Le maïs et le soya devraient se révéler les cultures les plus payantes en 2022 en Montérégie. Le blé présente un intérêt agronomique, mais qui ne se traduit pas par des gains financiers significatifs, jugent deux conseillers en grandes cultures. Dans les régions plus nordiques, le soya, l’avoine et le canola pourraient être les choix les plus payants. Photo : Martin Ménard / Archives TCN
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S'abonner maintenantÀ trois mois des semis, certains producteurs et productrices de grains se gardent encore l’option de changer une portion de leur plan de culture pour semer ce qui pourrait être le plus payant. Deux spécialistes, l’un au sud et l’autre au nord, présentent les options.
Sud du Québec

« Le constat que je fais, c’est que même si l’engrais est le double ou le triple du prix selon les produits, et même si le prix des herbicides a grimpé énormément, c’est encore avantageux de cultiver du maïs », calcule Luc Gagné, agronome et conseiller en gestion d’entreprises agricoles à Saint-Lazare-de-Vaudreuil, en Montérégie. Il précise qu’à près de 300 $ la tonne, le prix du maïs compense l’augmentation des charges causée par l’inflation du prix des intrants, si bien que le producteur devrait retrouver, dans le maïs, les marges bénéficiaires intéressantes d’avant la COVID. Le prix du soya pourrait fléchir davantage, mais cette culture nécessite moins d’intrants, faisant du soya et du maïs deux options aussi intéressantes l’une que l’autre. Cela amène Luc Gagné à pointer l’autre variable prédominante : le rendement. À ce sujet, il recommande aux producteurs d’analyser l’historique de leurs rendements à la ferme pour chaque culture. « Certains producteurs ont des terres qui performent plus dans le maïs, d’autres peuvent avoir développé des techniques qui performent plus dans le soya. L’important, c’est de regarder sa moyenne de rendement à soi, car ce n’est pas parce que le voisin dit que c’est ben plus payant de faire du soya cette année que ça va être le cas chez soi », souligne le conseiller. Si le producteur se rend compte qu’il est meilleur dans le maïs que dans le soya, il lui conseille de semer plus de maïs, surtout dans une année comme celle-ci où les prix sont élevés. Le contraire est vrai : s’il est meilleur dans le soya, il devrait en faire plus que du maïs, conclut celui qui conseille 75 fermes.
Pas de feu vert pour le blé
Deux conseillers en gestion de la Montérégie, dont Luc Gagné, ont indiqué à La Terre qu’ajouter du blé dans la rotation de grandes cultures dans leur région n’entraînerait pas de gains financiers significatifs. Leurs observations s’étalant sur plus d’une rotation, ils ne conseillent pas de semer du blé, et ce, d’un point de vue strictement financier et non agronomique, précisent-ils. « Des producteurs me disent qu’ajouter une céréale crée un sol plus en santé, plus riche et moins compacté, et qu’ils réussissent à aller chercher de bons rendements dans leurs cultures suivantes. Je ne peux pas leur donner tort, mais en termes de gains financiers, je ne le vois pas vraiment dans leurs chiffres », indique Luc Gagné. Dans une année comme celle-ci où le prix du soya est élevé, la marge à l’hectare est supérieure dans le soya que dans le blé, assure-t-il.

Au nord
Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, Denis Larouche compile les données des producteurs qu’il conseille et remarque sans surprise que le maïs-grain a été la culture la plus payante l’an passé, en raison du prix élevé du maïs et de la météo qui a été favorable à sa croissance. Sur un petit échantillon de six fermes, les producteurs ont obtenu des revenus moyens de 2 937 $ à l’hectare (ha) avec le maïs. En enlevant les charges variables, ils ont dégagé des marges moyennes de 1 610 $/ha avec le maïs, soit plus que la marge de 904 $/ha pour le soya et de 899 $/ha pour le canola, de 858 $/ha pour le blé panifiable, de 763 $/ha pour l’orge et de 519 $/ha pour l’avoine. Si ces données ne sont pas représentatives pour toutes les fermes de la région en raison du faible échantillon, elles donnent toutefois une bonne idée de la dernière saison. Pour cette année, les prix encore élevés des grains permettent à M. Larouche d’espérer les mêmes types de revenus si, bien sûr, la météo donne un coup de pouce aux fermes. Il rappelle à cet effet que le maïs représente un coup de dé dans la région, car seulement en 2019, la culture du maïs s’était révélée la moins payante de toutes avec des marges plus que médiocres de 283 $/ha. Le blé s’était avéré le plus payant en 2019, générant 641 $/ha. Le canola, quant à lui, avait produit des marges légèrement meilleures en 2019 que le soya, alors que c’est l’inverse en 2021, compare-t-il.
Cette année, il croit que le maïs sera à l’honneur, mais surtout le soya et l’avoine puisque ces deux cultures obtiennent des rendements stables, nécessitent moins d’intrants et offrent des prix intéressants. Le canola pourrait être une carte cachée, avec les prix qui ne cessent de monter. « Le problème avec le canola, c’est qu’il y a beaucoup d’intervention de pesticides en raison de la présence d’insectes et de maladies. Ce ne sont pas tous les producteurs qui ont le temps d’arroser et qui disposent d’un bon pulvérisateur. Malgré tout, le canola demeure une culture très intéressante cette année », indique M. Larouche.
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Ne pas couper l’engrais Le prix élevé des intrants pourrait inciter des gestionnaires de fermes à diminuer les doses d’engrais employées dans les cultures énergivores comme le maïs. Une stratégie à éviter, dit l’agronome Luc Gagné. Ce dernier ne recommande pas d’abaisser les doses, du moins sous les recommandations existantes, car cela amputera les rendements. Dans un contexte de prix élevés à près de 300 $/t, il ne faut pas diminuer les volumes produits de maïs, indique-t-il. Par contre, les fermes qui avaient tendance à fertiliser au-delà des recommandations devraient diminuer leur dose et donc leurs coûts. |