Prévention 4 septembre 2025

Fosses à purin : une coroner suggère davantage de sensibilisation

La coroner Nancy Bouchard presse l’Union des producteurs agricoles d’intensifier sa sensibilisation sur les dangers des fosses à purin dans les fermes d’élevage et sur la nécessité de porter un appareil de protection respiratoire avant d’y effectuer quelque travaux que ce soit.

Deux rapports de la coroner, rendus publics le 2 septembre, font suite à son enquête sur les décès d’Éric Jutras, 44 ans, et de sa conjointe, Caroline Robidoux, 40 ans, survenus à leur ferme d’élevage de veaux de grain à Sainte-Christine, municipalité située en Montérégie.

Le 4 octobre 2024, M. Robidoux était descendu dans la fosse à purin, probablement pour y faire une réparation puisqu’il avait des outils. Sa conjointe, inquiète de ne pas avoir de ses nouvelles, l’a trouvé inanimé face contre terre dans la fosse. Elle a voulu lui porter secours, mais en remontant l’échelle à la demande de son frère venu l’assister, elle a perdu conscience dans l’échelle et est tombée à la renverse sur le corps de son conjoint. Le décès d’Éric Jutras avait été constaté sur place, mais Caroline Robidoux, toujours vivante et hospitalisée, est morte 18 jours plus tard. Éric Jutras, écrit la coroner, « a toujours travaillé [dans] une ferme, donc il avait beaucoup d’expérience à ce niveau et il savait qu’il ne devait pas descendre sans équipement dans la fosse. Toutefois, toujours d’après ses proches, il était un peu téméraire et il a probablement voulu faire un coup vite. »

« Chaque année, les gaz émanant des structures d’entreposage de lisier font des victimes et la majorité d’entre elles décèdent avant l’arrivée des secours », écrit la coroner Bouchard dans son rapport. « M. Jutras est décédé d’une asphyxie secondaire à une exposition au sulfure d’hydrogène alors qu’il se trouvait dans une préfosse à purin », conclut-elle, tirant la même conclusion au sujet de Caroline Robidoux.

 Plusieurs fermes d’élevage gèrent les déjections animales sous forme de lisier. Ce mode de gestion implique des systèmes comportant des espaces clos comme des préfosses. Ces espaces peuvent contenir des gaz asphyxiants, toxiques et inflammables. Ces gaz sont produits lors de la décomposition du lisier.

Nancy Bouchard

Les plus dangereux, dit-elle, sont l’hydrogène sulfuré (H2S), le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4) et l’ammoniac (NH3). « Souvent combinés à une absence d’oxygène, ces gaz peuvent provoquer l’évanouissement en quelques secondes et la mort en quelques minutes », avertit-elle. 

Elle ajoute que « lorsque le lisier est brassé ou mis en mouvement, ces gaz s’échappent brusquement et peuvent remplir tout l’intérieur d’un espace clos en chassant l’oxygène. C’est ce qu’on appelle le dégazage du lisier. C’est un phénomène extrêmement dangereux, car il se produit très rapidement. Sans le port d’un appareil de protection respiratoire isolant, un travailleur surpris par un dégazage dans un espace clos perdra conscience avant d’avoir pu évacuer. »

L’UPA prête à faire plus

Le comité santé et sécurité de l’Union des producteurs agricoles (UPA) dit travailler sur l’ébauche de solutions aux recommandations qui lui ont été formulées par la coroner dans le rapport sur le décès d’un couple d’agriculteurs tombés dans une fosse à purin, en octobre 2024.

L’organisation mentionne vouloir, par exemple, créer une meilleure synergie avec des organisations comme la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail ou encore avec les groupes de productions spécialisées, comme les Éleveurs de porcs du Québec, pour communiquer plus efficacement les messages de prévention.

Elle a également entamé des démarches auprès des entreprises d’équipement agricole afin que les fosses ou les silos soient dotés de systèmes de ventilation ou de consignes de sécurité plus visibles. « On en fait déjà, de la sensibilisation, mais on est toujours prêts à en faire plus et on va essayer d’être meilleurs », a mentionné Denis Roy, responsable du dossier de la main-d’œuvre à l’UPA.

Il rappelle que le message qui est véhiculé depuis plusieurs années par son organisation est de ne pas aller dans la préfosse. « Il y a moyen, avec des tuyaux flexibles installés sur un treuil, de sortir l’équipement pour faire la réparation de la pompe sans avoir à y descendre », précise-t-il.

-Patricia Blackburn, La Terre de chez nous


Nouvelles de © La Presse Canadienne, 2026. Tous droits réservés. Ce matériel ne peut pas être publié, diffusé, réécrit ou redistribué.

Elle ajoute que « lorsque le lisier est brassé ou mis en mouvement, ces gaz s’échappent brusquement et peuvent remplir tout l’intérieur d’un espace clos en chassant l’oxygène. C’est ce qu’on appelle le dégazage du lisier. C’est un phénomène extrêmement dangereux, car il se produit très rapidement. Sans le port d’un appareil de protection respiratoire isolant, un travailleur surpris par un dégazage dans un espace clos perdra conscience avant d’avoir pu évacuer. »