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S'abonner maintenantJ’ai envie de vous raconter l’histoire de Dany, un jeune de village qui n’avait, en apparence, qu’un avenir peu glorieux de p’tit bum. Il provenait d’une famille dysfonctionnelle, dans un milieu violent et d’une pauvreté sous toutes les coutures. Bref, Dany n’avait pas les chances de son côté, mais il habitait près de la ferme de Sylvain, et sans le savoir, c’était la chance de sa vie.
En effet, l’agriculteur, futé, avait un talent particulier pour recruter les jeunes de son coin pour l’aider dans sa ferme. Par nécessité, certes, mais également par souci d’éducation, pour redonner, inculquer les valeurs du travail, de la persévérance et de la débrouillardise inhérentes au monde agricole. Puis aussi, pour donner un p’tit break à ses enfants venant déjà donner un coup de main. Le p’tit Dany, Sylvain l’avait spotté depuis longtemps. L’enfant maigrichon devenait un adolescent costaud avec le physique de l’emploi pour s’occuper du train-train de la ferme. Son dernier employé ayant quitté la ferme, il avait besoin d’un remplaçant.
Malgré ses allures de tough, Dany partait de loin. La plupart du temps, Sylvain se questionnait à savoir s’il avait fait une bonne affaire. En bon ado, Dany se traînait les pieds, botchait parfois la job, arrivait en retard, sentait de temps en temps le fond d’tonne. Mais chaque fois, Sylvain lui donnait une chance.
En agriculture, avoir un employé qui rentre, même tout croche, c’est parfois mieux que rien pantoute. C’est vrai, les personnes qui viennent travailler ne sont pas nécessairement ce qu’on pourrait qualifier de « premiers choix ». Un métier avec des horaires atypiques, des grosses bêtes, de la saleté, de la machinerie imposante… ce n’est pas fait pour les frileux. Un peu comme pour les autres métiers, disons marginalisés, on accueille des gens qui n’auraient pas le profil de l’emploi ailleurs.
Mais pour revenir à Dany, l’éducation aux airs de tough love de Sylvain a été payante (il faut dire que Sylvain n’avait pas peur de l’appeler très tôt le matin pour le réveiller afin de s’assurer qu’il serait présent). Du vilain petit canard, il s’est transformé au fil du temps, apprenant les rudiments du métier, la rigueur, la ponctualité, l’importance de s’accrocher. La ferme a été comme sa deuxième maison et il a même pris une place au sein de la famille de Sylvain. C’est souvent comme ça, les employés ne sont pas des numéros, mais bien des membres à part entière de la grande famille.
Dany a traversé à la ferme la période charnière de sa vie, l’adolescence. Sous les encouragements et le regard bienveillant de Sylvain, qui voyait en lui tout le potentiel de réussite, Dany a pris davantage de responsabilités. Il a commencé à toucher à la mécanique après son ouvrage aux vaches. Ça a été, pour lui, une grande découverte. Il avait un talent, une intelligence pour réparer et, pour la première fois de sa vie, il se sentait compétent, valorisé.
Après plusieurs années de loyaux services, Dany a annoncé au vieil agriculteur qu’il s’en allait. Un deuil certain pour Sylvain. Toutefois, son départ venait avec une belle annonce, celle de son inscription dans un cours en mécanique. Le jeune adulte était extrêmement fier de son parcours, mais pas autant que Sylvain. Les deux savaient que grâce à la ferme, ils avaient évité à Dany la poursuite de patterns familiaux destructeurs.
Encore aujourd’hui, bien qu’habitant dans une autre région, Dany vient, chaque année, rendre visite à son ami qui, depuis, a accueilli bien d’autres jeunes. Bien que personne ne soit irremplaçable, les histoires, les cœurs qui se lient, eux, ne se brisent jamais.