Page conseils 20 juin 2025

Les étapes essentielles pour développer un vaccin contre l’entérite nécrotique

Alors que l’antibiorésistance demeure une problématique majeure de santé publique, les principales solutions de contrôle de l’entérite nécrotique reposent encore sur l’utilisation préventive d’antibiotiques. Malgré les efforts des Producteurs de poulet du Canada pour éliminer l’utilisation préventive d’antibiotiques d’importance critique pour la santé humaine, cette réduction accentue les préoccupations face à l’entérite nécrotique, rendant essentiel le développement de solutions de rechange. Saviez-vous qu’un seul vaccin est homologué au Canada pour prévenir cette maladie, mais que son efficacité reste variable?

Face à ce défi, des efforts de recherche sont indispensables pour développer un vaccin plus performant. Mais comment produit-on un vaccin et qu’est-ce que cela implique? 

1. Comprendre la maladie 

Avant de développer un vaccin, il est crucial de bien comprendre la maladie. Cela inclut la reconnaissance des signes cliniques, l’établissement de méthodes diagnostiques fiables et l’identification de l’agent responsable. Une connaissance approfondie de la maladie est essentielle pour poser les bases solides d’un vaccin efficace. 

2. Connaître l’agent infectieux 

Cette étape consiste à étudier la bactérie, en identifiant les éléments spécifiques susceptibles de stimuler une réponse immunitaire. Le laboratoire de la Chaire en recherche avicole a analysé, par bio-informatique, les protéines présentes à la surface des Clostridium perfringens pathogènes et de ceux inoffensifs dans le but d’identifier des gènes spécifiques aux pathogènes pour élargir la couverture vaccinale. Ce travail minutieux peut être comparé à un tamisage : les chercheurs trient les données pour isoler les cibles potentielles, parmi une multitude de protéines.

3. Fabriquer les candidats vaccinaux (études précliniques)

Cette phase déterminante inclut plusieurs volets essentiels pour assurer le succès du vaccin : sélectionner et produire les protéines, identifier le véhicule idéal pour transporter ces protéines jusqu’au site où la protection est requise, vérifier si la protéine déclenche une réponse immunitaire et analyser les capacités du vaccin à atténuer l’agent infectieux.

Dans le cadre du projet, les protéines sont produites en laboratoire. On peut imaginer cela comme une petite usine biologique. Une bactérie est utilisée comme un atelier de production pour fabriquer les protéines nécessaires. Ces protéines sont ensuite testées chez le poulet de chair, afin d’évaluer leur capacité à induire une réponse immunitaire spécifique et leur efficacité protectrice.

4. Études cliniques

Une fois les candidats vaccinaux identifiés lors des études précliniques en laboratoire, soit les tests en conditions contrôlées, ces candidats vaccinaux doivent être évalués en conditions réelles sur le terrain. Les candidats doivent alors passer par plusieurs phases d’études cliniques rigoureuses afin de garantir leur efficacité et leur sécurité :

Phase I : évaluation sur un petit groupe de poulets;

Phase II : confirmation de l’efficacité et optimisation des doses sur un groupe plus large;

Phase III : test de l’efficacité à grande échelle pour valider la prévention de la maladie.

5. Homologation et commercialisation

Après les études, le vaccin doit être homologué par les autorités compétentes avant sa production à grande échelle et son utilisation sur le terrain. Cette étape garantit que le vaccin respecte les normes de fabrication, de sécurité et d’efficacité nécessaires.

6. Études post-commercialisation

Une fois commercialisé, le vaccin sera évalué à grande échelle. La surveillance post-commercialisation contribuera également à l’amélioration continue de la formulation en tenant compte des interactions avec d’autres vaccins et des souches émergentes.

Le développement d’un vaccin contre l’entérite nécrotique est un processus complexe et exigeant, qui nécessite des années de recherche. Bien qu’il reste encore de nombreuses étapes à franchir, ce projet représente une avancée prometteuse.  

Ce projet a été financé par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, dans le cadre de la Politique gouvernementale de prévention en santé, et effectué dans le cadre des travaux du Centre d’expertise et de recherche clinique en santé et bien-être animal de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal.

Megan Chicoine, étudiante à la M. Sc.

Dre Martine Boulianne, m.v., Ph.D., professeure titulaire
Chaire en recherche avicole, Faculté de médecine vétérinaire, Université de Montréal