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S'abonner maintenantAppelons-la Marie, agricultrice, maman de trois enfants et employée à temps partiel pour arrondir les fins de mois. Son quotidien ressemble à celui de bien des familles agricoles, où les journées s’étirent sans fin et où l’on se demande parfois si tout cela est soutenable.
Le réveil sonne tôt. Marie prépare les lunchs, supervise la routine du matin et s’assure que chacun a son sac d’école. Un arrêt à la garderie, un autre à l’école, et la voilà de retour à la ferme. Elle enfile ses bottes, nourrit les animaux et soigne ceux qui en ont besoin. Ensuite, elle pense déjà au dîner, puis au souper, qu’elle doit préparer à l’avance.
L’après-midi file rapidement entre les tâches d’entretien, la paperasse et les imprévus, qui font partie intégrante de la vie agricole. Vient l’heure d’aller chercher le petit à la garderie, puis d’accueillir les deux autres enfants à l’autobus, de faire le train du soir, de superviser les devoirs et d’entreprendre la routine du soir. Quand les enfants sont enfin couchés, Marie retourne souvent terminer ce qui n’a pas été fait. Le lendemain, tout recommence. Trois fois par semaine, elle ajoute un quart de travail à l’extérieur pour aider à payer les factures qui ne se terminent jamais avec une ferme. C’est beaucoup. Trop, parfois. Mais, comment le savoir?
Pour Marie, un premier signal d’alarme a été cette fatigue qui ne partait pas, même après une nuit complète de sommeil. Elle se réveillait le matin avec la sensation de ne pas avoir récupéré. Ensuite est venue l’irritabilité. Elle perdait patience plus vite, s’agaçait de détails insignifiants.
Puis, elle a remarqué qu’elle ne ressentait plus la même joie pour de petites choses qui autrefois la faisaient sourire : jouer avec les enfants, prendre tranquillement un café, admirer un coucher de soleil. Son enthousiasme s’érodait. D’autres signes se sont ajoutés : trous de mémoire, difficulté à se concentrer, sommeil perturbé, maux de tête, problèmes digestifs.
Dans le milieu agricole, la charge est lourde et la culture du travail acharné, du « toujours faire plus », est bien ancrée. La résilience et l’autonomie sont très valorisées. Alors, reconnaître son épuisement peut donner l’impression de faillir à son rôle. Mais il faut se rappeler qu’on ne peut rien donner aux autres si l’on est complètement vidé.
Il existe des pistes pour reprendre son souffle. En parler. Mettre des mots sur ce qu’on vit permet déjà de se sentir moins seul. Souvent, les autres remarquent des signes avant nous. Consulter au besoin. Un médecin, un psychologue, un travailleur de rang ou tout autre professionnel peuvent offrir des outils pour traverser la tempête. Aller chercher de l’aide est un acte de courage. S’accorder du temps. Plus facile à dire qu’à faire, certes, mais essentiel. Cela peut être de déléguer certaines tâches, de réduire la cadence ou, simplement, de s’autoriser une pause, même courte. L’important est de créer un espace pour souffler. L’épuisement ne survient pas du jour au lendemain. Il s’installe insidieusement, un pas à la fois. Être aux aguets des signaux, c’est se donner une chance de redresser la barre avant de sombrer complètement.
Marie a compris qu’il fallait ralentir quand elle s’est surprise à rêver d’une vie sans obligation. Elle a choisi d’en parler, de consulter et de déléguer davantage. Petit à petit, elle a retrouvé de l’énergie et le goût des petites choses. L’agriculture est exigeante, mais elle ne doit pas coûter la santé de ceux et celles qui la portent. Reconnaître qu’on en fait trop n’est pas un échec : c’est un premier pas vers un nouvel équilibre.
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