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S'abonner maintenantALMA — Des gourganes pourraient bientôt être utilisées pour réduire la production de gaz à effet de serre (GES) dans l’alimentation des vaches. Mais il faudra avant tout déterminer quelle quantité est nécessaire pour diminuer les GES sans nuire à la production de lait.
L’agriculture est responsable de l’émission de 75 mégatonnes d’équivalent CO2 au Canada, soit près de 10 % des émissions nationales. De ce nombre, qui exclut l’utilisation de la machinerie, le tiers proviendrait des ruminants.
En production laitière, ce n’est pas le CO2 qui est à l’origine des GES. C’est plutôt le méthane et le protoxyde d’azote. Le méthane est un gaz 21 fois plus puissant que le CO2; il provient de la rumination des vaches et du lisier entreposé.
Quant au protoxyde d’azote, un gaz 310 fois plus puissant que le CO2, il est émis lorsque l’on épand du fumier ou des fertilisants. « La production de méthane est un gaspillage d’énergie pour l’animal. Plus on produit du lait, moins on produit du méthane », explique Stéphanie Claveau, biologiste et chargée de projet, lors d’une journée de présentation des projets du centre de recherche et d’innovation en agriculture Agrinova. Pour réduire la production de GES, c’est donc à l’alimentation des vaches qu’il faut s’intéresser, souligne la biologiste.
Plusieurs études ont démontré que les tannins, des composés secondaires présents dans plusieurs plantes, avaient le potentiel de diminuer les émissions de GES. Par exemple, une ration de 326 g/vache/j de tannins concentrés avait permis de réduire de 29 % la quantité de méthane émis lors de la rumination, mais la production des vaches avait aussi chuté de 3,8 kg/vache/j. Lors d’une autre étude où l’on avait donné 163 g/vache/j de tannins, on avait également enregistré une baisse des émissionsde méthane de 14 % et une diminution de production de 1,2 kg/vache/j. Restait donc à déterminer quelle quantité de tannins on peut donner à une vache pour réduire les émissions sans affecter la production.
Pour trouver une solution locale et développer la filière d’une légumineuse méconnue, c’est la gourgane qui a été utilisée lors du projet de recherche réalisé en collaboration avec un groupe d’innovation en production laitière à Saguenay.
Ce projet comportait trois phases : quantifier les GES émis à la ferme lors de l’entreposage des fumiers, calculer les émissions aux champs et mesurer les émissions ruminales en laboratoire. Dans un premier temps, un maximum de 4 kg/j de gourganes a été donné aux vaches dans quatre fermes, pour un total de 30 g/j de tannins.
Pour la première phase, les tests ont indiqué que la gourgane est un aliment intéressant en production laitière, car celle-ci a été maintenue, et les taux de gras, de protéines et d’urée ont été similaires à ceux de la production habituelle. Toutefois, l’étude n’a pas démontré une baisse de la production de GES.
« On pense que 30 g ne sont pas suffisants pour faire une différence significative. On aimerait trouver des variétés qui contiennent plus de tannins, pour faire passer leur ratio dans la gourgane de 0,7 % à 2,5 %. On pense aussi mélanger la gourgane avec du lin », note la chercheuse. L’analyse des émissions aux champs est en cours et celle des émissions en laboratoire commencera en 2016.
Guillaume Roy
