fbpx
Figure A : Radiographie d’un grasset sain, montrant le fémur et le tibia. Le fémur présente un condyle en partie interne et externe (latérale) du membre. Figure B : Kyste (encerclé en jaune) du condyle fémoral médial d’un cheval adulte. L’ombre circulaire encerclée correspond à une zone présentant une densité osseuse moindre. Photo : Gracieuseté de la FMV

Figure A : Radiographie d’un grasset sain, montrant le fémur et le tibia. Le fémur présente un condyle en partie interne et externe (latérale) du membre. Figure B : Kyste (encerclé en jaune) du condyle fémoral médial d’un cheval adulte. L’ombre circulaire encerclée correspond à une zone présentant une densité osseuse moindre. Photo : Gracieuseté de la FMV

Une particularité morphologique à l’origine des kystes osseux chez le cheval?

Les kystes osseux sous-chondraux sont diagnostiqués sur le condyle fémoral médial du grasset des jeunes chevaux sportifs. Les condyles sont les portions convexes du fémur, assurant la congruence entre fémur et tibia, os majeur de l’articulation équivalent au genou chez l’homme. Ces lésions peuvent, à plus long terme, compromettre l’avenir sportif des chevaux en induisant une boiterie (douleur) et nécessiter des chirurgies onéreuses visant à pallier cet inconfort.

Ces lésions peuvent être mises en évidence à la suite d’une boiterie au début de l’entraînement ou après l’identification de lésions sur des radiographies lors d’examens d’achat.

L’origine exacte des kystes du condyle fémoral médial est inconnue, mais un processus d’ostéochondrite disséquante (problème de vascularisation de cartilage de croissance affectant l’os dans cette région) ou des traumatismes répétés sont suspectés.

Grâce aux travaux publiés par le Laboratoire d’orthopédie comparée dirigé par la Dre Sheila Laverty et ses collaborateurs internationaux, nous savons maintenant que ces lésions peuvent se développer très précocement. En effet, dans une étude, 18 % des poulains de race Thoroughbred de moins d’un an présentaient une évidence de ces lésions et le plus jeune poulain affecté était âgé de deux mois.

Les kystes peuvent guérir dans certains cas, lorsqu’ils sont petits, ou persister et créer des défauts de congruence articulaire entre fémur et tibia, de la dégénérescence articulaire et ainsi induire de l’inconfort et de la boiterie lors de la mise à l’exercice.

Ces kystes ont un aspect « radiotransparent » caractéristique (ombre noire, opacité minérale diminuée) visible sur les radiographies (voir figure B).

Étude de la relation entre morphologie et kystes

L’étude menée sous la supervision des Dres Cyrielle Finck et Sheila Laverty vise à déterminer quelles seraient les prédispositions anatomiques ou morphologiques du poulain qui développe ces lésions. Les résultats de ces recherches étaient présentés lors de la réunion scientifique annuelle de l’American College of Veterinary Surgeons en octobre 2021. Le but était d’étudier l’évolution de la morphologie (forme) du fémur et du tibia (grasset) en développement à l’aide d’une banque de radiographies de poulains et juvéniles d’un mois de race Thoroughbred et d’analyser la relation entre les caractéristiques de celle-ci et la présence de kystes du condyle fémoral médial. De multiples mesures ont été effectuées sur les radiographies, similaires à celles utilisées dans les études humaines.

Une asymétrie surprenante de la taille du fémur (gauche plus grand que le droit) au niveau du grasset a été mesurée chez les poulains sans lésions dès l’âge d’un mois, suggérant qu’ils sont probablement nés avec cette asymétrie.

De même, une particularité morphologique a également été détectée chez les poulains présentant des lésions radiotransparentes, différente de celles observées chez les poulains sains, ce qui suggère qu’une forme anormale pourrait jouer un rôle dans le développement de ces lésions.

Si elles s’avèrent impliquées dans le développement des lésions kystiques, ces particularités anatomiques pourraient être détectées précocement par radiographie et peut-être permettre une adaptation du plan de mise à l’entraînement des jeunes chevaux au sein des élevages. 

Laure Wadbled, D.M.V., étudiante à la maîtrise, Département de sciences cliniques, Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal