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S'abonner maintenantLe gouvernement du Québec publie officiellement un projet de modification réglementaire qui interdit l’utilisation de l’atrazine, du chlorpyrifos et de trois néonicotinoïdes (la clothianidine, l’imidaclopride et le thiaméthoxame), sauf si leur usage est justifié au préalable par un agronome.
Le règlement oblige aussi les producteurs agricoles à tenir un registre sur l’utilisation des pesticides et à respecter les distances d’éloignement lors de la mise en terre de semences enrobées de néonicotinoïdes. Un autre projet de modification réglementaire oblige notamment les détaillants de pesticides à déclarer annuellement les ventes de produits visés par une justification agronomique.
45 jours pour commenter
La population a 45 jours, donc jusqu’au 1er septembre, pour émettre des commentaires sur ces projets. À la suite de la consultation publique, les règlements pourraient être adoptés tels quels ou modifiés. Le ministère prévoit que les modifications entreront en vigueur dès la saison 2018. L’application de certaines mesures s’effectuera progressivement sur deux ans.
Ce n’est qu’un début
Le gouvernement québécois désire empêcher l’utilisation systématique des néonicotinoïdes afin de réduire les risques qu’ils présentent pour l’environnement et les pollinisateurs. Les nouvelles contraintes ne sont qu’une première étape dans la mise en œuvre de la Stratégie québécoise sur les pesticides 2015-2018 annoncée en novembre 2015, puisque Québec évoque déjà une deuxième phase de modification réglementaire. Elle visera à améliorer le respect de la Loi sur les pesticides et interdira les insecticides de la famille des pyréthrinoïdes.
Rappelons que le gouvernement est en retard de plus d’un an sur son échéancier initial. Ce projet de modification réglementaire devait être déposé dès l’hiver 2016.
Les agronomes se disent prêts

Le gouvernement mise sur les agronomes pour restreindre l’utilisation de certains pesticides, et l’Ordre des agronomes affirme que ses membres sont prêts à relever ce défi. Le président des Producteurs de grains du Québec, Christian Overbeek, doute cependant que les outils de référence qu’utiliseront les agronomes soient complétés et éprouvés. Le président de l’Ordre, Michel Duval, soutient que « l’arbre décisionnel [permettant de justifier l’utilisation des pesticides ciblés] est une aide à la décision ». Il ajoute : « Nos agronomes feront leurs recommandations en se basant sur leur compétence et sur leur expérience au champ. »L’Ordre mentionne que dans l’éventualité où le ministère de l’Environnement exprimerait des doutes sur la recommandation d’un agronome, il devra le signaler à l’Ordre, qui mènera son enquête auprès de l’agronome visé. L’Ordre vient par ailleurs d’embaucher un inspecteur afin d’évaluer le travail de ses membres.
Contrairement à ce que plusieurs anticipent, la facture ne sera pas refilée aux agriculteurs, croit Michel Duval.
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Ce qu’ils ont dit… « Je suis déçu et choqué. Le gouvernement met en place une réglementation, mais même après plus de 14 mois de retard, il ne présente aucun document évaluant l’impact de cette réglementation sur la productivité et la profitabilité des entreprises ni sur la qualité des récoltes. – Christian Overbeek, président des Producteurs de grains du Québec
– Thibault Rehn, coordonnateur de Vigilance OGM
– Alain Lavallée, producteur de grains de la Montérégie |
D’aucune façon il ne nous a consultés et personne ne sait s’il y aura assez d’effectifs sur le terrain pour permettre d’appliquer cette réglementation. […] Le gouvernement offre une aide de 2 M$ pour 2018 [et 3 M$ annuellement pour les quatre années suivantes]. On cultive 1 million d’hectares. Ça fait 2 $ ou 3 $ l’hectare par année… Est-ce avec ça qu’on va compétitionner les producteurs des autres pays qui ne sont pas soumis à une telle réglementation? »
« Le plan du gouvernement de vouloir diminuer les risques associés à l’utilisation des pesticides est malheureusement voué à l’échec. Aucun objectif de réduction n’est fixé et aucune restriction ne concerne les glyphosates, le pesticide le plus vendu au Québec et classé comme le 4e agent actif le plus dommageable pour la santé au Québec. […] La santé financière des fermes est fragile. Ce n’est cependant pas aux agriculteurs de payer de leur poche les efforts qu’ils font pour améliorer l’environnement et la santé des concitoyens. »
« On a augmenté de 20 % nos rendements. Si on nous enlève des outils, il faudra plus de superficies en culture pour nourrir la planète. Cela entraînera plus de déforestation et de pollution diffuse. Alors, il est où, le gain environnemental? Et les pesticides de remplacement, seront-ils vraiment moins toxiques? Je crois qu’il faudrait évaluer la situation dans son ensemble. D’ailleurs, si le gouvernement favorisait plutôt une stratégie visant à diminuer l’érosion de nos terres, il y aurait moins de particules envoyées dans les rivières. Mais pour les politiciens, c’est moins vendeur; ils préfèrent focuser sur les pesticides… »