À coeur ouvert 2 septembre 2025

La difficile conciliation entre la mère et la productrice

Jo (prénom fictif) nous a écrit : « J’suis maman de trois enfants et productrice laitière. Divorcée, j’essaie de tout tenir à bout de bras. Mais j’me demande si je suis une bonne mère. » En effet, sous des aspects parfois idylliques, la vie à la ferme avec des enfants comporte son lot de difficultés. Pour plusieurs mères, comme Jo, la journée commence bien avant le petit-déjeuner et se termine bien après l’apparition des étoiles. Jo affirme se sentir toujours tiraillée entre deux engagements : celui d’être une maman présente et celui de la réussite de son entreprise. Elle aime cette vie, les vaches, la terre et tout le reste, mais chaque pas loin de la maison lui donne l’impression de négliger ses enfants.

J’ai rencontré beaucoup de mères comme Jo : fortes, compétentes et profondément dévouées à leur famille et à leur ferme. Mais derrière cette force, j’entends souvent la même confession. Elles se sentent coupables des moments manqués avec leurs enfants et s’inquiètent pour leur sécurité lorsqu’elles sont obligées de les laisser seuls. L’aînée de Jo, âgée de 14 ans, a suivi une formation de gardienne. Elle est autonome et responsable. « Je lui fais confiance, affirme Jo, mais il reste que ses frères de 7 et 11 ans s’aiment… mais pas toujours. Ils se chicanent, ils se déconcentrent, ils sont distraits. Donc, je m’inquiète. »

L’un des dilemmes de Jo est de savoir si elle peut laisser ses enfants seuls à la maison lorsqu’elle travaille dans l’étable ou dans les champs. Au Québec, les directives légales à ce sujet sont étonnamment vagues. En effet, il n’existe aucune loi spécifique fixant l’âge auquel les enfants peuvent être laissés seuls, bien que les agences de protection de l’enfance recommandent que les enfants aient au moins 12 ans. La maturité de l’enfant joue un rôle important dans cette décision. Les parents doivent donc évaluer le niveau de confort de chaque enfant, ses capacités à résoudre des problèmes et à respecter les règles de sécurité.

Dans la mesure du possible, Jo essaie de concilier ses deux mondes en amenant ses enfants à la ferme. « Ça m’arrive de leur donner de p’tites tâches. Pis là, j’me demande : est-ce que je les expose à des dangers que je ne veux pas voir? » Tous ces questionnements, lorsqu’on doit gérer à la fois son travail à la ferme et sa famille, représentent une grande charge mentale.

Je recommande vivement de suivre ces recommandations de base en matière de sécurité à la ferme :

  • pour les enfants de moins de 12 ans, ne pas se trouver dans les zones de travail actif sans la surveillance directe d’un adulte;
  • attribuer des tâches adaptées à leur âge;
  • conserver les produits chimiques et les outils sous clé;
  • définir des zones de sécurité claires pour les enfants pendant les travaux agricoles;
  • prévoir un plan d’urgence afin que les enfants plus âgés sachent comment joindre un voisin, appeler le 911 et donner des indications claires pour se rendre à la ferme.

Être mère et productrice constitue un mélange complexe de compromis, de dévouement et d’apprentissages de l’imperfection.

Il s’agit de prendre des décisions sécuritaires basées sur son instinct et son expérience, de donner aux enfants l’espace nécessaire pour grandir, et de se rappeler que, parfois, l’amour se traduit par des tâches partagées et la promesse de les serrer dans nos bras à la fin d’une longue journée. Comme le souligne Jo : « Mes journées sont peut-être divisées, mais mon amour pour mes enfants ne l’est pas ».  


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