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Un étudiant a proposé un concept pour les chats. Des jardinières à leur hauteur qu’ils pourront grignoter à souhait. Photo : Shutterstock

Un étudiant a proposé un concept pour les chats. Des jardinières à leur hauteur qu’ils pourront grignoter à souhait. Photo : Shutterstock

L’innovation par la relève

Selon le manuel d’Oslo, on considère qu’une innovation est apportée lorsqu’un produit nouveau ou amélioré est mis sur le marché. Un concept qui paraît simple de prime abord, mais la réalité est tout autre. Le développement de produits n’est pas facile, d’où l’importance de la relève.

Dans la chaîne d’innovation et de développement de produits, la première étape est de trouver l’idée innovante. Par la suite, elle doit se développer en un concept plus clair, passer le filtre de la viabilité économique, se transformer en prototype, faire un essai sur un marché test et être commercialisée à grande échelle. Le tout avec une saine gestion du risque.

Développer une idée novatrice demande du temps de réflexion, un espace d’échanges et d’accueil avec le droit à l’erreur. L’exercice d’innovation nécessite souvent de penser en dehors de la boîte, « thinking outside the box », afin de voir autrement. L’exemple le plus populaire pour illustrer cette façon de penser se rapporte à la résolution du problème des neuf points. Un problème doit être résolu en joignant tous les points à l’aide de quatre lignes droites ou moins sans lever le crayon ou passer deux fois sur la même ligne. Or, pour arriver à le résoudre, il faut aller au-delà de la boîte créée implicitement par les points. En lien avec cette analogie, penser autrement est plus facile à faire pour la relève, car elle est moins ancrée dans les paradigmes de l’expérience.

Cette année, pour les 16 étudiants qui ont choisi le cours Cultures ornementales spécialisées, un travail intégrateur de développement de produits leur a été proposé. Ce dernier avait toutefois une contrainte, celle d’utiliser les espaces de production (serres, tunnels, planches de cultures extérieures) sous-utilisés par nos entreprises d’horticulture ornementale, environnementale et nourricière (HOEN). 

Dans les formations collégiales techniques, notre rôle est de transmettre à la relève les connaissances théoriques et pratiques nécessaires à la compréhension de leur domaine de spécialité. En fin de parcours, nos objectifs intégrateurs sont de mettre la table pour le développement de compétences, un mélange de savoir, de savoir-faire et de savoir-être, permettant aux étudiants d’intégrer le marché du travail.

Dans l’exercice donné aux étudiants, de nombreuses idées ont émergé. Plusieurs sont attirés vers des produits comestibles (pots de gingembre, de camomille pour tisane, arrangements de succulents comestibles, bol de laitues colorées, etc.). Est-ce que l’industrie de l’HOEN produit suffisamment de produits comestibles hors de la période printanière? Une question pertinente à se poser. D’autres étudiants ont proposé d’exploiter la biophilie, avec des plantes exotiques à promouvoir dès l’arrivée des jours gris d’automne. Le faisons-nous efficacement? Une étudiante a proposé de travailler les Anemone hupehensis pour les offrir en fleurs à l’automne, en même temps que les chrysanthèmes, une magnifique idée qui me fait poser la question suivante : est-ce que le marché d’automne est bien exploité? Une autre étudiante propose des Stapelia pour l’Halloween, parce que ses fleurs puent. Une autre championne de cette catégorie étrange serait également l’Amorphophallus. N’y aurait-il pas un nouveau concept de plantes étranges à développer pour le marché de l’Halloween?

Pour Noël, les idées proposées sont de vrais petits sapins en pot (j’ai vu des épinettes « maigrichonnes » à très fort prix chez des fleuristes), des pots d’eucalyptus et des sapins de romarin en pot rouge. Pourrions-nous offrir une plus grande diversité de produits dans l’offre pour cette fête?

Allons ailleurs, un étudiant a proposé un concept pour les chats. Des jardinières à leur hauteur qu’ils pourront grignoter à souhait. Une idée folle? Dans son analyse sectorielle sur les tendances des aliments pour animaux de compagnie au Canada, Agriculture et Agroalimentaire Canada prévoit que les ventes au détail de ces aliments se chiffreront à 5,3 G$ CA en 2025. La nourriture pour chat est la deuxième catégorie en importance parmi les aliments pour animaux. D’ailleurs, dans une étude effectuée en 2016 pour le magazine Québec Vert, la firme Marcon avait bien relevé la tendance montante du
« petscaping ». Est-ce que nous exploitons ce potentiel de marché?

En innovation, un regard neuf est nécessaire afin de sortir des sentiers battus. La relève, jeune et moins jeune, fait assurément partie des éléments clés pour le développement du secteur de l’HOEN. Un domaine qui, par la recherche et l’innovation, sera de plus en plus important dans le développement durable de notre société. 

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Claude Vallée, agr., M. Sc.

Conseiller en développement d’affaires et formation continue – Agriculture durable et urbaine, professeur à l’ITAQ, campus
de Saint-Hyacinthe