À coeur ouvert 20 mars 2026

Prendre soin… jusqu’où?

Josée (prénom fictif) est productrice laitière depuis plus de vingt ans. Comme plusieurs femmes du milieu agricole, elle assure la continuité de la ferme familiale, les soins aux animaux et la gestion quotidienne de l’entreprise. Mais derrière cette réalité se cache parfois un défi plus intime, plus silencieux.

Depuis plusieurs années, la mère de Josée est ce qu’on appelle une accumulatrice compulsive. Elle nous écrit parce qu’elle se sent « parfois seule face à cette situation » et recherche « des outils pour l’aider ». Au départ, « c’étaient quelques objets ici et là ». Puis, l’accumulation a pris de l’ampleur. Aujourd’hui, Josée est vraiment désemparée, car « les bâtiments, les granges, et certains chemins autour de la ferme sont maintenant encombrés ». Elle ajoute que « ce n’est plus simplement une question de désordre : cela devient dangereux et soulève des enjeux avec les assurances ». 

Josée vit un tiraillement constant. Elle confie qu’elle se retrouve ainsi à jongler entre son rôle de productrice, de conjointe et de fille proche aidante. Les défis sont multiples : gérer l’entreprise et le désordre, préserver son couple et sa relation mère-fille, tout en assurant la sécurité des lieux et l’avenir de la ferme. À cela s’ajoutent l’isolement et une impression d’impuissance pour briser le cycle d’accumulation. Mettre des limites à sa mère lui paraît presque impossible, de peur de fragiliser leur relation. « Vieillir et porter ce poids devient lourd », écrit-elle. Cette phrase traduit l’usure qui s’installe lorsque les responsabilités s’accumulent sans véritable espace pour souffler. Pourtant, l’amour demeure au centre de ses choix : « Je n’ai aucun doute sur l’amour que j’ai pour elle. Elle est ma mère et je veux la protéger, même si ça me coûte. »

Certaines pistes peuvent orienter les proches de personnes accumulatrices. Rappelons que l’accumulation compulsive n’est ni un simple manque d’organisation ni de la paresse. Il s’agit d’une problématique complexe, souvent liée à l’anxiété, à des pertes vécues ou à un besoin de sécurité. Les confrontations directes ou les nettoyages imposés peuvent accentuer la détresse. Une approche progressive et empreinte d’empathie est essentielle : écouter sans juger, éviter de jeter des objets « en cachette » et inclure la personne dans les décisions de tri. Le désencombrement gagne à se faire lentement, en commençant par sécuriser les espaces à risque, comme les zones présentant des dangers d’incendie ou de chute.

Un accompagnement professionnel parallèle de la personne accumulatrice peut faire une différence. La thérapie cognitivo-comportementale est reconnue pour soutenir les personnes vivant avec cette difficulté. Un aiguillage par le CLSC ou des organismes spécialisés peut offrir un soutien psychosocial adapté. Pour les proches, s’informer et demander conseil permet de ne pas porter seuls cette responsabilité. Un organisme tel que le CATAC (Collectif d’action pour le trouble d’accumulation compulsive) est composé de bénévoles soucieux d’offrir de meilleurs services aux personnes vivant avec l’accumulation et le TAC. Pour la personne vivant avec un TAC, il peut être aussi bénéfique de participer à des groupes de soutien pour échanger sur son vécu et briser l’isolement.

Dans une perspective d’accompagnement, il peut être aidant de nommer les limites de chacun et de se faire soutenir dans cette démarche. Le regard d’un intervenant permet souvent de dénouer les tensions, de prioriser la sécurité et d’ouvrir un espace de dialogue respectueux, où la relation demeure au cœur des décisions.

Reconnaître les défis des proches aidants, briser l’isolement, en parler et aller chercher du soutien peuvent prévenir un cycle pouvant conduire à leur épuisement.  


Besoin d’aide?

Si vous avez des idées suicidaires ou si vous êtes inquiet pour un de vos proches, contactez le 1 866 APPELLE (1 866 277-3553). Un intervenant en prévention du suicide est disponible pour vous 24 heures sur 24, sept jours sur sept.

Pour l’aide d’un travailleur de rang, contactez le 450 768-6995 ou par courriel [email protected]