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Les chefs des différents partis politiques fédéraux ont prix la parole sur des sujets agricoles, à l'invitation de l'UPA.

Les chefs des différents partis politiques fédéraux ont prix la parole sur des sujets agricoles, à l'invitation de l'UPA.

Les partis politiques prennent l’agriculture au sérieux

La pandémie a rendu l’agriculture plus importante et les politiciens l’ont compris. Lors de rencontres organisées par l’Union des producteurs agricoles (UPA), le 1er et le 3 septembre, le Parti conservateur, le Parti vert et le Bloc Québécois ont même sorti l’artillerie lourde en envoyant leur chef s’adresser aux dirigeants de l’UPA. Voici ce qui s’est dit.


Parti vert : La chef Annamie Paul a souligné sa volonté d’assurer l’autonomie alimentaire du pays, notamment en retournant au moins un tiers de la production agricole locale aux Canadiens. Elle veut une agriculture basée sur des principes écologiques et de bien-être animal et offrir aux agriculteurs les moyens d’y arriver. Elle plaide pour une agriculture plus verte, sans toutefois tomber dans les extrêmes. La cheffe spécifie qu’il faut prendre une approche qui n’ajoutera pas de difficulté aux entreprises. Questionnée sur l’utilisation des tracteurs de fermes, qui fonctionnent majoritairement avec des carburants fossiles, Mme Paul a dit que son parti ne voulait justement pas s’acharner sur des situations où il n’existe pas d’alternatives et plutôt investir pour trouver des solutions.


Parti conservateur : Visiblement bien préparé, le chef Erin O’Toole a dit d’entrée de jeu qu’un secteur agricole solide est une priorité pour son parti, la pandémie ayant servi une bonne leçon au Canada concernant l’autonomie alimentaire. Il veut à ce sujet lancer un centre de recherche à Saint-Hyacinthe consacré spécifiquement à accroître l’autonomie alimentaire. Au sujet de la gestion de l’offre, M. O’Toole a affirmé clairement que les producteurs et transformateurs ont assez donné. « C’est terminé les concessions », a-t-il insisté. Il a indiqué que les libéraux et le Bloc parlaient beaucoup des compensations, mais agissaient peu, alors que lui promet, dans les 100 premiers jours de son mandat, de finaliser les compensations associées au dernier accord sur l’Accord Canada–États-Unis–Mexique. Il assure qu’il aura plus de crédibilité comme premier ministre face aux États-Unis et pense même être capable de renégocier certains paramètres du dernier accord, notamment sur les exportations de poudre de lait. Erin O’Toole veut aussi réduire le fardeau administratif associé à l’embauche de travailleurs étrangers et favoriser la résidence permanente de certains travailleurs.


Nouveau Parti démocratique : La candidate Ruth Ellen Brosseau, ancienne porte-parole en matière d’agriculture, était en direct de sa ferme située dans la circonscription de Berthier—Maskinongé. Elle a souligné que son implication dans le milieu agricole lui a permis de connaître encore davantage la réalité des agriculteurs, à commencer par le besoin d’obtenir une connexion Internet à haut débit, elle qui était parfois entrecoupée par son faible signal lors de sa visioconférence. Mme Brosseau a affirmé que malgré les rapports et recommandations connus du gouvernement fédéral, les libéraux n’avaient pas amélioré les programmes de gestion des risques et les programme pour les travailleurs étrangers, ce à quoi elle veut remédier. Elle a parlé en faveur d’un projet de loi pour faire cesser les concessions sur la gestion de l’offre advenant d’autres traités commerciaux internationaux. La réciprocité des normes l’intéresse aussi. « Ça n’a pas d’allure que nos normes soient sévères, mais ce qu’on laisse rentrer ici n’en tient pas compte », a-t-elle martelé.


Bloc Québécois : Le chef du parti, Yves-François Blanchet, est passé directement aux bureaux de l’UPA à Longueuil pour parler aux agriculteurs. Il a affirmé qu’il ne veut plus de concessions pour la gestion de l’offre, s’appuyant sur le projet de loi C-216 que son parti a déposé à cet effet. Le déclenchement des élections prématurées a sabordé l’adoption de ce projet de loi, a-t-il déploré, indiquant qu’il n’hésitera pas à le bonifier et à lui donner plus de dents lors d’un prochain mandat. Le chef a aussi parlé de réciprocité des normes, soulignant que les normes et règles moins sévères chez nos voisins nuisent à la compétitivité des entreprises d’ici. M. Blanchet veut régler l’enjeu de la main-d’œuvre en allégeant le processus d’embauche et en augmentant la durée des permis de travail des travailleurs étrangers notamment. Il a dit qu’il demanderait de limiter ou d’éliminer le processus mis en place par les conservateurs, qui nécessite de prouver que la venue d’un travailleur étranger n’enlève pas un emploi à un « bon canadien ».


Parti libéral : Marie-Claude Bibeau, première femme ministre de l’Agriculture de l’histoire du Canada, a commencé son allocution en disant : « Vous me connaissez, pas de bullshit, pas de promesse en l’air. » Elle a poursuivi en spécifiant que son parti avait promis de protéger la gestion de l’offre. « Et on l’a fait. La COVID a retardé les compensations », a-t-elle ajouté. Ces deux phrases ont surpris sachant que le dernier accord commercial signé par les libéraux avec les États-Unis et le Mexique a créé une autre brèche considérable dans la gestion de l’offre. Mme Bibeau a toutefois promis de verser les compensations restantes d’ici un an. Elle veut un meilleur filet de sécurité pour les producteurs en lien avec la refonte prochaine des programmes de gestion de risque. Elle veut investir dans l’agroenvironnement en triplant l’enveloppe de recherche et veut augmenter les incitatifs financiers aidant les producteurs à acquérir les technologies plus propres. Elle qui travaillait avant le déclenchement des élections à une réforme des programmes encadrant les travailleurs étrangers désire augmenter leur mobilité et faciliter la résidence permanente. La pomicultrice Stéphanie Levasseur a demandé à Mme Bibeau pourquoi son parti avait promis qu’il allait compenser les frais des entreprises associés à la quarantaine des travailleurs étrangers, alors qu’en réalité ces compensations ont été complètement coupées le 1er septembre dernier. Mme Bibeau a répondu que ce programme faisait partie des mesures d’urgence et considérant que le secteur agricole a connu une excellente année, il était maintenant capable d’assumer les frais.

Marcel Groleau satisfait

Le président de l’UPA, Marcel Groleau, qui a animé les rencontres avec chaque représentant de partis, s’est réjoui de l’importance accordée par les politiciens fédéraux à l’agriculture québécoise. La présence de trois chefs à l’UPA « est exceptionnelle », stipule M. Groleau. Il ajoute que ce genre de rencontres aide les agriculteurs à orienter leur choix politique. D’autre part, cela permet à l’agriculture québécoise de se faire connaître des politiciens et de formuler des demandes.

Sans révéler pour qui il votera, Marcel Groleau s’est dit d’abord satisfait que l’ensemble des partis aient pris une position claire pour protéger la gestion de l’offre. L’intérêt de tous les partis pour solutionner les problèmes de main-d’œuvre lui est aussi apparu salutaire. 

Concernant le programme de gestion des risques, M. Groleau s’est dit moins heureux des discussions. « Je n’ai pas entendu ce que j’aurais aimé entendre, car aucun parti ne s’engage à mettre en place des programmes aussi compétitifs que ce que le gouvernement américain donne à ses producteurs », a-t-il précisé. Des budgets précis pour soutenir des mesures plus vertes en agriculture manquaient également aux discours des politiciens.