Actualités 29 février 2020

UTM : un retour du balancier à prévoir

Les conditions particulièrement médiocres de 2019 devraient inciter les producteurs de grains à se montrer plus conservateurs ce printemps dans le choix de leurs semences en prévision de la prochaine saison.

Les printemps hâtifs et les automnes chauds enregistrés au cours de la décennie 2010 ont incité plusieurs producteurs de grains à dépasser les unités thermiques maïs (UTM) recommandées pour leur localité.  Bien des agriculteurs semblent oublier que, dans le contexte des changements climatiques, les extrêmes peuvent aller dans un sens ou dans l’autre.

« Je ne m’attends pas à une baisse draconienne, mais ça va revenir à la normale », avance Martin Lanouette, de Syngenta.  Au cours des dernières années, celui-ci a été à même de constater que nombre de producteurs optaient pour des semences à longue maturité thermique, synonyme de meilleurs rendements lorsque dame Nature est au rendez-vous.

Dans ses rencontres avec les producteurs, le représentant de Syngenta note aussi que certains d’entre eux prévoient se tourner vers les céréales de printemps, compte tenu des difficultés vécues en 2019 pour la culture du maïs et du soya.

Même son de cloche chez Tanguy Lozac’h, de Croplan. « Avec les beaux printemps qu’on a eus dans les dernières années et les planteurs qui sèment plus rapidement, cela a incité plusieurs producteurs à semer du maïs plus tardif. Je m’attends à un repli cette année, peut-être plus grand qu’il le devrait, mais c’est compréhensible avec l’année 2019 qu’on a connue. »

Au fil des ans, attirés par le mirage de rendements accrus, les agriculteurs ont délaissé la règle des 20 % sous l’UTM recommandé, 60 % directement sur la cible et 20 % au-dessus. « Ça ne se faisait plus, reconnaît Martin Lanouette. Les producteurs avaient tendance à semer dans le maximum de l’UTM recommandé et un peu dans la normale. »

« La question du choix de la semence, c’est le sujet de l’heure lorsque les producteurs se rencontrent », souligne Nicolas St-Pierre, enseignant et chercheur au Collège d’Alma. L’agronome constate lui aussi que le réchauffement des températures depuis 10 ans a encouragé les agriculteurs à tricher quelque peu sur l’UTM. « Cela leur a réussi jusqu’à ce qu’on arrive à une année comme 2019, qui n’a pas été dans la normale de la dernière décennie. Le surplus d’UTM a alors eu une incidence négative. »

Nicolas St-Pierre explique que la différence entre les stades de croissance R5 et R6 (ce dernier désignant l’atteinte de la maturité physiologique du maïs) est substantielle. « On parle de 5 à 30 % de réduction de rendement. C’est ce qui est arrivé en 2019 lorsque le gel mortel tôt à l’automne a stoppé net la croissance du maïs tardif qui avait été semé. »

Tanguy Lozac’h rappelle enfin que les producteurs font souvent leurs plans en se basant sur leur dernière année, alors qu’elle n’indique en rien comment sera la suivante. « Ils sont présentement plus frileux, à juste titre. Ils prévoient leur culture comme si la saison allait être courte. Mais si on a un mois d’avril où la neige fond rapidement et si le 25 avril les champs sont prêts à être travaillés, ça se peut qu’ils changent leur fusil d’épaule », conclut-il. 

Bernard Lepage, collaboration spéciale