À coeur ouvert 5 décembre 2025

Quand il n’y a plus de dernier trou…

Vous connaissez sans doute cette expression, « se serrer la ceinture », qui signifie réduire ses dépenses au minimum, essayer de faire des économies pour arriver à joindre les deux bouts. Pour certaines personnes, la ceinture est déjà serrée au maximum, sans possibilité d’ajouter des trous, et ce, malgré les efforts.  

J’aurais envie de faire une (autre) chronique avec une petite saveur politique. Vous rappeler que ce n’est pas normal de tolérer de plus en plus de fiascos gouvernementaux. Que nous sommes bien trop passifs face à la gestion de nos finances publiques. Que cela se fait au détriment des vrais besoins sur le terrain. Mais ce ne serait pas utile. Vous le savez déjà et notre sentiment de compétence collective pour se sortir de notre impuissance s’affaiblit au fil des nouveaux scandales qui sortent les uns après les autres.  

En agriculture, dans vos entreprises, je vois bien que ce n’est pas différent de la vie de monsieur et madame Tout-le-Monde. Vous aussi, ça arrive flush et ça vient avec son lot d’émotions et de questionnements :

« Est-ce que je fais les bons choix? Est-ce que je pourrais en faire plus? Comment ça se fait que ça me stresse autant de voir la fin du mois arriver? »

Je partage avec vous un bout d’une publication anonyme trouvée sur un groupe agricole : « Faut se serrer la ceinture pour pouvoir continuer, mais dans ma tête elle est déjà serrée au maximum. On a de la misère à faire des efforts pour économiser. On est brûlés, on nous dit de changer de mindset. On aime la ferme, on ne veut pas la perdre, mais on est déséquilibrés. On vit comme si on faisait du profit, alors que c’est plutôt l’inverse. Je me dis qu’à 90 heures de travail par semaine et un chiffre d’affaires d’un million, on devrait pouvoir se permettre un certain luxe, mais ça a l’air que non, pas en agriculture. »

Comme travailleuse de rang, il est fréquent de voir que des problèmes financiers sont sous-jacents aux problèmes pour lesquels on vient nous consulter. Lorsqu’on parle, par exemple, de conflits en lien avec le travail ou de conflits familiaux, ceux-ci prennent souvent naissance dans la gestion difficile de l’argent.  

J’aimerais donc ça pouvoir vous aider à « lousser votre ceinture ». C’est vrai que comme intervenante, je n’ai pas encore de baguette magique pour vous aider à régler vos problèmes financiers. Cependant, les travailleuses de rang peuvent certainement vous aider à lever le voile sur la honte et les autres émotions envahissantes qui vous habitent lorsqu’il est question de manque d’argent. Certes, c’est encore un sujet tabou, dont il est difficile de discuter, mais on doit apprendre à le faire par respect pour les autres, mais surtout par respect pour soi-même.  

En ce temps de l’année où l’on se sent parfois obligé de faire plaisir à crédit à nos proches, j’aimerais vous rappeler de respecter vos limites financières et qu’il n’y a rien comme être honnête envers vous-mêmes et vos proches. Pourquoi ne pas offrir du temps, de la nourriture faite maison ou tout simplement repenser vos habitudes pour éviter de consommer inutilement? Parce que dans la même famille que l’expression « se serrer la ceinture », il y a aussi, « se serrer la main » et « se serrer les coudes ». On peut demander de l’aide. On peut tendre la main pour recevoir des ressources. Ne restez pas seul, ne vous emmurez pas dans la honte. Beaucoup plus de gens que vous ne le pensez sont dans la même situation que vous.  


Besoin d’aide?

Si vous avez des idées suicidaires ou si vous êtes inquiet pour un de vos proches, contactez le 1 866 APPELLE (1 866 277-3553). Un intervenant en prévention du suicide est disponible pour vous 24 heures sur 24, sept jours sur sept.

Pour l’aide d’un travailleur de rang, contactez le 450 768-6995 ou par courriel [email protected]