Ce contenu est réservé aux abonnés.
Se connecterSi ce n’est pas déjà fait, abonnez-vous pour moins de 1 $ par semaine.
S'abonner maintenantOn est le 31 décembre. Minuit approche. Appuyé sur l’établi dans le garage, entre les outils et l’odeur du diesel, un producteur fait le récapitulatif de son année. Cr*** que ça n’a pas été facile.
Un hiver de neige, mais sans trop de froid. Un printemps qui nous en a mis plein la gueule pendant les semences, avec des fenêtres de travail trop courtes, de la machinerie à réparer, des nuits blanches à surveiller la météo. Puis l’été, chaud à faire fondre un pneu de tracteur. La chaleur qui a donné soif, autant aux plantes qu’aux animaux. L’inquiétude qui monte avec les champs qui peinent à pousser, les abreuvoirs qui se vident plus vite qu’on les remplit.
Et l’anxiété, fidèle compagne du monde agricole, qui vient s’asseoir à nos côtés sans même qu’on l’invite. Deux gels au mauvais moment qui font friser les graines de soya. Encore une couche de stress. Puis les journées trop belles, où le beau temps devient presque un piège : on ne s’arrête plus, on court, on empile les tâches. On se dit qu’on prendra du repos plus tard, quand il pleuvra. Mais la pluie, elle, ne vient pas. Le producteur revoit aussi tous ces feux de forêt qui ont brûlé, trop près des fermes. L’anxiété, encore. Celle qu’on tait, qu’on cache sous le travail, qu’on essaie d’étouffer sous le bruit du moteur ou le cliquetis du tracteur.
Cependant, ce soir, dans son garage, entre le bruit du vent et le grésillement du poêle à bois, il repense également à ses belles réussites. À ses enfants qui grandissent trop vite. Au plus jeune qui conduit le tracteur comme un grand. Aux plus vieux qui trouvent leur place, leur passion, leur force. Et lui, qui regarde tout ça avec fierté et un brin de nostalgie. Il pense à ses bêtes, à ses champs, à ses voisins. À toutes ces petites victoires qui ne paraissent pas dans les journaux : la première coupe réussie, la vache qui va mieux après un vêlage difficile, la récolte qui, malgré tout, a tenu le coup. À son taux de gras qui a augmenté, celui du lait, pas du ventre, et qui l’a fait sourire, un matin.
Il reconnaît aussi son anxiété. Il l’a nommée cette année. Il a arrêté de la voir comme un ennemi et il a appris à la comprendre. À la calmer. Parfois, en allant pêcher. En prenant un café avec un ami. En parlant pour vrai, pas juste pour dire que ça va. Il a appris à dire non, à demander de l’aide, à respirer un peu plus souvent avant de replonger dans le tourbillon.
Il y en a eu, des choix difficiles, des déceptions, des imprévus. Mais il y a eu de la solidarité. Des poignées de main, des rires dans les shows agricoles, des voisins qui se dépannent, des repas partagés sur le bord d’un pick-up. C’est ça aussi, la beauté du milieu : même dans les tempêtes, on se tient.
Alors, pendant que l’année s’achève, il choisit de rester positif. Il se sent mieux équipé qu’avant. Il a maintenant des outils pour reconnaître ses stresseurs. Il a appris que prendre soin de soi, ce n’est pas un luxe, c’est un devoir. Parce que s’il s’épuise, c’est toute sa ferme, sa famille et son équilibre qui en payent le prix.
Une nouvelle année va commencer. Le travail ne manquera pas, les défis non plus. Mais il sent qu’il est prêt. Pas parce que tout va bien, mais parce qu’il a appris à se relever. À respirer. À ralentir. À parler lorsqu’il en ressent le besoin. Et surtout, à s’écouter.
Besoin d’aide?
Si vous avez des idées suicidaires ou si vous êtes inquiet pour un de vos proches, contactez le 1 866 APPELLE (1 866 277-3553). Un intervenant en prévention du suicide est disponible pour vous 24 heures sur 24, sept jours sur sept.
Pour l’aide d’un travailleur de rang, contactez le 450 768-6995 ou par courriel [email protected].