fbpx
L’utilisation de la vaccinologie inverse est une piste des plus prometteuses pour accélérer le développement d’une stratégie vaccinale pouvant contrôler les effets négatifs de l’entérite nécrotique aviaire sur la santé animale et la rentabilité des élevages. Photo : Archives/TCN

L’utilisation de la vaccinologie inverse est une piste des plus prometteuses pour accélérer le développement d’une stratégie vaccinale pouvant contrôler les effets négatifs de l’entérite nécrotique aviaire sur la santé animale et la rentabilité des élevages. Photo : Archives/TCN

Vaccin contre l’entérite nécrotique aviaire : une piste prometteuse

L’antibiorésistance et l’utilisation judicieuse des antibiotiques est une préoccupation constante, tant pour les médecins vétérinaires que pour les producteurs et les éleveurs. Les Producteurs de poulet du Canada œuvrent depuis quelques années déjà à éliminer l’utilisation des antibiotiques dans les élevages de poulets de chair à des fins de promotion de la croissance et de prévention des maladies. Si l’on se base sur l’expérience européenne et sur une étude réalisée au Québec entre 2010 et 2011, ce retrait quasi complet des antibiotiques sera associé à une résurgence de diverses infections chez ces volailles, dont l’entérite nécrotique aviaire, une maladie digestive potentiellement mortelle causée par certaines souches virulentes de la bactérie Clostridium perfringens.

L’approche par vaccinologie inverse

Alors que les solutions de rechange dont disposent les élevages commerciaux pour prévenir cette maladie sont beaucoup moins efficaces que les antibiotiques et qu’aucun vaccin n’existe à l’heure actuelle, l’utilisation de la vaccinologie inverse est une piste des plus prometteuses pour accélérer le développement d’une ­stratégie vaccinale pouvant contrôler les effets ­négatifs de l’entérite nécrotique aviaire sur la santé animale et la rentabilité des élevages.

En adoptant une approche par vaccinologie inverse soustractive et comparative, la Chaire de recherche en salubrité des viandes de l’Université de Montréal est parvenue à ce jour à identifier cinq protéines candidates vaccinales uniques aux souches bactériennes de C. perfringens capables de causer l’entérite nécrotique aviaire et isolées de troupeaux de poulets de chair atteints de cette même maladie en élevage. Étant donné que cette approche par vaccinologie inverse a aussi permis à notre équipe de confirmer l’absence de ces protéines candidates vaccinales chez des souches commensales de C. perfringens ne causant pas la maladie et provenant des mêmes élevages, il est légitime de croire que ces protéines candidates pourraient jouer un rôle dans la pathogénie de la maladie. Nous avons donc exprimé par génie génétique, produit et purifié ces cinq protéines en laboratoire.

La capacité de ces protéines à stimuler une réponse immunitaire protectrice chez des poulets de chair a aussi été évaluée lors d’essais en conditions d’infection expérimentale par l’entérite nécrotique. Les résultats préliminaires montrent que les protéines ­candidates retenues sont en mesure de stimuler le système ­immunitaire des poulets de chair et que cette ­stimulation est corrélée avec un certain niveau de ­protection contre l’infection chez ces volailles. D’autres analyses en cours dans les laboratoires viendront préciser ces résultats, mais les données initiales sont encourageantes. 


Qu’est-ce que la vaccinologie inverse?

La vaccinologie inverse consiste à parcourir le génome de bactéries pathogènes d’intérêt afin d’identifier des antigènes vaccinaux potentiels. À l’aide d’outils de bio-informatique, ces antigènes peuvent alors être sélectionnés selon différents critères tels que leur localisation à la surface de la bactérie. 


SARA HEIDARPANAH1, ILHEM MENIAÏ1, Dr SYLVAIN QUESSY, m.v.1, ALEXANDRE THIBODEAU1,2, VALERIA PARREIRA3, PHILIPPE FRAVALO4, MARIELA SEGURA1,2  et MARIE-LOU GAUCHER1,2

1. Chaire de recherche en salubrité des viandes, Faculté de médecine vétérinaire, Université de Montréal
2. Centre de recherche en infectiologie porcine et avicole, Faculté de médecine vétérinaire, Université de Montréal
3. Department of Food Science, University of Guelph
4. Pôle Agroalimentaire du Cnam, Conservatoire national des arts et métiers, Ploufragan, France