Page conseils 23 mai 2025

Caprine, mais pas bovine : comprendre la chèvre pour mieux intervenir et produire

Les productions issues des petits ruminants suscitent un intérêt croissant au Québec. Pourtant, elles demeurent encore mal comprises, même parmi les intervenants du milieu agricole. Bien que plusieurs principes de gestion et régie utilisés en production bovine laitière puissent s’appliquer en partie, transposer ce modèle tel quel, sans tenir compte des particularités propres aux chèvres ou aux brebis, peut rapidement mener à des erreurs : problèmes de santé animale, performance réduite et rentabilité compromise.

Pour favoriser le développement de ces productions, quelques intervenants et organismes spécialisés sont présents au Québec. Ils s’impliquent activement dans des projets, de la formation, de la recherche, du transfert de connaissances et de l’accompagnement terrain. Cela aide, même si ce n’est pas toujours simple,  les producteurs, futurs producteurs et intervenants à être mieux informés et à adapter leur approche, car ces productions exigent une compréhension spécifique pour en tirer le meilleur.

La chèvre laitière : une espèce à part entière

Par exemple, lorsqu’il est question de production laitière caprine, rappelons-nous que la chèvre n’est ni une petite vache, ni un mouton. Elle possède une physiologie, un métabolisme, des comportements alimentaires et sociaux, ainsi que des besoins bien distincts, selon son stade de production.

La chèvre est notamment une sélectionneuse alimentaire, à l’inverse des vaches ou des moutons, qui sont des brouteurs. Elle trie naturellement sa nourriture et préfère manger en hauteur. Son rumen, plus petit et au transit plus rapide, limite sa capacité à digérer de grandes quantités de fibres longues. Une alimentation mal adaptée peut compromettre son équilibre nutritionnel, augmenter les risques d’acidose ou de toxémie de gestation, et réduire la performance, surtout en début de lactation. La formulation des rations et leur distribution doivent ainsi être différentes de celle des bovins.

Du côté du comportement, la chèvre est également plus curieuse et active que les autres ruminants laitiers. Elle a besoin d’un environnement bien ventilé, spacieux, propre et comportant des enrichissements. Un espace inadéquat peut rapidement affecter son bien-être et réduire sa production. En effet, malgré leur dynamisme, les chèvres réagissent fortement au stress ou aux inconforts. D’ailleurs, la qualité du lait peut être affectée dès les premiers signes de déséquilibre, et également en raison de la physiologie de sa glande mammaire, différente de celle des autres espèces laitières. 

Enfin, la chèvre, comme le mouton, est une espèce saisonnière dans sa reproduction. Sans intervention, les chaleurs apparaissent à l’automne, ce qui entraîne une production laitière concentrée sur certaines périodes de l’année. Ainsi, pour assurer un approvisionnement laitier continu, les éleveurs doivent s’adapter et recourir à diverses méthodes de désaisonnement, comme l’effet bouc, la manipulation de la photopériode ou les protocoles hormonaux. 

Maîtriser la compréhension de ces particularités est indispensable pour affiner la régie des troupeaux caprins, accroître la rentabilité d’une filière encore émergente, faciliter l’installation de nouveaux éleveurs et améliorer la pertinence des conseils techniques. Si les ovins présentent certains points communs, leurs enjeux diffèrent eux aussi de ceux des bovins. Adopter une approche propre à chaque espèce, plutôt que de calquer des modèles existants, demeure donc la clé pour intervenir efficacement et soutenir le développement durable de ces productions spécialisées.  

Pour plus d’informations sur la filière caprine laitière, veuillez consulter la page de la Table filière caprine laitière sur le site du Centre d’expertise en production ovine du Québec.


En collaboration avec :