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S'abonner maintenantChez bien des agriculteurs et agricultrices, la journée commence souvent avant l’aube et se termine fréquemment au crépuscule. On peut donc en déduire que l’homme (ou la femme) qui nourrit le monde ne dort pas beaucoup! Selon une étude française, les producteurs agricoles dorment en moyenne 5 heures et 12 minutes par nuit, soit 585 heures de moins par année que la moyenne des Français. Le temps de sommeil moyen recommandé dans diverses études est entre 7 et 9 heures chez les adultes. À l’échelle mondiale, de nombreuses études mettent en lumière ce fléau silencieux dans le monde rural qu’est le manque de sommeil chronique chez les agriculteurs. Se coucher tard, rester souvent réveillé la nuit pour surveiller un vêlage, finir les foins ou faire bouillir l’eau d’érable, gérer un imprévu ou tenter de calmer la charge mentale, se lever dès 4 ou 5 heures du matin… le sommeil devient une option, pas un droit.
Un jeune producteur laitier m’a déjà dit, en riant un peu jaune : « Je dors quand je peux me le permettre. » Et c’est là que l’affaire se corse. Car derrière le ton blagueur, le manque de sommeil n’est pas un symbole de courage ou de réussite. En réalité, c’est un facteur majeur de dépression, d’anxiété, de troubles de l’attention et même de pensées suicidaires. Il altère le jugement, réduit la productivité et rend les tâches physiques encore plus dangereuses. Il peut ainsi entraîner des risques accrus d’accidents et contribuer à l’épuisement professionnel.
On parle souvent du stress agricole comme d’un poids économique, d’une solitude sociale ou d’une pression familiale. Mais le sommeil, ou plutôt son absence, est une composante insidieuse de cette équation. C’est l’ennemi invisible. Personne ne vous dira : « J’ai mal dormi hier, j’vais vendre mes vaches ». Pourtant, malheureusement, c’est parfois le début de la fin. Et ce n’est pas qu’une question de nombre d’heures, c’est aussi la qualité du sommeil qui est en jeu. Comment bien dormir quand votre tête compte les dettes au lieu des moutons? Quand votre téléphone reste allumé toute la nuit, au cas où le robot de traite ferait des siennes? Quand votre cerveau, lui, n’a pas de bouton « arrêt »?
Certains essaient de contrecarrer le manque de sommeil en faisant des p’tits dodos durant le jour. Cependant, peut-on sérieusement envisager les microsiestes comme solution durable à un problème général et récurrent? On glorifie parfois la figure du producteur agricole infatigable, levé avant tout le monde. Mais on oublie que ce héros des campagnes est aussi un être humain. L’importance du sommeil est souvent négligée, alors qu’il est essentiel à votre santé et à votre sécurité. Sans repos, même les tracteurs finissent par s’user!
Pour maximiser les chances d’avoir un sommeil adéquat et suffisant, il est possible d’adopter quelques habitudes simples. D’abord, éviter les écrans au moins 30 minutes avant de dormir aide à détendre l’esprit. Une chambre calme, sombre et fraîche favorise également un meilleur endormissement. Aussi, éviter le café et les repas lourds en fin de journée peut également améliorer la qualité du sommeil. Enfin, intégrer une routine relaxante, comme la lecture ou la méditation, aide à indiquer au corps qu’il est temps de dormir.
Alors, la question à un million de dollars : faut-il choisir entre produire et dormir? Entre nourrir les autres et s’occuper de soi? Non. Le vrai succès agricole, ce ne sera peut-être pas les robots de traite, l’étable en stabulation libre ou les capteurs dans l’érablière. Ce sera peut-être, tout simplement… une nuit complète de sommeil.