À coeur ouvert 10 septembre 2025

Ne laisse pas le silence peser plus lourd que la terre

À l’occasion de la Journée mondiale de la prévention du suicide, il est important de raconter de ces histoires vraies que l’on tait trop souvent. Celle de Marc, producteur laitier de 47 ans, pourrait être celle d’un voisin, d’un ami, ou même la vôtre.

Marc est un homme de terrain, solide, habitué à porter le poids des saisons et des responsabilités. Mais derrière cette force, il menait une bataille invisible. Depuis des mois, la fatigue ne le quittait plus. Pas seulement physique. Non. Une lourdeur dans la tête et un poids sur le cœur. Les dettes, les fluctuations des marchés, les inspections, la météo capricieuse, la relève incertaine… tout semblait s’acharner contre lui. Comme d’autres agriculteurs, il faisait face à une solitude écrasante, aggravée par la pression constante.

Et puis, il y avait ce silence. Dans son milieu, on ne parle pas de détresse. On serre les dents, on avance, même si on s’écroule à l’intérieur. Ce silence, parfois, devenait insupportable. Un soir, seul dans son tracteur, Marc a pensé à tout arrêter. Il s’est demandé : « Est-ce que ça vaut vraiment la peine? Est-ce que ma famille ne serait pas mieux sans moi? » Il a même songé à son ­assurance-vie, à ce qu’il laisserait derrière lui. Trop fier, trop honteux pour demander de l’aide, il gardait ses pensées sombres pour lui. « J’avais l’impression d’être un poids », a-t-il confié plus tard.

Ce soir-là, pourtant, un simple message a modifié le cours des choses. Un collègue lui a écrit : « Comment tu vas, pour vrai? » Cette question a brisé le barrage. Marc a par la suite parlé, pleuré, vidé son sac. Il a découvert qu’il n’était pas seul, que d’autres avaient traversé la même tempête. Son collègue lui a parlé d’Au cœur des familles agricoles, un organisme qui offre du soutien adapté à la réalité des producteurs. Hésitant, mais porté par un souffle d’espoir, Marc a appelé. Il a été écouté. Compris. Non jugé. Pour la première fois depuis longtemps, il a senti qu’il pouvait respirer.

Aujourd’hui, Marc ne prétend pas être « guéri ». Les défis sont encore là. Les marchés instables, les factures à payer, le travail quotidien qui ne s’arrête jamais. Mais il ne les affronte plus seul. Il tend maintenant l’oreille aux silences des autres et ose demander : « Comment tu vas, pour vrai? » Parce qu’il sait bien que derrière un « ça va » peut se cacher beaucoup plus. Il témoigne, sous un nom fictif, pour que d’autres sachent qu’ils ne sont pas seuls. Que la douleur n’est pas une faiblesse. Que demander de l’aide, c’est un acte de courage. Et que chaque vie a une valeur inestimable.

Dans le monde agricole, parler de santé mentale reste difficile. Pourtant, le stress, la pression et l’isolement sont bien réels.

« On ne parle pas assez de ce que ça coûte vraiment d’être producteur. Pas seulement en argent, mais en santé, en cœur », déclare Marc. Alors, si vous aussi, vous sentez que la fatigue est trop lourde, que la solitude vous écrase, que vous doutez, que vous pensez à tout arrêter, ­souvenez-vous : demander de l’aide n’est pas un signe de faiblesse, mais de force. Vous n’êtes pas seul. Des gens sont prêts à vous écouter, à vous soutenir. Parce qu’aucune récolte, aucun quota, aucune dette ne vaut plus qu’une vie. Pas la vôtre. Pas celle de votre voisin. Celle de ­personne.  


Besoin d’aide?

Si vous avez des idées suicidaires ou si vous êtes inquiet pour un de vos proches, contactez le 1 866 APPELLE (1 866 277-3553). Un intervenant en prévention du suicide est disponible pour vous 24 heures sur 24, sept jours sur sept.

Pour l’aide d’un travailleur de rang, contactez le 450 768-6995 ou par courriel [email protected]