Page conseils 19 juin 2026

Savoir quand réformer : une décision gagnante pour le troupeau

On entend souvent qu’une vache ayant plusieurs lactations à son actif est « déjà payée » et qu’il vaut mieux la garder le plus longtemps possible. Pourtant, prolonger sa carrière n’est pas toujours optimal, ni pour le bien-être de la vache et du troupeau ni pour la rentabilité de l’entreprise. Idéalement, une vache quitte la ferme sur ses quatre pattes, et non dans le camion de l’équarrisseur. Certaines conditions justifient d’ailleurs une réforme plus hâtive.

Pensons d’abord à la paratuberculose, une infection intestinale chronique. Elle se manifeste le plus souvent chez les vaches âgées, sous forme de diarrhée chronique et d’un amaigrissement progressif, malgré un bon appétit. Une fois l’infection confirmée par un test, on gagne à réformer la vache rapidement puisqu’elle continuera de dépérir et qu’elle représente une source importante de contamination, surtout pour les veaux. Or ces veaux peuvent contaminer l’environnement bien avant de présenter des signes cliniques, qui n’apparaîtront que plusieurs années plus tard.

L’actinomycose, ou « os gras », est une autre maladie chronique non traitable. Elle est causée par une bactérie de la flore buccale qui entre par une plaie dans la gueule pour atteindre l’os de la mâchoire, causant une déformation progressive. Bien que certains traitements puissent ralentir la progression, les résultats sont incertains. La vache peut éventuellement ne plus être capable de s’alimenter. Réformer l’animal au meilleur de sa forme peut alors être beaucoup plus judicieux.

Une condition moins critique, mais tout aussi délétère pour la productivité du troupeau est la mammite à Staphylococcus aureus. Cette bactérie est difficile à éliminer, car elle se cache dans les cellules de la vache. Elle augmente le comptage de cellules somatiques et se transmet facilement, particulièrement lors de la traite. Elle peut aussi causer des mammites aiguës, parfois sévères, voire mortelles, dans certains cas. La réforme à court ou moyen terme est à considérer. En attendant, selon le système de traite, certaines mesures peuvent être mises en place pour limiter la transmission, comme adapter l’ordre de traite ou la gestion des équipements.

Enfin, le lymphosarcome, associé au virus de la leucose bovine, est un cancer qui survient chez environ 5 % des vaches infectées. Les signes incluent des ganglions visibles, un ou des yeux exorbités, une perte d’appétit ou même de la paralysie. Comme l’état de santé et le bien-être de ces vaches ne peuvent que se détériorer, et qu’elles sont une source d’infection pour les autres, elles ne devraient pas rester dans le troupeau inutilement. L’euthanasie devrait être envisagée étant donné que la carcasse est à haut risque de condamnation à l’abattoir.

En somme, face à une maladie chronique, il est essentiel de surveiller tout signe indiquant une perte de confort et d’envisager la réforme en conséquence. Qui plus est, une réforme hâtive permet souvent d’obtenir un meilleur prix pour l’animal. Votre médecin vétérinaire demeure un allié clé dans cette prise de décision.  


En collaboration avec l’Association des Médecins Vétérinaires Praticiens du Québec :