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S'abonner maintenantDans l’imaginaire collectif, la vie à la ferme évoque des images dignes d’un rêve : le chant des oiseaux au lever du jour, le doux beuglement des vaches, le tracteur qui parcourt les champs de blé doré ou de foin verdoyant… Bref, un tableau à l’effigie d’un film, où la solitude semble être un choix romantique, et non une réalité pesante. Mais demandez à un agriculteur ou à une agricultrice s’ils trouvent que parler à leurs vaches remplace une vraie conversation humaine et vous pourriez vous faire répondre : « Elles écoutent mieux que mon beau-frère, mais elles donnent rarement leur avis! »
L’isolement social en agriculture, c’est parfois ce moment où vous réalisez que votre dernière interaction humaine remonte à la caissière de la quincaillerie…
Entre les journées de travail qui commencent avant le lever du soleil et les soirées passées à réparer une clôture défoncée, on a rarement le temps (ou l’énergie) pour le souper entre amis du samedi soir. Et puis, il faut dire que la conversation avec soi-même devient une compétence maîtrisée. Certains développent même une complicité suspecte avec leur chien.
« Des fois, je me dis qu’il me comprend mieux que ma femme! » confie Gérard, agriculteur depuis l’époque des téléphones à cadran.
Cette solitude est parfois bien enracinée. Les agriculteurs sont maintenant souvent seuls dans leur rang, et les lieux, tout comme les moments de socialisation, se font plus rares. En outre, l’isolement n’est pas juste une absence de gens autour de soi. C’est aussi de ne pas se sentir compris. Tentez d’expliquer à un cousin de la ville pourquoi vous êtes resté éveillé toute la nuit à surveiller une truie en train de mettre bas, et vous verrez son regard se perdre dans le vide, entre étonnement et incompréhension. Ajoutez à ça une météo imprévisible, un marché qui joue à la bourse comme un joueur de poker nerveux, et une administration qui aime les formulaires plus que les humains; et vous obtenez un cocktail parfait pour que l’isolement se transforme doucement en épuisement émotionnel.
Alors, comment s’en sort-on? Tout d’abord, essayez d’avoir toujours un peu d’humour de rechange. Parce qu’il faut bien rire quand ton seul rendez-vous régulier, c’est avec ton vétérinaire. En effet, c’est parfois le meilleur engrais mental! Certains agriculteurs se sont même mis à faire des vidéos TikTok dans l’étable, entre deux traites. Parce que quitte à être seul dans son monde, autant faire rire le reste du monde. Et on ne va pas se mentir : voir un producteur danser avec son cochon sur du Céline Dion, ça vaut bien une soirée entre amis (ou presque).
Mais blague à part, l’isolement en agriculture est un enjeu sérieux. Il faut tendre vers plus de chaleur humaine et travailler à créer des ponts : groupes de soutien entre agriculteurs, cafés-rencontres comme il s’en fait dans Chaudière-Appalaches, services de soutien psychologique en ligne, balados en bottes de caoutchouc… Bref, des lieux (réels ou virtuels) où l’on peut se dire : « Moi aussi, j’suis comme tanné(e) de parler à mes vaches! » Car la pure vérité, c’est que les humains, même ceux qui vivent au bout d’un rang cul-de-sac de 12 km et qui n’aiment pas trop aller faire les commissions en ville, ont besoin d’autres humains. Alors, à vous qui lisez cette chronique entre deux runs de tracteur : si vous vous sentez seul(e), sachez que vous ne l’êtes pas. Et si jamais vous voulez parler, outre la caissière de la quincaillerie, les travailleuses de rang sont là.
Besoin d’aide?
Si vous avez des idées suicidaires ou si vous êtes inquiet pour un de vos proches, contactez le 1 866 APPELLE (1 866 277-3553). Un intervenant en prévention du suicide est disponible pour vous 24 heures sur 24, sept jours sur sept.
Pour l’aide d’un travailleur de rang, contactez le 450 768-6995 ou par courriel [email protected].