Photo : Oleksii Synelnykov/Shutterstock
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S'abonner maintenantDans le monde agricole, on parle souvent de rendement, de météo, de relève, de prix du marché. Mais de nos besoins, ça, on n’en parle pas. Et… on parle peu du couple. On évoque rarement ce qui se vit entre deux portes, entre deux tâches, entre deux saisons.
On entend souvent que l’homme souffre d’un manque de relations sexuelles et que la femme souffre d’un manque d’affection. Ces perceptions peuvent sembler simplistes, mais elles cachent pourtant une réalité plus profonde. Selon Statistique Canada, les écarts de désir et de satisfaction dans la vie intime sont fréquents chez les couples canadiens, particulièrement lorsque le stress et la charge de travail augmentent.
D’un côté, plusieurs hommes expriment un besoin de proximité physique. Toutefois, derrière ce besoin se cache souvent autre chose : le besoin de se sentir désirés, choisis, valorisés. Lorsque ce n’est pas comblé, certains vivent un sentiment de rejet parfois difficile à nommer. De l’autre, plusieurs femmes expriment un besoin de connexion affective et mentale : se sentir écoutées, soutenues, reconnues dans ce qu’elles portent au quotidien.
Selon Statistique Canada, les femmes consacrent encore plus de temps que les hommes aux tâches domestiques et à la gestion familiale, même lorsqu’elles travaillent à temps plein. Ce « travail invisible » est souvent amplifié dans le milieu agricole. En effet, une étude de l’Université de Guelph indique que les femmes en agriculture vivent des niveaux élevés de stress liés à la difficile conciliation des rôles : entreprise, famille, gestion. Au-delà des statistiques, il y a une réalité terrain. Dans une ferme, on est tout à la fois : partenaires d’affaires, partenaires de vie, partenaires comme parents. On prend des décisions ensemble. On gère ensemble. On élève des enfants ensemble.
Cependant, à force de jouer tous ces rôles, on oublie parfois d’être partenaires… dans le couple. On ne peut pas être performantes partout, tout le temps. Et lorsque l’énergie baisse, ce n’est pas l’entreprise qui en souffre en premier. C’est souvent le lien. Quand la tête est pleine, le corps suit. Le désir ne disparaît pas par manque d’amour. Il s’éteint souvent par surcharge. Pas seulement physique, mais aussi mentale. Penser à tout. Anticiper tout. Porter sans arrêt. Alors, ce n’est pas que la femme ne veut pas. C’est qu’elle n’a plus d’espace. Pendant ce temps, lui peut avoir l’impression d’être mis de côté, sans toujours comprendre pourquoi. Un cercle silencieux s’installe. Moins elle se sent soutenue, moins elle a accès à son désir. Moins il se sent désiré, moins il ose se rapprocher autrement. Chacun continue d’assumer ses rôles. Chacun fait sa part. Mais le couple, lui, se retrouve souvent en dernier.
Pourtant, au fond, les besoins ne sont pas si différents : se sentir aimé, important, choisi. Mais aimer l’autre, ce n’est pas seulement offrir ce qui nous vient naturellement. C’est reconnaître ce dont l’autre a besoin pour se sentir rejoint. Parfois, cela passe par la proximité physique. Parfois, par une présence émotionnelle. Souvent, par quelque chose de plus simple encore : porter ce que l’autre porte. Dans un milieu où tout repose sur le rendement, le couple ne devrait pas devenir une tâche de plus à gérer, mais un endroit où se déposer, une façon de s’alléger. Parce qu’au-delà des rôles – partenaires d’affaires, parents ou gestionnaires –, on reste d’abord deux humains qui ont besoin de se retrouver. Parfois, le plus grand geste d’amour n’est pas d’en faire plus, mais simplement d’écouter le besoin de l’autre.
N’attendez pas que ça casse. Parlez-en avec un travailleur ou une travailleuse de rang pour être soutenus et écoutés sans jugement.
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