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S'abonner maintenantDans notre milieu agricole, nous sommes habitués de parler de gros équipements, de météo capricieuse, de rendements et de marchés. On discute aussi de conciliation travail-famille, d’isolement. Mais il y a un sujet qu’on n’aborde presque jamais, un sujet délicat, tabou, parfois même ridiculisé : la violence conjugale envers les hommes.
Soyons honnêtes, quand on entend ces mots-là – « violence conjugale » – l’image de la victime qui nous vient spontanément, c’est celle d’une femme. Ce n’est pas faux. Les femmes sont effectivement les principales victimes, et il est essentiel de continuer à les soutenir. Toutefois, il faut aussi reconnaître une autre réalité, plus silencieuse, plus invisible : celle des hommes vivant de la violence dans leur couple. Selon Statistique Québec, en 2024, 12 % des hommes québécois ont déclaré avoir vécu de la violence dans un contexte conjugal au cours de leur vie. Pourtant, malgré ce chiffre, les hommes ne représentent qu’un très faible pourcentage des signalements officiels faits aux services d’aide. Ce décalage important soulève des questions troublantes : est-ce qu’il y a moins de signalements parce que la violence est plus rare? Parce qu’elle est moins dénoncée? Parce qu’on ne la reconnaît pas? Parce qu’on la banalise ou qu’on en a honte?
Ce n’est pas facile à nommer. Dans notre culture agricole, on valorise la force, la résilience, la capacité à encaisser. On a appris à endurer, à serrer les dents, à ne pas faire d’histoires. Alors, quand un homme subit des paroles blessantes, du contrôle, de l’humiliation, des menaces ou même des coups, il a souvent l’impression que ça ne « compte pas ». Qu’il va passer pour un faible s’il en parle. Qu’il ne sera pas cru. Pire encore : qu’on va en rire. Mais c’est bien réel. Et ça fait mal.
La violence conjugale envers les hommes peut prendre plusieurs formes. Ce n’est pas toujours physique. Parfois, c’est une conjointe qui dénigre constamment, qui insulte, qui isole. Parfois, c’est un chantage affectif, une surveillance excessive, des menaces à propos des enfants ou de l’entreprise familiale. Parfois, c’est aussi la violence physique, qu’on cache sous une manche longue ou un prétexte banal.
Les conséquences sont lourdes. Perte d’estime de soi. Anxiété. Dépression. Isolement. Certains vont jusqu’à penser que leur souffrance n’a pas d’importance, qu’ils ne valent plus rien. Qu’ils doivent continuer de faire comme si tout allait bien. Et pourtant, ce qu’ils vivent est grave. Et mérite d’être entendu. Il est temps de briser le silence. Il est temps de dire que les hommes aussi peuvent être victimes. Qu’un producteur, aussi fort et vaillant soit-il, peut être pris dans une relation destructrice. Qu’il a le droit de demander de l’aide. Et surtout, qu’il ne sera pas jugé.
Il existe des ressources. Des gens formés pour écouter, sans ridiculiser. Les travailleuses de rang, bien enracinées dans le milieu agricole, peuvent offrir un espace sécuritaire et sans jugement pour parler de ce qui se passe à la maison. Il existe aussi des organismes spécialisés venant en aide spécifiquement aux hommes victimes de violence conjugale. Ces ressources peuvent aider à voir plus clair, à faire le point, à se protéger, à reconstruire.
Cependant, il faut d’abord oser en parler. Oser dire : « Moi aussi, je vis quelque chose de difficile dans ma relation. » Oser se tendre la main entre producteurs; pas juste pour aider aux foins ou pour réparer une machine, pas juste pour parler de la météo, mais pour se soutenir, pour parler profondément de ce qui fait mal. La violence n’a pas de genre. Le droit d’être respecté, non plus.
Besoin d’aide?
Si vous avez des idées suicidaires ou si vous êtes inquiet pour un de vos proches, contactez le 1 866 APPELLE (1 866 277-3553). Un intervenant en prévention du suicide est disponible pour vous 24 heures sur 24, sept jours sur sept.
Pour l’aide d’un travailleur de rang, contactez le 450 768-6995 ou par courriel [email protected].