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Les lésions aux jarrets et aux carpes sont associées à un environnement inadapté ou inconfortable. Photo : Gracieuseté du Dr Eloi Guarnieri

Les lésions aux jarrets et aux carpes sont associées à un environnement inadapté ou inconfortable. Photo : Gracieuseté du Dr Eloi Guarnieri

Problèmes de peau visibles sur les vaches : devrait-on s’en préoccuper?

Les problèmes de peau ne sont pas les maladies les plus étudiées dans l’espèce bovine. D’ailleurs, une étude menée au sein de la Faculté de médecine vétérinaire (FMV) de l’Université de Montréal, campus de Saint-Hyacinthe, a révélé que seulement 13 % des éleveurs sondés étaient préoccupés par la présence de lésions cutanées sur leurs bovins. Mais les problèmes de peau ont-ils malgré tout des conséquences sur la productivité, le bien-être ou la santé des vaches?

Une question en cache souvent une autre : quels sont les problèmes de peau des vaches laitières québécoises? Dans la même étude, on observe au moins une lésion cutanée sur la quasi-totalité des vaches laitières admises à la FMV. Huit vaches sur dix présentent une lésion au niveau d’un jarret, et sept vaches sur dix une lésion au niveau d’un carpe (c’est-à-dire au genou). Ces lésions sont majoritairement des pertes de poils, des épaississements de la peau, des croûtes, de l’enflure et, parfois, des plaies douloureuses. Par leur localisation spécifique, on associe les lésions des jarrets et des carpes aux contacts répétés avec l’environnement.

Un lien direct avec l’environnement

Un lien direct existe entre ces lésions et le bien-être en élevage laitier : plus l’environnement est inadapté ou inconfortable (taille des logettes, hauteur de la barre à la mangeoire, dureté de la surface au sol, etc.), plus les lésions sont fréquentes et sévères. En 2013, une étude a évalué 240 fermes laitières du Québec, de ­l’Ontario et de l’Alberta : dans certaines stabulations, la proportion de vaches avec de telles lésions pouvait atteindre jusqu’à 85 % du cheptel. Cette proportion varie avec, entre autres, le type de stabulation ou l’accès à l’extérieur. Depuis quelques années, le programme ProAction propose aux producteurs laitiers québécois un protocole d’évaluation de ces lésions. Les quantifier permettra au producteur de situer son cheptel et, au besoin, d’améliorer le confort de son étable.

Lésions entre les quartiers

Lors de la traite, il est fréquent d’identifier des lésions nauséabondes entre les quartiers : il s’agit de l’intertrigo du sillon mammaire (ISM). Dans l’étude menée à la FMV, une vache sur trois présentait de la rougeur, de l’humidité et/ou une plaie nauséabonde entre les quartiers. Les causes de ces lésions sont inconnues. Les professionnels de la santé bovine suspectent une cause mécanique, liée à l’humidité et au frottement des quartiers entre eux. Souvent sans conséquences, les formes sévères de l’ISM peuvent mener à la réforme. Malheureusement, il n’existe pas de traitement efficace de l’ISM. La prévention devient essentielle : on recommande de sélectionner des vaches avec une conformation mammaire limitant les frottements.

À l’heure actuelle, aucune étude scientifique n’a porté sur le lien direct entre des lésions cutanées et la baisse de performance ou les pertes économiques. Mais on doit garder à l’esprit qu’un manque de confort, comme en témoignent les lésions des jarrets, des carpes et de l’encolure, est souvent associé à une productivité sub-optimale. 

Dr ELOI GUARNIERI, M.V.
Dr FRÉDÉRIC SAUVÉ, M.V.
Dr DAVID FRANCOZ, M.V.
Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal