À coeur ouvert 23 mai 2025

Chronique d’une blonde d’agriculteur maraîcher

Je ne suis pas née dans une ferme. Encore moins dans les bottes d’un producteur maraîcher. Mais la vie a voulu que je partage mes jours (et souvent mes nuits) avec quelqu’un qui, lui, est enraciné dans la terre depuis toujours.

Et avec le temps, à travers les saisons, les récoltes et les silences, la ferme m’a appris bien plus que je ne l’aurais imaginé.

La première leçon, c’est la patience. Une patience que je ne possédais pas vraiment avant. Attendre le bon moment pour semer. Accepter de ne pas tout contrôler. Observer les pousses qui percent la terre avec lenteur, parfois timidité. Il y a quelque chose de presque sacré dans ce rythme-là. Une façon de réapprendre à vivre autrement, à l’opposé de nos vies pressées. Et dans ce rythme imposé par la nature, j’ai compris que certaines choses ne s’accélèrent pas, qu’il faut parfois juste être là, disponible, et faire confiance.

Puis, j’ai appris l’humilité. Parce que j’ai vu mon chum travailler sans relâche et devoir composer avec un gel imprévu, une pluie torrentielle, une invasion de doryphores. Aucun plan parfait ne résiste longtemps à la nature. Et dans ces moments, il n’y a pas de place pour la plainte. Juste l’action, le calme, la persévérance. J’ai appris que l’humilité, ce n’est pas se résigner, c’est faire équipe avec le vivant. C’est aussi accepter que, parfois, tout ce qu’on peut faire, c’est observer et soutenir. Être le regard bienveillant au bout du rang, la personne qui apporte un café chaud quand la journée a été trop longue.

La ferme m’a aussi donné un profond respect pour le travail manuel. Celui qui laisse des marques dans les mains et dans le dos, mais qui donne une fierté que peu d’autres métiers peuvent offrir. J’ai vu l’attention portée à chaque rang, le soin donné aux plants, la précision presque artistique avec laquelle les paniers sont remplis. Ce n’est pas juste du travail, c’est une vocation.

Et puis, il y a les silences. Ceux du champ au petit matin, quand le soleil hésite encore. Ceux de la fin de journée, quand les mains sont sales, mais que le cœur est plein. Ces silences-là m’ont apaisée. Ils m’ont appris à ralentir. À regarder autour. À écouter.

La ferme m’a aussi appris la résilience. Parce que même quand tout s’écroule — la récolte, le marché, les livraisons — on se relève. On taille. On replante. On recommence. Elle m’a montré qu’il est possible de vivre des déceptions, d’avoir mal aux épaules et au cœur, et de continuer quand même. Pas parce qu’on n’a pas le choix, mais parce que ça en vaut la peine. Et chaque saison qui revient est une forme de promesse : celle qu’il y aura toujours une autre chance, un autre matin, un autre départ.

Au fil du temps, j’ai vu naître en moi une gratitude discrète. Pour les premiers brocolis cueillis. Pour la beauté d’un champ bien entretenu. Pour l’odeur de la terre fraîchement retournée. La ferme m’a appris à voir la richesse là où elle se cache : dans la simplicité. Elle m’a aussi appris que l’amour se cultive un peu comme les légumes : avec attention, avec constance, et malgré les intempéries.

Je ne suis pas agricultrice. Mais je suis là, à ses côtés. Je vis la saison, je la ressens. Et parfois, je donne un coup de main, ou je prépare le souper pendant qu’il finit les récoltes. À ma façon, je fais partie de cette grande machine vivante. Une place discrète, mais essentielle, tissée entre les bacs de légumes, les calendriers de semis, et les petites victoires du quotidien.

Si un jour on me demandait ce que m’a appris la ferme, je répondrais sans hésiter : elle m’a appris à vivre avec la terre, pas contre elle. À aimer avec constance.  


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