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Montage : Judith Boivin-Robert / TCN

Montage : Judith Boivin-Robert / TCN

Retour sur 2022

Avant de plonger officiellement dans l’année 2023, La Terre revisite quelques-uns de ses dossiers de 2022 afin de prendre des nouvelles des intervenants qui avaient accepté de partager un témoignage.


L’an 1 du kiosque fermier d’une production avicole

Avec l’engouement pour les produits locaux et le désir de développer leur propre gamme de produits, de nombreux agriculteurs se sont lancés dans la transformation alimentaire et la vente au détail, révélait La Terre, le 22 décembre 2021. En page couverture, Guillaume Côté, copropriétaire de Côté Plumes, une ferme de Saint-Hyacinthe spécialisée en production de dindons et de poulets de chair, était fier de la construction de son kiosque fermier. Les délais de construction et de réception d’équipement ont repoussé l’ouverture officielle du kiosque de quatre mois, mais un an plus tard, M. Côté se dit satisfait des ventes et du développement des produits. 

« Les clients donnent de bons commentaires, et avec le chef sur place, on ajuste les découpes et on adapte nos produits pour avoir le meilleur service client. On est contents de ce qui sort. On a créé des événements les vendredis. Par exemple, une fois, c’était du poulet frit local, l’autre, des poke bowl au dindon, des pilons de poulet, etc. » Un système de réservation permettait alors aux gens de venir chercher leurs produits selon une plage horaire préétablie. « Ça faisait moins d’attente et donc une meilleure expérience client, et ça nous permettait de fournir, car on n’a quand même pas de gros équipements », relate l’agriculteur.

 Le marketing est important, tout comme les idées de chaque membre de l’équipe, atteste-t-il. Pour inciter les gens à se déplacer, le kiosque fermier a misé sur des produits en promotion, des dégustations et un menu découvertes.

Le kiosque fermier Côté Plumes a offert à ses clients des mets exclusifs les vendredis, comme une journée poulet frit, qui a été un succès, selon son copropriétaire. Photo : Côté Plume

Le kiosque fermier Côté Plumes a offert à ses clients des mets exclusifs les vendredis, comme une journée poulet frit, qui a été un succès, selon son copropriétaire. Photo : Côté Plume


Des précisions apportées au code des bovins laitiers

L’an dernier, une version préliminaire du nouveau Code de pratiques pour le soin et la manipulation des bovins laitiers, dont la publication officielle est prévue d’ici le printemps, avait faire réagir plusieurs propriétaires de fermes en stabulation entravée. Ceux-ci craignaient d’importants investissements et des délais impossibles à respecter pour répondre aux nouvelles exigences de bien-être animal visant à faire bouger les animaux davantage. Les commentaires reçus à la suite de la publication de la version préliminaire ont d’ailleurs été nombreux, raconte, un an plus tard, Steve Adam, expert en confort et bien-être chez Lactanet, qui est par ailleurs membre du comité d’élaboration du code. 

Plus de 5 000 personnes se sont prononcées, dont environ 40 % de producteurs laitiers, 31 % de citoyens engagés ou de défenseurs de bien-être animal, et 27 % de consommateurs. La majorité des réponses sont venues du Québec. « On a révisé le document en fonction de ça, affirme M. Adam. Chaque chapitre, chaque exigence, on a révisé en prenant en considération les commentaires. »

Le comité a notamment constaté que certains passages manquaient de clarté et qu’ils étaient mal interprétés. Des modifications et précisions ont donc été apportées. « Des fois, on a juste changé la tournure des phrases pour que ce soit plus clair », exprime-t-il, sans s’aventurer dans les détails. 

Certaines craintes des producteurs quant aux délais de mise en œuvre auraient aussi été considérées, bien que les grands thèmes, dans l’ensemble, ne changent pas.

Selon le nouveau Code de pratiques pour le soin 
et la manipulation des bovins laitiers qui paraîtra 
d’ici le printemps, les vaches attachées devront bouger davantage. Photo : Martin Ménard/Archives TCN

Selon le nouveau Code de pratiques pour le soin et la manipulation des bovins laitiers qui paraîtra d’ici le printemps, les vaches attachées devront bouger davantage. Photo : Martin Ménard/Archives TCN


Des producteurs de l’île d’Orléans accueillent une famille ukrainienne

Lorsque la Russie a envahi l’Ukraine à la fin février 2022, l’apiculteur d’origine ukrainienne Volodymyr Levchenko a quitté sa ferme de l’île d’Orléans pendant quelques jours pour aller prêter main-forte à sa famille à Kyiv. Dix mois plus tard, la moitié de la famille a réussi à fuir le pays. Si les hommes restent au front en Ukraine, leurs conjointe et enfants se sont exilés en Allemagne, en Espagne et au Québec. Depuis la fin du mois de novembre, M. Levchenko et sa femme, Valentyna Minenko, hébergent donc une cousine de cette dernière, Mariia, et ses garçons de 7 et 10 ans, Danylo et Volodymyr. 

Les apiculteurs bénéficient de l’aide de toute une communauté à l’île d’Orléans pour installer la famille fraîchement arrivée sans papiers. Ils ont reçu l’appui de voisins pour les démarches administratives, c’est-à-dire l’obtention de visas de travail et d’étude en vertu du programme spécial intitulé Autorisation de voyage d’urgence Canada-Ukraine. Ils reçoivent également du soutien financier, notamment du producteur de fraises Louis Gosselin, qui a payé le billet d’avion des membres de la famille vers le Québec. 

Depuis leur arrivée, les enfants ont commencé l’école régulière en attendant une place en classe de francisation. Toutefois, malgré son statut de travailleuse, Mariia ne peut être employée « partout », dont dans les fermes, avant d’avoir effectué un examen médical. Le rendez-vous prend du temps à obtenir. 

Volodymyr Levchenko est toutefois optimiste que la situation se régularisera, mais il ne compte pas proposer à Mariia de rester travailler à la ferme cet été. « Chacun sa propre direction dans la vie », indique-t-il en souhaitant lui offrir le maximum de latitude pour s’intégrer au Québec.

Mariia et ses deux garçons, Danylo et Volodymyr, arrivés au Québec depuis la fin novembre, logent chez des membres de leur famille, qui sont apiculteurs à l’île d’Orléans. Photo : Gracieuseté de Volodymyr Levchenko

Mariia et ses deux garçons, Danylo et Volodymyr, arrivés au Québec depuis la fin novembre, logent chez des membres de leur famille, qui sont apiculteurs à l’île d’Orléans. Photo : Gracieuseté de Volodymyr Levchenko


Modernisation législative pour renforcer la cybersécurité

Dans le dossier publié le 30 mars 2022, plusieurs experts en sécurité informatique rappelaient que les petites entreprises agricoles n’étaient pas plus à l’abri que les plus grosses face aux risques de cyberattaque. Ce fléau s’est d’ailleurs accru depuis les dernières années, soulignaient-ils. L’organisme saskatchewanais Community Safety Knowledge Alliance, mandaté par le gouvernement fédéral, en mars 2021, pour évaluer le niveau de protection des entreprises agricoles, estimait également qu’un grand nombre d’entre elles étaient vulnérables à de telles attaques. 

Depuis, le gouvernement du Québec a modernisé la loi 25 sur la protection des renseignements personnels. Certains des nouveaux amendements de cette loi sont entrés en vigueur en septembre 2022, alors que d’autres seront progressivement exigés en 2023 et en 2024. Raphaële St-Amand-Valente, avocate responsable de la protection des renseignements personnels à l’Union des producteurs agricoles ainsi que dans certaines des fédérations affiliées, explique que déjà, toutes les entreprises, peu importe leur domaine d’activités ou leur grosseur, ce qui inclut donc les entreprises agricoles, doivent avoir désigné une personne responsable de la gestion des données personnelles au sein de leur organisation. Elles ont également l’obligation depuis septembre d’aviser la Commission d’accès à l’information du Québec et les victimes s’il y a un risque de préjudice sérieux après un incident de cybersécurité. 

D’autres exigences de la loi entreront en vigueur en 2023, comme la mise en place d’une politique de gestion des données qui devra prévoir la destruction des celles-ci après un certain délai. « L’objectif étant de réduire la quantité des données sensibles présentes sur les serveurs des entreprises », précise Mme St-Amand-Valente. Selon elle, ces nouvelles dispositions donnent à la loi 25 plus de mordant, notamment parce que d’importantes sanctions, pouvant aller au-delà de 25 M$, sont prévues pour les entreprises qui ne s’y conforment pas.


Des coûts de production acéricoles encore en hausse

Le 6 avril, le sujet de la hausse des coûts de production était sur toutes les lèvres des producteurs, particulièrement des acériculteurs, qui constataient des hausses du prix du mazout et des équipements acéricoles. Une situation qui n’a toujours pas changé à l’aube de 2023, déplore l’acériculteur Martin Dupuis, qui figurait en page couverture. « C’est même pire qu’avant! » commente-t-il. « Le mazout a monté, et tout a encore monté, sauf le prix… du sirop. Je vais devoir me trouver un autre setup que l’huile. Peut-être un évaporateur au bois ou au propane », mentionne-t-il. 

Celui qui a changé des sections de tubulures et de maître-ligne l’été dernier a également constaté une hausse de prix assez considérable de pratiquement 30 % pour l’équipement de collecte d’eau. Avec l’augmentation du coût du mazout, « c’est de l’argent qu’on n’a pas dans notre poche, ni pour vivre ni pour investir », fait-il remarquer. 

Cette dégradation des profits ne change pas sa foi envers la production de sirop d’érable. « Parce qu’on a ça dans le sang et aussi… parce qu’on n’a rien d’autre! » dit M. Dupuis, dont l’érablière se trouve à Saint-Christophe-d’Arthabaska, dans le Centre-du-Québec. 

Les ventes de sirop, qui ont atteint des records, demeurent pour lui un point positif. À l’inverse, si les ventes venaient à diminuer, conjuguées à une hausse encore marquée des coûts de production, le facteur stress augmenterait, estime-t-il.


La tendance des produits dérivés de l’érable

La transformation de produits de l’érable était déjà en augmentation lorsque La Terre s’est penchée sur la question dans son édition du 13 avril. Janick Choquette, du Domaine Kildare, indiquait être en rupture de stock pour la première fois avec ses alcools à base d’érable. L’acériculteur Christian Benoit affirmait que la demande était forte pour son beurre d’érable, son maïs soufflé à l’érable, ses tartes et ses autres sucreries. Idem pour Lisa Nadeau, qui connaissait du succès dans ses ventes à l’international pour son sirop et ses produits transformés. Recontactée le 19 décembre, Mme Nadeau a indiqué que ses ventes, depuis avril dernier, avaient connu une croissance sans précédent. « Je n’ai jamais eu un si gros chiffre d’affaires. Depuis le printemps passé, on a augmenté de près de 30 %, surtout le sirop », affirme la copropriétaire de la Ferme Martinette, à Coaticook, en Estrie. Elle note aussi une hausse majeure cette année des ventes pour Noël de coffrets cadeaux, lesquels comprennent du sirop et différents produits transformés. 

Le marché de la France est en baisse, nuance-t-elle, spécifiant que la hausse des frais de transport, l’augmentation des prix des distributeurs et le portefeuille moins garni des consommateurs expliqueraient la situation. 

Lisa Nadeau poursuit le développement de ses produits transformés. Elle a lancé des sachets de thé et tisane intégrant des granules d’érable. « On met aussi en marché des granolas à l’érable. On va essayer ça », dit la femme d’affaires, qui exporte dans plusieurs pays.

Les emballages cadeaux, notamment de produits de l’érable transformés, ont connu plus de succès qu’à l’habitude à la fin 2022. Photo : Ferme Martinette

Les emballages cadeaux, notamment de produits de l’érable transformés, ont connu plus de succès qu’à l’habitude à la fin 2022. Photo : Ferme Martinette


Les grands moyens pour loger ses TET

Un producteur de fraises de Portneuf, Israël Faucher, a logé cet été la moitié de ses 110 travailleurs étrangers temporaires (TET) dans une grande résidence pour aînés qu’il louait avec option d’achat. Comme il l’avait expliqué à La Terre dans un dossier publié le 20 avril, il a mis la main sur cet établissement spacieux et clé en main, car celui-ci nécessitera peu de modifications lorsque le gouvernement fédéral resserrera les normes de logements pour les TET. Huit mois plus tard, le producteur continue de penser que cette stratégie est avantageuse, dans son cas, bien qu’elle soit onéreuse dans un contexte de coûts de production et de taux d’intérêt qui grimpent. 

D’ailleurs, l’achat n’était toujours pas finalisé le 19 décembre, en partie en raison des taux d’intérêt élevés que le producteur espérait voir redescendre. « Il faut penser à long terme. J’ai trois garçons qui reprennent l’entreprise; on ne peut pas arrêter d’investir. Si je n’ai pas de travailleurs étrangers, je ne peux pas avoir de production de fraises », affirme le producteur, qui mentionne toutefois que les temps sont durs du point de vue de la rentabilité des fermes. « Les taux d’intérêt montent plus vite que le prix de nos produits. Cette année, les rendements et la qualité des fraises, ça a été très bon, mais au niveau de la rentabilité, non », admet celui dont l’année 2022 a été moins profitable que la précédente, mais qui assure malgré tout s’en tirer grâce à la diversification.

Israël Faucher en était encore à finaliser l’achat, le 19 décembre, d’une grande résidence pour aînés où 56 travailleurs étrangers temporaires ont été logés cet été. Photo : Gracieuseté de la Fraisière Faucher

Israël Faucher en était encore à finaliser l’achat, le 19 décembre, d’une grande résidence pour aînés où 56 travailleurs étrangers temporaires ont été logés cet été. Photo : Gracieuseté de la Fraisière Faucher


Lente adhésion à la nouvelle réglementation en zone inondable

Peu de déclarations de conformité au nouveau Régime transitoire de gestion des zones inondables, des rives et du littoral ont été soumises dans les régions de la Montérégie, de Lanaudière, des Laurentides et du Centre-du-Québec cet été par la firme de
service-conseil Logiag à Châteauguay, en Montérégie, en raison d’une plateforme gouvernementale complexe. Le logiciel mis sur pied par cette firme est utilisé notamment par les agronomes de clubs-conseils partenaires pour rédiger la déclaration de conformité.

Rappelons que bien que le nouveau régime interdise la culture dans un cours d’eau ou sur une bande de trois mètres de celui-ci, les producteurs qui remplissent trois conditions peuvent cultiver une superficie en littoral après avoir déposé une déclaration de conformité. Ils doivent prouver que les superficies visées ont été cultivées au moins une fois entre 2016 et 2021, créer une bande végétalisée constituée de végétaux vivaces à cinq mètres du cours d’eau et ne pas avoir déboisé la superficie.

Or, les déclarations de conformité ne peuvent être soumises qu’à travers la plateforme gouvernementale cliqSÉQUR. « Malheureusement, on n’a pas eu beaucoup de déclarations soumises parce que ça doit être soumis via cliqSÉQUR et c’est assez complexe pour les producteurs de s’inscrire à ça, surtout ceux plus âgés qui n’ont pas de courriel », explique l’agronome responsable du dossier chez Logiag, Julianne Audette. Cette dernière a même effectué des démarches auprès du ministère de l’Environnement afin de remplir le document en ligne à la place du client après que ce dernier ait signé une procuration, mais la demande a été refusée. « Plusieurs clients ont un dossier cliqSÉQUR express, mais là, il faut un cliqSÉQUR complet et ensuite, il faut s’inscrire au cliqSÉQUR du ministère de l’Environnement, alors c’est sûr que c’est un long processus et que pendant l’été, tout le monde est occupé. Mais sur le terrain, se conformer à la réglementation, ça se passe bien », précise cette dernière.

Les producteurs récalcitrants devront toutefois se conformer à la saison 2023, puisque sans la déclaration de conformité, les agronomes ne pourront inclure la superficie en zone inondable dans le plan agroenvironnemental de fertilisation de la ferme.


Sanimax continuera de ramasser les carcasses

Sanimax continuera finalement de ramasser les carcasses d’animaux euthanasiés par de puissants narcotiques appelés barbituriques. L’entreprise avait annoncé à l’industrie son intention de cesser de le faire à compter du 23 janvier 2023, en raison de traces de médicaments nuisant à la revalorisation de la matière première. Or, en demandant à l’entreprise de confirmer la date, l’Association des médecins vétérinaires praticiens du Québec (AMVPQ) s’est fait répondre que le statu quo allait être maintenu jusqu’à nouvel ordre. Sanimax a confirmé l’information à La Terre et a mentionné que le changement de cap émanait d’une précision de l’Agence canadienne d’inspection des aliments.

Selon le président de l’AMVPQ, Jean-Yves Perreault, ce changement de cap serait également dû aux délais de mise en place de solutions de rechange aux barbituriques pour les vétérinaires et les producteurs agricoles.
« Est-ce que la [levée de la] mesure sera temporaire, je crois que oui, parce que ça s’en va dans cette mouvance-là », dit-il. Il précise que la nouvelle ne change pas la position de son association ou du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) quant à l’établissement de formations et d’encadrement des vétérinaires aux autres solutions.

Le vétérinaire responsable du réseau bovin au MAPAQ, Luc Bergeron, souligne qu’un webinaire de formation aux méthodes alternatives d’euthanasie pour les vétérinaires praticiens sera annoncé prochainement. Par la suite, les vétérinaires dispenseront à leur tour une formation dans chaque ferme, entièrement subventionnée par le Programme intégré en santé animale du Québec (PISAQ) du MAPAQ. La campagne PISAQ sur l’euthanasie des bovins sera lancée en février 2023.

La récupération de carcasses d’animaux euthanasiés par des barbituriques se poursuivra finalement. Photo : Shutterstock

La récupération de carcasses d’animaux euthanasiés par des barbituriques se poursuivra finalement. Photo : Shutterstock


Engouement pour un site Web de vente de lisier

Des services seront ajoutés sur la plateforme en janvier 2023, dont les services de transport de fumier. Photo : Agri-Géo

La hausse fulgurante des prix des fertilisants minéraux, attisée par le contexte géopolitique, a amené des producteurs porcins de Chaudière-Appalaches à réévaluer la valeur du lisier de porcs que la majorité donnait ou vendait à très peu de frais depuis de nombreuses années.  Lors de la publication d’un dossier sur la question en mai, ils avaient consulté une agroéconomiste pour les aider à établir un prix en se référant à la valeur fertilisante du produit. Pour ne pas heurter les producteurs-receveurs habitués d’obtenir cette matière gratuitement, ils ont convenu d’un prix de départ à 3 $ la tonne, soit bien en deçà de la valeur fertilisante réelle du produit par rapport au marché, reconnaissaient-ils.

Le site Web que le groupe souhaitait créer pour faciliter la gestion des prix du lisier a toutefois suscité un intérêt plus grand que prévu. Une dizaine de gros joueurs de l’industrie porcine, dont les Aliments duBreton, Alfred Couture, Agri-Marché et La Coop Avantis se sont associés au projet pour qu’il soit ouvert à tous les types de fumiers et accessible à tous les producteurs de la province. En novembre, la plateforme de vente géolocalisée Agri-Géo (agri-geo.ca) a été lancée.

Le concepteur du site, Jean-Sébastien Drapeau, propriétaire de la compagnie informatique agricole JSD, indique que depuis, le nombre de membres ne cesse de croître, puisque le site répond à un besoin qui n’avait jusqu’ici pas été comblé, estime-t-il. Des services seront d’ailleurs ajoutés aux informations disponibles sur la plateforme en janvier 2023, dont les services de transport de fumier, alors que le site sera traduit en espagnol et en anglais, notamment parce que des producteurs d’ailleurs au Canada ont manifesté le désir de s’y joindre, révèle M. Drapeau.

Des services seront ajoutés sur la plateforme en janvier 2023, dont les services de transport de fumier. Photo : Agri-Géo

Des services seront ajoutés sur la plateforme en janvier 2023, dont les services de transport de fumier. Photo : Agri-Géo


Des genoux neufs dans les fraises

Au début de la saison des fraises, La Terre s’est entretenue avec deux frères de 79 et 73 ans, Jaques et Yvon Poirier, producteurs maraîchers sur une terre reprise de leur grand-père à Sainte-Martine, en Montérégie. Les deux complices se préparaient à vivre une nouvelle saison de fraises, une production qui est devenue leur « préférée » avec les années. Ils confiaient ne pas avoir l’intention de s’arrêter malgré leur âge même s’ils ont dû se résoudre à diminuer la superficie de champs cultivés.

Leur saison 2022 ne les a certes pas découragés, puisqu’ils en tirent un bilan positif. « Ça n’a pas été la meilleure saison, mais ç’a été correct. Par contre, on a eu des prix exceptionnels. Des prix de même, je n’ai jamais vu ça. Ça nous a permis de compenser pour les pertes qu’on a eues parce qu’on avait de nouvelles variétés de plants qui n’ont pas tous bien survécu », rapporte Yvon Poirier, qui vient d’ailleurs de se faire opérer aux genoux. « J’ai des genoux tout neufs qui me permettront de courir dans les champs la saison prochaine », lance-t-il. « Je ne veux pas arrêter sec de même, surtout quand on a encore la passion », dit-il. Son frère Jacques, qui a récemment eu 80 ans, n’est pas non plus prêt pour la retraite, estime son frère. « Lui, c’est le vrai cultivateur comme dans le temps. Il est dans les champs à 5 h du matin! »

Yvon et Jacques Poirier estiment que les excellents prix obtenus pour leurs fraises ont compensé pour les pertes subies. Photo : Patricia Blackburn/Archives TCN

Yvon et Jacques Poirier estiment que les excellents prix obtenus pour leurs fraises ont compensé pour les pertes subies. Photo : Patricia Blackburn/Archives TCN


Après quelques embûches, il parvient à démarrer sa ferme

Après l’obtention de son quota au printemps par l’entremise du Programme d’aide au démarrage d’entreprises laitières, qui a été bonifié en 2022, Alexandre Martin a officiellement commencé la production le 4 novembre, à Victoriaville dans le Centre-du-Québec.

Ce dernier fait partie des 11 candidats admis à la nouvelle mouture du programme, qui confère maintenant aux entrepreneurs une plus grande quantité de quotas prêtés et achetés pour commencer la production. Un reportage sur le sujet avait fait la page couverture de l’édition du 27 juillet. M. Martin savait alors qu’il aurait son quota, mais attendait encore l’approbation de son financement. 

« Finalement, ç’a marché! Les vaches sont rentrées le 4 novembre », a-t-il confirmé en entrevue cinq mois plus tard.

Il raconte toutefois que le magasinage de son troupeau s’est avéré plus complexe que prévu, puisque les vaches, cet automne, se faisaient rares et chères. « Avec toutes les journées supplémentaires et les émissions de quota, le monde s’arrache les vaches pour pouvoir augmenter la production. Deux mois avant, j’aurais payé 800 $ de moins la vache », affirme-t-il.

Après l’approbation de son financement, un autre défi s’est placé sur son chemin, soit celui de ficeler rapidement, avant l’hiver, les derniers détails entourant le contrat de location d’étable. « Je ne voulais pas attendre à décembre, parce qu’un plancher de béton dans une étable sans animaux [quand il fait froid], ça finit par geler. Il aurait fallu mettre du chauffage et ça aurait représenté des coûts », exprime celui qui a finalement, malgré les défis, réussi son démarrage, et qui parvient jusqu’ici à faire son quota de 40 kg de matière grasse par jour.

Après avoir obtenu son quota de démarrage au printemps et son financement en juillet, Alexandre Martin a finalement réussi à démarrer sa ferme laitière, en novembre. Photo : Gracieuseté d’Alexandre Martin

Après avoir obtenu son quota de démarrage au printemps et son financement en juillet, Alexandre Martin a finalement réussi à démarrer sa ferme laitière, en novembre. Photo : Gracieuseté d’Alexandre Martin


Jusqu’à un an d’attente supplémentaire pour la résidence permanente

Les travailleurs étrangers mexicains Felipe Oporto Peña, de la Ferme Onésime Pouliot à l’île d’Orléans, et Valentine Alfonso Galaviz Ramirez, de la Ferme Potager Mont-Rouge Halte Gourmande en Montérégie, devront finalement attendre 2023 pour obtenir leur résidence permanente. Ces deux travailleurs, qui ont déposé leur demande d’immigration permanente au Québec en 2021 pour leur famille, après respectivement 17 et 9 saisons chez leur employeur, estimaient être près du but en septembre, mais aucun d’eux n’a encore reçu de confirmation du gouvernement.

« J’ai parlé aux avocats chez Phoenix [spécialisés dans l’immigration d’employés] et ça peut prendre jusqu’à deux ans, alors on est encore dans les délais, explique la patronne de Valentine, Marielle Farley. On devrait avoir une réponse en 2023. On attend, mais c’est long. Ce n’est vraiment pas facile comme processus. Il faut vraiment le vouloir et y croire. »

Au moment de l’entrevue en septembre, son employé n’avait pas reçu une confirmation d’obtention de la résidence comme il s’y attendait, mais plutôt une demande du gouvernement de refaire faire un examen médical à tous les membres de la famille, de fournir des données biométriques pour son fils de 15 ans et de fournir un nouveau certificat de police mexicain prouvant qu’il n’a pas de casier judiciaire. L’examen médical à lui seul a finalement coûté 1 000 $ de plus que les 15 à 20 000 $ déjà investis dans la démarche jusqu’à maintenant, en plus des coûts engendrés par le renouvellement des permis de travail et d’étude de toute la famille qui arriveront à échéance prochainement.

La copropriétaire du Potager Mont-Rouge, Marielle Farley, estime que les délais d’attente pour obtenir la résidence permanente de son employé mexicain Valentine sont très longs. Photo : Gracieuseté de Marielle Farley

La copropriétaire du Potager Mont-Rouge, Marielle Farley, estime que les délais d’attente pour obtenir la résidence permanente de son employé mexicain Valentine sont très longs. Photo : Gracieuseté de Marielle Farley