Photo : Oleksii Synelnykov/Shutterstock
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S'abonner maintenantEn agriculture, il existe cent façons de produire. Certes, les grandes lignes se ressemblent, mais chaque entreprise se distingue en y mettant son grain de sel particulier. Il y a également cent visions de ce que nous devrions faire et de la façon dont nous devrions le faire. Il y a des centaines de personnes qui, chaque jour, prennent des décisions influençant le cours de la prochaine journée. Tant à l’échelle communautaire qu’à l’échelle mondiale, il y a cent possibilités de faire différent. L’agriculture porte cent visages : vieux, jeunes, gais, trans, Mexicains, Guatémaltèques… Des personnes qui, chaque jour, contribuent à mettre de la nourriture dans les assiettes d’ici et d’ailleurs.
Mais je remarque qu’il y a aussi cent tolérances. Devant des leaders politiques qui, parfois, semblent davantage s’écouter eux-mêmes que ceux qu’ils desservent. Devant des politiques qui s’empilent et complexifient le « train-train quotidien ». Devant des assureurs toujours plus exigeants, qui redonnent de moins en moins lorsqu’on en a vraiment besoin. Devant la menace constante d’une couche de béton sur nos 2 % de terres agricoles. Devant des hausses de « toute », tout l’temps, sans jamais vraiment voir les revenus suivre. Devant autant de difficultés à nourrir les gens près de chez nous sans être payé à sa juste valeur. Devant l’obligation de devoir constamment flirter avec la légalité, parce qu’aucune entreprise ne peut réussir à être conforme sur tout, tout le temps. Devant un énième évènement important manqué parce que l’employé n’est pas rentré. Devant la solitude au fond du champ, tard le soir, parce que dame Nature impose de plus en plus de variations météorologiques.
Faire de l’agriculture, c’est également une affaire de sang. Le sang de vos élevages, à travers la génétique de vos animaux. Le sang dans notre assiette, parce que manger du vivant, ça vient inévitablement avec du sang. Le sang, il est aussi sur vos mains : les accidents du quotidien, une erreur d’exécution, d’inattention… ou simplement le résultat qu’à force de couper sur tout, on a aussi dû couper sur une mesure de sécurité. Tel un chien qui court après sa queue : on coupe pour ne pas se faire couper. Mais ce sang, c’est aussi celui des liens familiaux qui vous unissent. On le dit souvent : la famille est dans le travail et le travail est dans la famille. Tout est toujours imbriqué, parfois difficile à départager, mais cela demeure un moteur puissant, parce qu’au centre de tout ça, y’a l’amour. Un amour parfois tout croche, avec ses traumas, mais qui est toujours sincère.
Je suis du genre rêveuse, un peu naïve, et la plupart du temps, c’est mon moteur à moi pour ne pas sombrer dans l’apathie. Alors, je rêve d’un monde agricole, non plus avec cent tolérances, mais bien « sans » tolérance. Je rêve que nos familles agricoles ne soient plus à feu et à sang sous le poids de la pression de performance, du surendettement et des défis constants de trouver un semblant d’équilibre. Je rêve que nos décideurs se présentent devant vous, non pas pour répéter ce que vous savez déjà, mais pour écouter, avec profondeur, humilité et sincérité. Je rêve aussi que les travailleurs étrangers ne soient pas obligés de choisir entre gagner des sous ici, à des milliers de kilomètres de chez eux, ou se priver de passer du temps avec ceux qu’ils aiment. Quand on y pense, ça n’a aucun sens.
Parce que continuer à faire de l’agriculture, sans changements majeurs dans les conditions de travail de celles et ceux qui la font, c’est « sans » façon!
Besoin d’aide?
Si vous avez des idées suicidaires ou si vous êtes inquiet pour un de vos proches, contactez le 1 866 APPELLE (1 866 277-3553). Un intervenant en prévention du suicide est disponible pour vous 24 heures sur 24, sept jours sur sept.
Pour l’aide d’un travailleur de rang, contactez le 450 768-6995 ou par courriel [email protected].