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S'abonner maintenantEn 2005, John H. Gomery acquiert une renommée nationale pour avoir présidé la commission d’enquête sur le scandale des commandites. Pourtant, ce n’est pas tant la prestigieuse carrière du septuagénaire qui fait sa grande popularité auprès de ses huit petits-enfants. « Grand-papa a des animaux », explique le juge à la retraite, sourire en coin.
Depuis près de 20 ans, John Gomery habite à la campagne, à Havelock, une petite communauté rurale située à quelques kilomètres à peine de la frontière américaine. Montréalais d’origine, il a vécu toute sa vie dans la métropole. Une vie bien remplie, dont 25 ans comme juge à la Cour supérieure.
John Gomery enviait la retraite « fabuleuse » de ses parents, installés depuis 1967 dans l’ancien presbytère de Rockburn, localité proche de Havelock. Son chalet dans les Laurentides vendu, il songeait lui-même à la retraite à l’aube de ses 60 ans. Il a donc arpenté la région et s’est pour ainsi dire laissé entraîner de force par un agent immobilier désireux de lui montrer une ferme de 165 acres, les deux tiers boisés. « Je ne voulais pas d’une ferme, mais cela a été le coup de foudre, même sans entrer dans la maison », raconte John Gomery. S’il a songé un instant à tenir un encan pour se défaire de l’équipement agricole, il se félicite aujourd’hui d’avoir conservé la ferme en état de fonctionner. Il possède maintenant 16 vaches de boucherie, et la
vente de veaux représente son principal revenu agricole. Si un voisin agriculteur, Michael Allen, se charge des gros travaux, il se réserve certaines corvées, comme celle de charger les balles de foin sur le convoyeur du fenil.

« Je suis dans une position de fiduciaire, explique John Gomery. Une ferme existait ici avant ma naissance et va exister après ma mort. Mon ambition, c’est de la transmettre dans les meilleures conditions. Je dois à la ferme les soins d’un bon père de famille. » John Gomery admet qu’il a dû apprendre la vie de fermier, concédant volontiers qu’il n’avait vraiment pas anticipé cette avenue. Vivre avec les saisons et les rigueurs du climat font maintenant partie de son quotidien. « J’ai appris à quel point il est agréable d’être fermier, déclare-t-il. C’est le cycle de la vie. En ville, quand il pleut, on ne sort pas. Ici, quand les vaches ont besoin de foin, pluie ou pas, il faut sortir. Cela me plaît. »
Chaque jour, après avoir récolté les œufs des ses poules Chanteclerc, il s’occupe de deux potagers où poussent tomates, courges, aubergines, courgettes et autres. Il aime bien en cuisiner de bonnes ratatouilles. La culture des courgettes serait si populaire dans la région, rapporte le pince-sans-rire, qu’il convient de verrouiller les portières de sa voiture non contre le vol, mais bien pour empêcher les voisins d’y déposer les trop nombreuses cucurbitacées!
Marié depuis près de 40 ans à Pierrette Rayle, John Gomery coule maintenant des jours paisibles. Le couple apprécie au plus haut point cette vie rurale où il s’est lié d’amitié avec des professionnels,
d’autres « réfugiés » de Montréal. Ils font aussi partie de la chorale de l’église, les Chanteurs d’Havelon. Les répétitions hebdomadaires sont autant d’occasions d’entrer en contact avec les gens de la place. « J’aime la communauté, affirme John Gomery. C’est un dividende inattendu. On aime la nature aussi, ajoute-t-il. C’est pour ça que nous sommes heureux ici. »
Soucieux de l’écologie
John Gomery dévoile volontiers son côté « vert ». Il montre d’ailleurs du doigt et avec un plaisir non dissimulé les 1200 pins qu’il a fait planter au lendemain de la commission d’enquête. Le président n’a vraiment pas prisé le fait que les travaux de sa commission aient nécessité l’équivalent de 400 arbres pour l’impression de tous les documents.
Convaincu que les changements climatiques ne sont pas le fruit du hasard mais bien de la négligence de l’espèce humaine, John Gomery se sent une part de responsabilité. À ses yeux, la vie à la campagne représente d’abord une occasion de rétablir une bonne relation avec mère Nature. « Je suis conscient de la fragilité de la Terre, dit-il. Je sais qu’on traverse une crise dans la vie de notre planète. Vivre près de la nature, c’est une façon pour moi de réparer. Je trouve beaucoup de satisfaction dans le travail de la terre. Il est important de préserver les petites fermes, ajoute-t-il, même si elles ne sont pas rentables. Je ne veux pas exploiter une ferme comme une usine. Mes vaches vont nourrir le sol et je n’ai pas besoin d’engrais chimique. C’est le cycle de la vie et de la mort, cruel parfois, mais le rythme naturel de milliers d’années. Je fais vivre mes vaches et elles me font vivre. C’est une relation de réciprocité. »



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