Photo : Oleksii Synelnykov/Shutterstock
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S'abonner maintenantQu’est-ce qui définit un producteur ou une productrice agricole? Est-ce le type de production choisie? La taille de l’entreprise ou de la terre? Le statut officiel de producteur avec un numéro d’identification ministériel? Le fait de pratiquer l’agriculture à temps plein ou à temps partiel? Le revenu tiré de la production? L’ampleur du profit réalisé? C’est une grande question, et les réponses sont variables, selon la perception et les valeurs de chacun.
Pour plusieurs, être agriculteur ou agricultrice, ce n’est pas seulement exercer un métier : c’est habiter un territoire, le connaître par cœur, le voir vivre au rythme des saisons. C’est savoir déchiffrer le temps qui se couvre, reconnaître un sol prêt à être travaillé en mesurant l’humidité avec ses doigts, ou anticiper, à partir d’un simple changement de vent, les conditions météo des prochains jours. Au Québec, notre identité agricole est indissociable du climat, du fleuve, des régions, des hivers longs et des printemps impatients, des pluies et des sécheresses.
Dans l’entreprise, on ne close pas à 17 h. Être agriculteur, c’est conjuguer vie personnelle et professionnelle dans un même espace. Le terrain de la ferme est à la fois un lieu de production, de décisions d’affaires, de transmission familiale et de souvenirs d’enfance. Le métier exige des compétences de gestionnaire, de mécanicien, de météorologue, de vétérinaire, et j’en passe. Aujourd’hui, l’agriculteur moderne doit composer avec les marchés mondiaux, les normes environnementales, les technologies de pointe et les attentes sociétales.
Rappelons d’ailleurs que l’agriculture est à la fois un pilier économique et un choix de société. Il est vrai que l’image du tracteur dans un champ au coucher du soleil fait encore partie de l’imaginaire collectif. Mais derrière cette image se cache une réalité beaucoup plus complexe : agriculture de précision, robotisation des étables, transition écologique, diversification des modèles d’affaires, etc. Être agriculteur ou agricultrice aujourd’hui, c’est naviguer entre héritage familial et adaptation. C’est honorer ce que les générations précédentes ont bâti, tout en acceptant que l’agriculture de demain ne ressemblera pas nécessairement à celle d’hier.
Se dire agriculteur ou agricultrice, est-ce une question de diplôme? De superficie cultivée? De chiffre d’affaires? Ou est-ce d’abord un sentiment d’appartenance? Pour plusieurs membres de la relève, notamment ceux accompagnés par la Fédération de la relève agricole du Québec, l’identité agricole se construit dans l’engagement : prendre soin du vivant, nourrir la communauté, assurer la continuité du métier. En d’autres mots, on devient agriculteur autant par conviction que par occupation. En outre, l’agriculture québécoise n’a plus un seul visage. Les femmes y occupent une place grandissante, comme gestionnaires, copropriétaires, innovatrices. Se définir comme productrice agricole, c’est parfois revendiquer une reconnaissance, longtemps implicite, d’un travail trop souvent invisible. C’est affirmer que la compétence n’a pas de genre et que la terre se cultive aussi au féminin.
Être agriculteurs, c’est également avoir un rôle social. Nourrir sa communauté demeure un geste fondamental. Dans un contexte où la sécurité alimentaire prend de plus en plus d’importance, se définir comme agriculteur ou agricultrice, c’est aussi accepter une responsabilité collective. Ce n’est pas seulement produire et exercer un métier : c’est porter une part de notre identité collective. C’est nourrir nos familles, façonner nos paysages, faire vivre nos régions et transmettre un savoir qui nous relie à la terre comme à notre histoire. À celles et ceux qui choisissent chaque jour cette voie exigeante, nous devons plus que des remerciements polis : nous leur devons notre gratitude sincère. Parce qu’en cultivant le sol, ils cultivent aussi ce que nous sommes. C’est tout cela, être agriculteur ou agricultrice.
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