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S'abonner maintenantAu cours des dernières années, particulièrement depuis la fameuse pandémie mondiale de COVID-19, on a observé une nouvelle vague de « retours à la terre ». Ingénieurs, enseignants, infirmiers ou encore fonctionnaires échangent la vie urbaine effervescente contre une précieuse parcelle de terre, souvent avec un rêve bien précis : vivre autrement, renouer avec le vivant et la nature, revenir à l’essentiel, redonner un sens à leur quotidien. Lassés ou épuisés par leur rythme de vie infernal, ils et elles souhaitent ralentir le pas. L’agriculture, dans cette quête de renouveau, devient un symbole d’indépendance, d’ancrage, de liberté heureuse. Toutefois, entre l’image idéalisée d’un jardin bio au soleil couchant et la réalité d’un champ inondé en plein mois de mai, disons que le fossé est grand. En outre, ce fossé, beaucoup de néo-agriculteurs et agricultrices le découvrent plutôt brutalement. La terre est nourricière, mais elle peut aussi être rude et imprévisible… Et du côté de la santé mentale, c’est sur ce terrain que ça se joue.
Les premiers mois sont fréquemment portés par l’enthousiasme et l’ambition : découvrir sa terre, construire ses enclos et ses bâtiments, vendre ses premières productions au marché du village ou à son entourage. On se fie aveuglément à la promesse d’un avenir meilleur. La nouveauté donne de l’élan. Cependant, une fois l’euphorie passée, la réalité agricole s’impose : factures, maladies, météo, fatigue physique et psychologique, solitude… De surcroît, on découvre l’absence de filet de sécurité. En effet, si les réseaux sociaux raffolent des portraits de ces « nouveaux paysans », ils montrent peu ce que vivent vraiment ces gens quand l’idéal se heurte à la réalité. Beaucoup découvrent que la charge mentale est immense : produire, vendre, réparer, planifier, tout en vivant parfois avec un maigre salaire et en devant concilier l’agriculture avec un emploi externe. L’équilibre économique est fragile, surtout en démarrage. Par ailleurs, l’isolement social peut être d’autant plus dur à vivre pour ceux provenant de milieux urbains, où les liens sont plus immédiats et fréquents. Certains finissent par craquer, du fait que par culpabilité, ils n’osent pas en parler. Ils se disent (à tort) qu’ils ont choisi cette vie, donc qu’ils ne peuvent pas se plaindre. Pourtant, l’épuisement psychologique est très réel. Il est accentué par la pression de « réussir son changement de vie », parfois sous le regard ambivalent de proches restés en ville, ou d’une communauté en ligne qui idéalise encore trop le retour à la terre.
Bien sûr, cela ne veut absolument pas dire que tous échouent ou que ces projets sont tous voués à l’échec… Bien au contraire! Beaucoup de ces nouveaux ruraux s’adaptent, trouvent un rythme, tissent des amitiés avec d’autres agriculteurs et agricultrices, construisent une vie riche et en cohérence avec leurs valeurs. Mais cette réussite repose souvent sur des facteurs invisibles, néanmoins indispensables : un bon accompagnement professionnel (et psychosocial au besoin), un entourage solide, des ressources psychologiques suffisantes. Si la société encourage ces retours à la terre, elle doit aussi penser à soutenir ceux et celles qui les entreprennent. Pas seulement en subventionnant des projets, mais en offrant un vrai soutien psychologique, des espaces de parole, des groupes d’entraide, du mentorat entre producteurs. Car cultiver la terre, c’est aussi se cultiver soi-même, mais un jardin, ça ne pousse pas sans soin ni attention.
Si vos difficultés vous empêchent de trouver le sommeil, n’hésitez pas à faire appel à une travailleuse ou à un travailleur de rang, ou toute autre ressource d’aide adaptée à vos besoins.