Jean-Michel, Rémy, Raphaël, Sébastien et Renaud Beauchemin, tous membres de la troisième génération. Pour le moment, seuls Jean-Michel, Raphaël et Renaud travaillent à temps plein pour l’entreprise familiale. Les autres les y rejoindront un jour. Photo : Gracieuseté des Fermes JN Beauchemin et Fils
Ce contenu est réservé aux abonnés.
Se connecterSi ce n’est pas déjà fait, abonnez-vous pour moins de 1 $ par semaine.
S'abonner maintenantSAINT-OURS –Quand Jean-Noël Beauchemin et sa femme Marie-Ange ont démarré leur ferme en 1961, ils étaient loin de se douter que 60 ans plus tard, elle deviendrait un grand complexe agricole aux activités diversifiées. Les Fermes JN Beauchemin et Fils sont aujourd’hui gérées par la deuxième génération alors que la troisième entre en scène. La relève n’est pas près de manquer chez les Beauchemin.
Ils sont aujourd’hui sept Beauchemin à la tête de l’entreprise familiale. Il y a les quatre fils de Jean-Noël, soit Ghislain, Michel, Yvan et Benoît, qui passent graduellement le relais à Renaud, 29 ans, Raphaël, 33 ans, et Jean-Michel, 32 ans.
« On forme une bonne équipe, affirme Renaud Beauchemin, le fils de Ghislain, l’aîné des fondateurs. Tout le monde met la main à la pâte pour les gros travaux comme les semis et les récoltes. En plus, chacun est responsable d’un ou deux secteurs en particulier. Pour la prise de décision, on favorise le consensus. Il y a toujours de la place pour les nouvelles idées. Ce qui compte, c’est de faire progresser l’entreprise. »
Le transfert de propriété s’est amorcé en 2021 et devrait s’échelonner sur une période de 20 ans, estime Renaud Beauchemin. « Il y a aussi quelques cousins et cousines plus jeunes qui ont manifesté leur intérêt de venir travailler à la ferme éventuellement », dit-il.
Des cultures diversifiées
On ne manque pas de bras chez les Beauchemin. Heureusement, parce que la ferme de Saint-Ours s’est grandement diversifiée depuis ses débuts, entre la production céréalière, laitière et acéricole, sans oublier les services aux producteurs. Au total, l’entreprise emploie une vingtaine de personnes, dont quelques travailleurs étrangers.
Sur la ferme de 700 hectares, auxquels s’ajoutent 300 hectares en location, pousse une production céréalière variée. Le maïs-grain domine avec environ 50 % des surfaces cultivées. « Il est destiné au marché de l’alimentation animale et de la fabrication d’éthanol. On produit également du maïs à ensilage », précise Renaud Beauchemin.
La ferme est équipée de sept silos horizontaux (aussi appelés bunkers) qui offrent une capacité d’entreposage d’environ 10 000 tonnes pour le maïs et aussi pour le foin.
Du soya alimentaire est cultivé sur quelque 200 hectares, une production vendue à 100 % sur les marchés asiatiques. À cela s’ajoute du blé de printemps et du blé d’automne pour la consommation humaine et des pois de conserverie qui prennent le chemin de l’usine de transformation de Bonduelle.
Autres activités
Pour la production laitière, la famille peut compter sur un troupeau de 600 vaches de race Holstein. Quant à la production acéricole, elle est encore sous la responsabilité de Jean-Noël qui, malgré ses 81 ans, gère l’érablière de 10 000 entailles avec, il faut le dire, le soutien de ses fils et petit-fils qui s’occupent des tâches plus physiques. Bon an mal an, il récolte quelque 2 500 gallons de sirop d’érable, qui est vendu en conserve et sous forme de produits dérivés (sucre dur, tire et beurre d’érable, etc.).
Depuis plusieurs années, les Beauchemin offrent également différents services aux producteurs agricoles, dont la location de véhicules pour le transport de grains, de terre, de pierres, etc. Ils font aussi du déneigement, principalement pour le secteur commercial et institutionnel. « Vu la taille de l’entreprise, on possède une flotte d’équipements performants. Cela nous permet de la rentabiliser », dit Renaud Beauchemin.
Une nouvelle production
Comme si ce n’était pas encore assez, la famille s’est lancée en 2021 dans la production bovine pour le marché du détail. Son troupeau compte actuellement une cinquantaine de bœufs Angus. « On vend dans les marchés publics, les commerces locaux et on fait aussi de la livraison à domicile. On offre différentes coupes de viande, en plus des saucisses et saucissons », explique Renaud Beauchemin, qui est justement le responsable du secteur des viandes.
« Après une première année, on est satisfaits des résultats, même s’il nous reste du travail à faire pour mieux se faire connaître auprès des consommateurs », ajoute-t-il.
Pourquoi se diversifier encore plus? « On veut toujours développer l’entreprise. On profite du fait qu’on a les bâtiments et la main-d’œuvre nécessaires pour le faire. Se diversifier permet de réduire les risques. Si un secteur marche moins bien, les autres peuvent compenser. C’est aussi une façon d’encourager la relève. On peut ainsi les initier aux travaux de la ferme en leur confiant la responsabilité de certaines activités. Cela permet de les faire grandir dans l’entreprise », confie Renaud Beauchemin.
|
Bien traiter la terre avec l’aide de la technologie Depuis quelques années, les Beauchemin ont adopté de nouvelles pratiques en matière de fertilisation qui s’appuient notamment sur la technologie. Ils se sont dotés de solutions de guidage (GPS) qui permettent de travailler aux champs plus efficacement. « Grâce à ce système, on obtient de nombreuses données sur les rendements, explique Renaud Beauchemin. On contrôle mieux certaines opérations comme l’épandage du fumier et des engrais pour le faire au bon moment et au bon endroit. Même chose pour le nivellement des sols. On sait quelles sections doivent être retravaillées pour obtenir la meilleure topologie possible. On est ainsi en mesure de semer plus tôt au printemps. » Avec la montée en flèche du prix des engrais, les producteurs ont décidé d’utiliser davantage de fumier solide, une matière première qu’ils ont en abondance à la ferme. « On fait maintenant la récupération des litières de notre troupeau de bovins que l’on met sur nos terres les plus éloignées, précise-t-il. On l’étend à différentes périodes selon la rotation des cultures, à la mi-saison ou à la fin des récoltes. On peut y intégrer du fumier de poulet et des engrais verts afin d’enrichir la terre. » Pour bien la nourrir, ils vont aussi semer certaines plantes comme la moutarde, le radis et le trèfle, qui apportent une riche contribution en azote et en matières organiques. « On privilégie les techniques agricoles qui sont axées sur le développement durable, ajoute Renaud Beauchemin. On a amélioré par exemple nos pratiques de drainage, ce qui nous a amenés notamment à recreuser les fossés. Depuis cinq ans, on a des printemps très pluvieux comparés à auparavant et des étés plus secs. Il faut donc s’assurer d’avoir une terre qui boive bien l’eau et d’évacuer l’excédent de manière efficace pour que l’on puisse cultiver dans les meilleures conditions possibles. Grâce à l’ensemble de ces pratiques, nos rendements s’améliorent ». |
Sylvie Lemieux, collaboration spéciale
Cet article a été publié dans le cahier GRAINS de mars 2022