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S'abonner maintenantAh, la famille! Un système humain complexe, dont l’identité des membres se construit, entre autres, par des droits, des devoirs et des interactions. À l’intérieur de la famille, l’enfant assimile des valeurs, développe sa personnalité et acquiert les compétences nécessaires pour évoluer dans la société. Selon le rang occupé dans la fratrie, il se voit accorder des avantages et des responsabilités par les parents. C’est ainsi que ces derniers définissent le rôle de chacun et leur assignent un territoire qui leur est propre.
Qu’advient-il lors d’un déséquilibre des privilèges entre les membres d’une fratrie? Voici l’exemple d’une famille agricole dont les trois enfants ont cumulé des frustrations, des abus et des intimidations, lesquels se sont soldés par une bataille en règle. Jonathan est l’aîné, Rémy, le cadet, et Béatrice, la benjamine. L’hiver dernier, à la suite de propos méprisants de Jonathan envers Rémy, celui-ci a empoigné son frère par le collet de sa chemise, l’a cloué au sol et l’a martelé de coups de poing. Prise de panique, leur sœur a composé le 911. En un rien de temps, policiers et ambulanciers étaient sur place. Une plainte pour voie de fait a été déposée par Jonathan contre son frère. Rémy n’a jamais remis les pieds à l’étable ni reparlé à son frère depuis l’événement. Les deux frères ne cessent de ruminer et se promettent une vengeance, au grand désespoir des parents.
L’approche transgénérationnelle en intervention nous révèle de précieuses informations sur la dynamique familiale. Les parents accomplissent un rôle essentiel dans le développement de leurs enfants, entre autres, à travers leur socialisation. Ils établissent les règles écrites et non écrites, les rôles, les codes, les responsabilités, les privilèges, etc. En général, le rang dans la fratrie influe sur le statut dans la famille. Par exemple, l’aîné doit régulièrement être un modèle pour ses frères et sœurs, allant même jusqu’à exercer une autorité. Il pourra être apprécié, craint ou critiqué par les autres membres de la fratrie selon sa manière d’occuper son statut. Quant à l’enfant du centre, il a fréquemment plus de difficulté à être visible dans la famille. Il devra souvent se « battre » pour se faire une place et pourra douter de l’intensité des sentiments de ses parents à son égard.
Reprenons la bagarre entre les deux frères. Avec le recul, les parents ont pris conscience qu’ils avaient accordé beaucoup trop de pouvoirs et de responsabilités à l’aîné. Ils ont réalisé qu’ils avaient, depuis son jeune âge, confié (implicitement) à Jonathan le mandat d’assurer la relève de l’entreprise familiale et lui ont délégué une autorité sur son frère et sa sœur. Rémy, enfant du centre, s’est toujours senti dévalorisé par son frère et peu considéré par ses parents. Au fil des années, il s’est refermé et a développé du ressentiment envers son frère, compte tenu de ces comportements jugés injustes. Résultat : la famille a éclaté en mille morceaux. Béatrice et la mère se sont rangées du côté de Rémy et le père, du côté de Jonathan, en raison du contrat implicite avec celui-ci. Cette situation familiale aurait pu être évitée.
Si on avait fait appel à une travailleuse de rang, celle-ci aurait priorisé un espace de dialogue entre les membres de la famille. Elle aurait proposé de réviser les contrats implicites, les codes, les modes de communication, les territoires de chacun et, surtout, elle aurait amené à réfléchir sur le rétablissement d’une hiérarchie entre les parents et les enfants. Cela veut dire que les privilèges et les responsabilités de Jonathan auraient été revus. Rémy aurait pu bénéficier d’un accompagnement pour apprendre à s’affirmer sans violence. Et les parents auraient appris à mieux assumer leur rôle. Demander de l’aide contribue, sans nul doute, à construire une famille résiliente et aimante.