Actualités 3 novembre 2021

OPINION – Une table de concertation réclamée par les abattoirs inspectés par le Québec

Il y a un peu plus d’un an maintenant, l’Association des Abattoirs Inspectés du Québec (AAIQ) a vu le jour, regroupant les abattoirs sous la juridiction permanente du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), soit une douzaine d’abattoirs spécialisés en ovins, bovins, caprins et porcs.

À ce moment, le Québec était plongé dans la pandémie de la COVID-19. Pour donner un ordre de grandeur, à eux tous, ces abattoirs de type A, abattent environ 25 000 bovins, 40 000 ovins et plus de 100 000 porcs annuellement. Leurs produits sont réputés pour être frais, de qualité, plus chers (que la viande importée et/ou que la production de masse des gros abattoirs fédéraux profitant de l’économie d’échelle de production), plus éco-responsable. Ce type de produit respecte vraiment les concepts de chaîne d’approvisionnement alimentaire courte pour le bien-être de nos producteurs et consommateurs, exactement comme le panier local.  Toutes les petites fermes de la région font principalement affaire avec ce type d’abattoirs. Le but principal de l’AAIQ est de représenter et défendre les intérêts communs des abattoirs inspectés et viser l’harmonisation des pratiques.

Le défi numéro un de ces manufactures locales reste la gestion de la relation avec le MAPAQ, dont elles sont dépendantes. Ce défi se voit même plus important que la problématique de la main-d’œuvre qui sévit un peu partout actuellement, car il fragilise économiquement tous les abattoirs provinciaux et menace leurs survies. L’AAIQ constate qu’il y a eu diverses demandes de bonne collaboration du MAPAQ pour répondre à leurs besoins. Ces appels demeurent toutefois sans réponse. Au fil des discussions, il est constaté que divers membres de l’AAIQ ne sont plus en mesure de soutenir la pression liée aux activités d’inspection du MAPAQ, et sont découragés par le manque de soutien du MAPAQ, voire menacés par l’inspection permanente de fermeture pour des raisons qui n’ont rien avoir avec la salubrité ni même rien avec les mesures de loi applicable. Tous les membres s’entendent pour dire qu’il y a une forte croissance de la demande des clients et qu’ils n’arrivent tout simplement plus à combler les besoins du marché.  

De plus, les abattoirs reçoivent en parallèle des demandes pour augmenter leur production de la part du consommateur, une pression induite du gouvernement concernant la production alimentaire locale qui devient depuis cette pandémie, un service essentiel tout comme la santé.

Le problème avec la gestion actuelle du MAPAQ se résume à une gestion non adaptée, dépassée, sans concertation. En effet, le MAPAQ reste sourd à la requête de mettre sur pied une table de concertation afin de trouver des solutions qui permettraient d’augmenter la productivité des abattoirs de type A. Plusieurs effets collatéraux de manque de vétérinaires, du manque d’uniformisation de formation des inspecteurs, des abus de pouvoir, de la non-application des règlements tels qu’ils devraient être faits, etc., entraînent du gaspillage alimentaire, des soucis de bien-être animaux, et une démotivation de l’ensemble des acteurs.

De plus, le MAPAQ vient d’adopter un projet de loi 99 qui modifie principalement la loi sur les produits alimentaires sans jamais avoir consulté certains acteurs, dont l’AAIQ, qui sont grandement affectés par celui-ci.

Les abattoirs inspectés par le Québec sont essentiels dans le cycle de l’autonomie alimentaire du Québec. Leur particularité par rapport aux plus gros abattoirs inspectés par le Canada, c’est que le produit est transformé sur place de A à Z. En plus, c’est une opportunité pour les éleveurs et les commerces de détail qui s’approvisionnent localement. Les fermes ont besoin des abattoirs provinciaux accrédités pour faire abattre leur bétail et les commerces agroalimentaires ont besoin de s’approvisionner en viandes locales pour assurer la vente de produits du terroir. L’impact environnemental n’est pas à négliger non plus. Dans un contexte de changement climatique, les consommateurs ont besoin d’avoir accès à de la viande écoresponsable et le gouvernement a besoin des abattoirs locaux inspectés Québec, régionaux, s’ils veulent atteindre les objectifs écoresponsables qu’il s’est fixés.

Pour assurer la survie de ce service essentiel, il y a urgence d’agir en créant une vraie table de concertation ou il y a de vrais débats de fond avec des solutions, exempts de menace et surtout de répercussions négatives dès qu’une voix demandant des discussions se lève.

Les dirigeants du MAPAQ sont actuellement absolument dépassés par leurs inspections, qui gèrent actuellement les abattoirs à coups de menaces ponctuelles, à coups de comparaison entre abattoirs, à coups d’infractions abusives (pour plusieurs sans préavis, ou encore retirées à la dernière minute, sans preuves réelles, à la discrétion de l’inspecteur ou vétérinaire dont tout pouvoir leur est donné sans vérification de faits), à coups d’application de loi de manière à avoir plusieurs inspecteurs ayant des pauses de midi de plus de 1h30, etc., semant globalement un climat non sain, rendant les opérations courantes économiquement non viables.

C’est un cri du cœur que les membres de l’AAIQ lancent aux responsables du MAPAQ pour une demande officielle de communication. Les deux partis ont pourtant le même objectif, à savoir de nourrir les familles du Québec de produits locaux tout en assurant l’innocuité des aliments, la santé et la sécurité des travailleurs ainsi que le bien-être des animaux. Au moment où l’AAIQ trouvera un moyen de communication inscrit dans la sincérité, le respect, la pérennité économique des abattoirs provinciaux, et un climat de travail exempt de menaces perpétuelles et sans sous-entendu, tous les membres de l’AAIQ sont d’avis qu’il y aura plus de production locale, moins de gaspillage alimentaire, une avancée pour le bien-être humain et des animaux.

Indira Moudi, Présidente de l’AAIQ, Shawinigan
Mario Cote, 1er Administrateur de l’AAIQ, St Eulalie
Francois Lamarche, 2eAdministrateur de l’AAIQ, Racine