de plastique! 

Le premier plastique a vu le jour en 1869 grâce à John Wesley Hyatt, un inventeur américain, dans le but d’offrir une solution de rechange écoresponsable à l’ivoire, dont la popularité croissante, à cette époque, engendrait des conséquences désastreuses pour les populations d’éléphants sauvages. Plus de 150 ans plus tard, sa durabilité en fait un matériel de choix, mais aussi une source de pollution majeure. À l’échelle de la production agricole mondiale, c’est plus de 12 millions de tonnes de plastiques qui sont utilisées chaque année. Ce matériel se fragmente en particules microscopiques, y compris durant le processus de recyclage, et s’accumule dans les sols, dans les cours d’eau et même dans l’air. Il a aussi été démontré que ces microfragments peuvent être absorbés par les plantes et les animaux sauvages et d’élevage.

En effet, des microplastiques ont été détectés dans les matières fécales des moutons, des porcs, des poulets et des vaches, mais aussi dans leur sang, ce qui suggère qu’après l’ingestion du plastique, les particules peuvent contaminer d’autres organes. Une étude récente a d’ailleurs découvert que les muscles des vaches et des moutons étaient contaminés par de nombreuses particules de plastique, une préoccupation pour la consommation de viande. De plus, les effets physiologiques sur les animaux d’élevage ne sont pas encore bien connus, mais des chercheurs ont démontré que les performances à la ferme, dont la fertilité et le gain de poids, peuvent être affectées négativement.

Dans les dernières années, plusieurs groupes de recherche ont découvert que différents insectes, dont le ténébrion meunier (Tenebrio molitor), sont capables de se nourrir de plastiques.

Les bactéries du microbiome intestinal sont en mesure de briser les liens chimiques qui unissent les longues chaînes de polymères du plastique pour former des excréments exempts de tous résidus synthétiques. Plusieurs enzymes digestives, dont certaines dans la salive, sont aussi essentielles à la biodégradation du plastique. Cette solution écologique à ce polluant est appelée « entomoremédiation ».

Toutefois, bien que les insectes mangeurs de plastiques soient médiatisés comme une approche « verte et naturelle », il n’existe que très peu de données sur les effets pathologiques de l’ingestion des fragments de plastique chez les ténébrions. Chez les invertébrés marins, ce matériel synthétique s’accumule fréquemment dans les systèmes respiratoire et digestif et engendre des dommages inflammatoires. Toutefois, l’exceptionnelle capacité de ces insectes à digérer ce matériel rend difficiles toutes comparaisons aux découvertes déjà effectuées chez les animaux marins. Notre équipe de recherche s’affaire à caractériser les changements microscopiques dans les différents organes des ténébrions suivant l’ingestion à long terme de microbilles de plastique. Ces avancées aideront aussi possiblement à comprendre les dommages de ce polluant chez l’humain qui, du haut de la chaîne alimentaire, consomme, en moyenne, l’équivalent de 50 sacs de plastique par année.