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S'abonner maintenantCet été, la Terre a décidé de faire une tournée agrotouristique dans plusieurs régions du Québec. Ensemble, nous partirons à la découverte de producteurs, de petits transformateurs, d’aliments qui sortent de l’ordinaire et d’attraits particuliers à chacune des régions. Celles-ci nous livreront ainsi une petite partie de leurs charmes.
Quand un monastère redynamise un village
SAINT-JEAN-DE-MATHA — Qui aurait pensé que des moines pouvaient donner une impulsion au secteur agroalimentaire d’un village? C’est pourtant ce qu’a permis l’arrivée en 2009 du monastère Val Notre-Dame à Saint-Jean-de-Matha, où une série de petits transformateurs présente une offre très attirante depuis quelques années.
« Notre boutique est celle qui a le plus de produits lanaudois », affirme le père abbé André Bourbeau. S’il met de l’avant les produits de la région, le père André n’a pas à rougir de l’offre du monastère, bien au contraire. Elle est littéralement impressionnante! Le monastère produit du gâteau aux fruits avec ou sans enrobage chocolaté, du caramel, des chocolats, etc. Depuis peu, il mise sur des produits forestiers comme des tisanes, des champignons, des boutons de marguerite marinés, des têtes de violon et même du chocolat au thé des bois. Une partie des produits forestiers sont cueillis et une autre commence à être cultivée en s’inspirant de la permaculture, c’est-à-dire en imitant la nature et en diversifiant les plantations. Un nouveau verger produira à la fois des prunes, des cerises, des camerises, des noix, des amélanches, des fruits de l’argousier, des champignons dans le paillis au sol, des kiwis nordiques, des mûres, et plus encore!
La production des moines est valorisée grâce au travail d’autres producteurs, ce qui permet de multiplier les retombées pour la région. Par exemple, les moines fournissent des champignons à la petite fromagerie artisanale Ferme Vallée Verte située à proximité, qui les utilise dans la confection d’un excellent fromage aromatisé. D’autres échanges de produits sont prévus dans les années à venir, comme un chocolat Louis Cyr. Ces échanges permettront de mieux faire connaître les membres de Destination St-Jean-de-Matha (sur Facebook), un réseau qui vise à promouvoir une autre facette touristique du village, connu surtout pour ses
fameuses glissades. « On devient solidaires, on se tient plus », affirme le père André.
Démystifier l’argent
Hyperactif, le père André? Peut-être. Il reste que sa première motivation réside dans l’obligation de générer des revenus pour le nouveau monastère. Celui-ci est
certes beaucoup plus propice à la prière que le précédent, mais il se trouve également dans un coin beaucoup moins achalandé que celui d’Oka. Il se devait donc de repenser la mise en marché de ses produits.
« J’ai fait l’École d’entrepreneurship de Beauce », explique le père abbé, qui a déjà dirigé des monastères en France et en Afrique et s’occupe maintenant des quatre établissements de sa communauté au Québec. De ce cours avec des entrepreneurs de tous les horizons, le moine cistercien a tiré plusieurs enseignements et de nombreux contacts au sein de sa cohorte.
Le monastère a décidé de faire de la publicité et de vendre davantage à l’extérieur de ses murs. Une deuxième campagne publicitaire à la télévision est d’ailleurs en cours. Elle est davantage axée sur les produits que celle de l’an dernier. On mise aussi sur l’exportation. Trois moines sont allés à New York à la fin de juin pour un important salon agroalimentaire et seront à Paris pour le Salon international de l’alimentation (SIAL) cet automne. Ils doivent cependant composer avec les tarifs douaniers américains et l’incertitude entourant les opportunités commerciales de l’Union européenne.
Déjà, le monastère a créé deux emplois à temps plein (un jeune chocolatier et un ingénieur agroalimentaire ont été embauchés) et d’autres à temps partiel comme celui du zapartiste et passionné de la forêt François Patenaude. Deux des 18 frères participent par ailleurs activement aux activités de cueillette, de production et de transformation.
Foie gras artisanal
Canards Maurel-Coulombe est un autre expert reconnu de l’agroalimentaire à Saint-Jean-de-Matha. Yvanne Maurel, originaire de la région de Toulouse, et le Québécois Martin Coulombe se sont installés dans l’ancienne ferme d’Henri Bernard, le Ricardo des années 1960 à la télévision québécoise. Les deux conjoints élèvent environ 1 500 canards mulards (un hybride entre le canard de Pékin et le canard de Barbarie) par an. L’élevage et le gavage sont faits de façon artisanale. La dose est ainsi ajustée pour chaque canard en fonction de la taille de son jabot et on n’utilise pas le gaveur industriel à percussion et avec dose prédéfinie. On se distingue donc de 97 % du foie gras sur le marché.
« Pour la qualité, c’est le jour et la nuit », affirme Martin Coulombe, qui parle d’un foie plus grumeleux, qui fond moins à la cuisson et possède un goût de noisette. Presque 100 % des produits sont écoulés sur place et dans quatre restaurants seulement. En plus de différentes versions de foie gras, on offre du magret, de la cuisse et du gésier confit, des rillettes, du cassoulet, du gras et de l’aiguillette (filet mignon de canard). Le magret fumé à l’érable est une exclusivité québécoise.
Petite laiterie dans la vallée
Les frères David et Samuel Gadoury, avec leur père Richard, ont fondé il y a deux ans la fromagerie Ferme Vallée Verte 1912. La petite entreprise produit du lait d’antan, des yogourts et bien entendu des fromages. Le lait frais de la ferme s’approche des normes biologiques puisqu’il ne contient ni hormones ni antibiotiques et provient d’animaux ayant brouté dans des champs d’orge, de pois, d’avoine, de luzerne, de mil et de vieilles prairies sans pesticides. Très peu de soya et de maïs sont utilisés. Les vaches sont libres et très bien installées dans une étable ouverte sur deux côtés et sur une litière de sable qui donne l’impression qu’elles sont à la plage.
« Je voulais une petite fromagerie pour le plaisir », explique David, qui ajoute que l’arrivée de Samuel dans l’entreprise a fait que le projet a pris de l’ampleur. Les fromages de type cheddar fumé ou à la ciboulette sont parmi les favoris, de même que le Parme d’or, un mariage entre le parmesan et le cheddar. Environ 50 % du lait de la ferme est refroidi dès la sortie des trayeuses, pasteurisé à basse température et transformé. L’équipement choisi permettrait d’en faire davantage.
Un des seuls cidres de Lanaudière
L’entreprise Cuisine Poirier est déjà reconnue pour sa mayonnaise aromatisée, fabriquée dans un rang patrimonial et distribuée dans 500 points de vente, dont la majorité des IGA du Québec. « À la base, on est des transformateurs alimentaires », explique Nathalie Rainville, copropriétaire avec son conjoint Jean-François Poirier. En 2009, ils décident de se relocaliser dans une ancienne ferme laitière située dans un décor de carte postale. Le créneau de la mayonnaise fonctionne bien, mais ils caressent surtout le rêve d’implanter des pommiers pour faire du cidre. C’est ainsi que naît une deuxième entreprise, Qui sème récolte. Le « verger laboratoire » recèle une trentaine de variétés contenant plus d’acide malique et qui sont consacrées uniquement au cidre. Au verger, on réduit au minimum l’emploi de pesticides et en cuisine, on utilise le moins possible d’additifs alimentaires. Le kiosque de vente à la ferme offre aussi de l’huile de canola, des produits de l’érablière de la ferme et une halte pique-nique.


