À coeur ouvert 22 septembre 2025

Les conséquences du « paraître » chez les jeunes en agriculture

À l’heure des développements technologiques, un outil s’impose lentement, mais sûrement, dans la vie des jeunes en agriculture : les réseaux sociaux. Instagram, TikTok ou Facebook deviennent des prolongements virtuels de leurs entreprises. Mais derrière les images et les vidéos parfaites, il y a lieu de se questionner sur leurs conséquences en matière de santé mentale. 

D’un côté, ces réseaux peuvent stimuler l’estime de soi, rompre l’isolement et créer des communautés d’entraide. D’un autre côté, les pressions subtiles véhiculées, les comparaisons constantes et la recherche de validation sociale par le biais de likes peuvent aussi nuire à l’estime de soi.

L’aspect le plus positif est sans doute la possibilité de se sentir moins seuls. Pour beaucoup de jeunes ruraux, isolés géographiquement et socialement, les réseaux offrent un espace de partage, d’inspiration et de reconnaissance. Une productrice peut publier une vidéo exposant ses produits et recevoir en retour des encouragements, des conseils ou un like en guise de validation de son travail. En outre, ces plateformes brisent les frontières physiques : un producteur maraîcher d’outre-mer peut discuter avec un producteur québécois. 

Plus encore, ces espaces numériques offrent une voix à tous. Des agriculteurs y racontent leurs doutes, leurs échecs, leurs réussites, leurs combats; parfois avec humour, parfois à travers toute une gamme d’émotions. Des contenus ont permis de sensibiliser le grand public à la réalité du métier (travail incessant, stress financier, poids administratif), ou encore au tabou de la santé mentale en milieu agricole. Certains comptes deviennent même des lieux d’engagement politique ou social; certains les utilisant pour revendiquer une agriculture plus durable ou simplement témoigner de leur quotidien.

Mais l’image sociale pèse parfois plus lourd que la botte… Ces bénéfices ne sont pas sans revers. La comparaison sociale est un piège insidieux. Ainsi, voir d’autres producteurs publier des photos de récoltes abondantes, d’équipements de l’année ou de bâtiments parfaitement entretenus peut alimenter un sentiment d’échec ou d’insuffisance. On peut en venir à se demander : « Pourquoi je n’y arrive pas aussi bien qu’eux? » et « Suis-je un mauvais agriculteur? » Ces pensées s’installent facilement quand l’image numérique devient plus reluisante que la réalité du terrain. L’algorithme des plateformes accentue le phénomène : plus les contenus sont esthétiques, dynamiques, plus ils sont mis en avant. Or, le vrai quotidien agricole, avec ses épreuves constantes, ses factures impayées ou ses vaches malades, se prête mal à ce format. 

La pression sociale pousse certains à vivre pour l’image plutôt qu’à documenter ce qu’ils vivent.

À cela s’ajoute la charge mentale numérique : publier souvent, répondre aux commentaires, suivre les tendances, filmer, monter… tout cela prend beaucoup de temps. Et pour des entrepreneurs déjà surchargés, cela peut devenir une source de stress supplémentaire. Sans parler des propos négatifs ou carrément irrespectueux qui peuvent fragiliser la confiance de certaines relèves, surtout quand leur identité est fortement définie par leur métier. Par ailleurs, l’absence de likes, de commentaires ou de partages peut entraîner des sentiments de rejet et une baisse de l’estime de soi.

Alors, comment concilier réseaux sociaux et santé mentale agricole? L’enjeu est de taille! Il ne s’agit pas de diaboliser ces outils ni d’en faire des solutions miracles, mais d’en promouvoir un usage conscient et équilibré. Éduquer les jeunes à la gestion de leur image numérique, créer des espaces d’échange bienveillants et valoriser aussi les contenus authentiques et imparfaits sont autant de pistes à explorer. Les réseaux sociaux ne doivent pas être un faux miroir du monde agricole, mais bien un pont entre ceux qui le cultivent et ceux qui, parfois, l’oublient.  


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