Politique 13 mai 2024

Le lien de confiance avec le gouvernement s’effrite, prévient le président de l’UPA

Le gouvernement Legault a été incapable dans les derniers mois de « freiner l’effritement du lien de confiance » avec les agriculteurs du Québec.

C’est ce qu’affirme le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Martin Caron, dans une lettre datant du 9 mai adressée au ministre de l’Agriculture, dont La Presse Canadienne a obtenu copie.

M. Caron rappelle dans sa missive que les agriculteurs se sont mobilisés à 17 reprises dans les derniers mois et qu’ils n’ont toujours pas obtenu satisfaction auprès du gouvernement.

« D’autres secteurs économiques, beaucoup moins consensuels que nourrir durablement nos concitoyens, ont bénéficié d’un soutien titanesque ces dernières années », souligne le président de l’UPA.  

« Le message central des producteurs […] est indéniablement le déficit de reconnaissance à leur endroit, un déficit qui, malheureusement, n’est toujours pas résorbé », ajoute-t-il.

Martin Caron dresse une liste de « demandes » devant « être prises en considération dans les plus brefs délais », idéalement d’ici le conseil général de l’UPA qui se tiendra les 14-15 mai.

Il souhaite tout d’abord un « rehaussement considérable » des budgets, du soutien, de l’accompagnement, des mesures et des programmes. Ceux-ci doivent être adaptés aux réalités régionales.

L’UPA demande aussi la mise en place d’un « bouclier financier agricole » pour contrer la flambée des taux d’intérêt, ainsi qu’une actualisation des règles fiscales et des programmes d’aide à la relève.  

Un « vaste chantier » est également nécessaire pour revoir les programmes de gestion des risques. On demande aussi des règles environnementales « raisonnées » qui respectent le rythme des entreprises agricoles.

Nous entendons présenter à l’ensemble des conseillers régionaux […] dès mardi et mercredi prochains l’avancement de nos discussions à tous ces égards. Nous prévoyons déjà que ces derniers seront déçus.

Martin Caron, président de l’UPA

Pour remédier à la situation, le président de l’UPA demande en outre un « relâchement important et à très court terme des nombreuses contraintes réglementaires » et une levée du moratoire sur les superficies en culture.

Il souhaite aussi le réinvestissement d’une partie de la contribution des producteurs au Fonds d’électrification et de changements climatiques (plus de 400 M$ depuis 2015), et le déclenchement d’« Agri-relance ».

Lors d’une interpellation au Salon bleu, le 10 mai, le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, a évoqué une stratégie à quatre volets pour notamment augmenter l’offre et la demande des produits du Québec.

Il a invité les producteurs en difficulté à « lever la main » et se prévaloir des différents programmes d’aide déjà en place. Le ministre en a également profité pour annoncer qu’« Agri-relance » sera bientôt activé.

Les agriculteurs ont manifesté dans plusieurs régions du Québec au cours des derniers mois pour exprimer leur ras-le-bol, causé notamment par la chute désastreuse de leurs revenus.

Le 28 mars dernier, à Henryville, en Montérégie, le premier ministre François Legault a reconnu la « crise » en agriculture. Depuis, l’opposition lui reproche son manque de vision et sa lenteur à réagir.

Le porte-parole libéral en agriculture, André Fortin, a réclamé, le 10 mai, qu’une commission parlementaire se penche sur les activités de La Financière agricole, qui « ne remplit pas son mandat », d’après lui. 

« Si ma maison passait au feu, que c’était une perte totale et que je recevais 15 % de compensation, ça ne me permettrait pas de rebâtir et c’est la même chose pour les agriculteurs », a illustré M. Fortin en point de presse.


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