À coeur ouvert 13 mars 2026

Avoir le feu sacré… ou sacrer le feu!

Le titre et l’idée de cet article me viennent de mon père (allo papa!). Mon père est du genre à carburer aux projets, à ne pas se voir vieillir et à ne pas vouloir ralentir. Surtout, ne lui parlez pas d’arrêter! Je trouve ça beau, même si, je l’avoue, ça peut être un brin étourdissant. Je pense sincèrement que ce sujet peut rejoindre plus d’un producteur.

J’ai envie de vous raconter l’histoire de Claude, 68 ans, producteur de grains biologiques, qui attend avec impatience chaque printemps pour recommencer à travailler aux champs. On va alors le voir déambuler dans les rangs avec son vieux tracteur et sa machinerie, de même qu’avec son fidèle chien — presque aussi vieux que lui en âge canin — installé dans la cabine. Claude, tout comme mon père et de nombreux producteurs de leur génération, est un travailleur acharné. La pédale au fond, comme on dit. Le genre de personne qui, lorsqu’il prend des vacances, se retrouve avec un mal de dos parce que dormir quelques heures de plus, son corps n’est tout simplement pas habitué à ça. Tout son entourage s’attend à ce qu’il ralentisse un jour ou l’autre. Mais pas lui. « Prendre ma retraite? Pour quoi faire au juste? » qu’il me dit.

Claude a tout de même fait ses devoirs. Ses papiers sont à jour et il a pris le temps de discuter avec sa conjointe et ses enfants des différents scénarios possibles advenant une maladie soudaine ou un décès subit. Il n’est pas naïf. Il sait bien qu’en vieillissant, les risques augmentent de développer un problème de santé qui pourrait un jour le clouer au lit. Il ne tient pas sa santé pour acquise et sait surtout qu’il n’est pas immortel. Et puis, c’est rassurant, pour lui comme pour sa famille, de savoir à quoi s’en tenir.

Maryse, sa conjointe, aimerait bien voyager davantage. Mais elle connaît son Claude depuis assez longtemps pour savoir qu’elle ne pourrait jamais le convaincre de « lâcher » sa terre. Par respect et par amour pour lui, elle le laisse faire et voyage avec ses « amies de sacoche ». La retraite, après tout, n’est pas une obligation en soi et il n’y a pas de règle universelle.

Pour Claude, la société a un double discours : « Un agriculteur qui dépasse 60 ans, qui est encore en forme, qui a des projets et qui veut continuer de travailler, on va le traiter de fou, de workaholic ou dire qu’il est passé date. Mais une Jeannette Bertrand de 100 ans, un Pierre Curzi de 80 ans qui continuent de faire de la télé, un Michel Rivard de 75 ans qui écrit encore… eux, on les glorifie. On les valorise, on les idolâtre. C’est quand même paradoxal. » Claude ajoute que « Liberté 55 », c’est bien beau, mais que ce n’est pas tout le monde qui rêve de descendre en Floride avec son Winnebago et de se prélasser sur une plage.

Comme travailleuse de rang, accompagner les gens dans les transitions de vie, nous le faisons régulièrement. Sur un continuum, je vois de « j’adore ça, je vais mourir dans mon étable » — autrement dit, avoir le feu sacré — à « je vais tout cr*sser là, sortez-moi d’ici » — autrement dit, être tellement tanné qu’on sacrerait le feu.

Si vous êtes dans ce genre de réflexion, j’espère sincèrement que vous prendrez en considération qu’il vaut mieux éviter de vous rendre à cette extrémité du spectre. Si c’est le cas, n’hésitez pas à faire appel à une travailleuse ou un travailleur de rang pour vous soutenir.

Et vous… quel genre de pompier voulez-vous appeler?


Besoin d’aide?

Si vous avez des idées suicidaires ou si vous êtes inquiet pour un de vos proches, contactez le 1 866 APPELLE (1 866 277-3553). Un intervenant en prévention du suicide est disponible pour vous 24 heures sur 24, sept jours sur sept.

Pour l’aide d’un travailleur de rang, contactez le 450 768-6995 ou par courriel [email protected]