Main-d'oeuvre 20 juin 2025

Travailleurs étrangers : la facture d’épicerie va gonfler, prévient le patron d’Olymel

La réduction du nombre de travailleurs étrangers temporaires pourrait faire gonfler votre facture d’épicerie, met en garde le patron du transformateur alimentaire Olymel.

Avec moins de travailleurs temporaires, des entreprises du secteur agroalimentaire pourraient devoir réduire leur production, a souligné le président-directeur général d’Olymel, Yanick Gervais, en entrevue, le 19 juin, en marge d’une allocution devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. 

Il donne en exemple la situation des fermiers américains qui ont subi les conséquences des politiques migratoires de l’administration Trump aux États-Unis. « Les légumes, les fruits, ils étaient là, mais il n’y avait pas personne pour les cueillir. C’est ce qu’on veut essayer d’éviter. »

Une baisse de l’offre alimentaire au Canada entraînerait une pression à la hausse sur les prix, a prévenu M. Gervais. « Je pense qu’on se crée une problématique potentielle en termes d’inflation. »

Chez Olymel, près de 200 employés pourraient être touchés par le resserrement des politiques d’immigration sur un total de 12 000 employés, dont 9 500 sont à la production. 

La décision du gouvernement fédéral va chambouler la vie de ces personnes, a dénoncé M. Gervais au cours de sa présentation devant des gens d’affaires. 

« On a des gens qui ont fait le choix de venir chez nous, des familles, en région, qui parlent français, qui sont intégrés, qui ont acheté une maison, a déploré le dirigeant. Puis là, on va leur dire : “en passant, prenez vos trucs, puis retournez chez vous”. Ça n’a aucun sens. »

M. Gervais juge que les entreprises n’ont pas assez de temps pour s’ajuster. « Ce qui me choque le plus, c’est qu’on change les règles du jeu en milieu de partie. (…) Donnez-moi un délai. Dites-moi : “dans trois mois, dans un an, dans deux ans, on va changer”. »

Pour le moment, Olymel a résorbé les problèmes de pénurie de main-d’œuvre qu’elle avait connu durant la pandémie. Au pire de la crise, elle avait 3 000 postes à combler.

Yanick Gervais

L’effet de la politique migratoire ne touchera pas tous les travailleurs à risque en même temps, car les cibles sont appliquées par usines. « Il y a des sites qui ont déjà eu des impacts, a-t-il précisé. Il y en a pour qui ça va être dans six mois, ça peut être dans un an, mais il va y avoir assurément des impacts. »

Malgré des conditions de travail « hyperintéressantes », Olymel ne peut tout simplement pas remplir tous ses postes localement, a défendu M. Gervais. 

Le recrutement de travailleurs temporaires est une démarche qui prend du temps et a un coût, a-t-il ajouté. « Si on pouvait dire : “On a 10 postes et on prend 10 personnes du coin. On les met dans nos usines”, ça serait idéal. »

Sur un pied plus solide

Olymel était dans une position précaire quand M. Gervais en a pris la tête en 2021. Au cours de sa présentation devant les gens d’affaires, le dirigeant a réitéré que le transformateur est désormais dans une meilleure posture.  

La division de Sollio Groupe coopératif avait accumulé des pertes de 390 millions $ en 2021 et 2022. Olymel a dû prendre des décisions difficiles. Elle a fermé des usines et a réduit ses capacités d’abattage, ce qui a eu un impact sur les producteurs de porcs du Québec. 

Sa situation financière s’est maintenant redressée. Olymel a enregistré un excédent de 196,9 millions $ au cours de l’exercice 2024. Elle est aussi parvenue à réduire sa dette. 

Les droits de douane additionnels de 25 % imposés par la Chine en mars représentent un vent contraire, mais Olymel a plus de marge de manœuvre pour encaisser le choc tandis qu’elle a diversifié ses marchés d’exportations, a expliqué M. Gervais. 

Le marché chinois ne représente plus que 13 % des revenus par rapport à 31 % en 2021. Olymel ne peut toutefois pas se passer complètement de la Chine. Sa culture culinaire fait de la place à certaines pièces, comme les pattes de cochon, qui ne trouvent pas preneur au Canada. 

Olymel a pris la décision de réduire ses prix pour compenser les droits de douane chinois pour ne pas être désavantagé par rapport aux concurrents internationaux. « Cette année, depuis mars, ça va être quasiment une vingtaine de millions d’impacts négatifs », a estimé M. Gervais.


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